Le courlis cendré va disparaître, "si ça, ce n'est pas grave, rien n'est grave", s'alarme la LPO

Il ne reste plus que cinq couples de courlis cendrés en Alsace, ils étaient environ 350 dans les années 1960. D'ici à deux ou trois ans, cet oiseau emblématique du Ried alsacien aura sans doute définitivement disparu de ce territoire, déplore la LPO.

Le courlis cendré se raréfie d'année en année. Il aura probablement disparu du paysage alsacien à l'horizon 2026-2027. La seule chance de l'apercevoir encore aujourd'hui, c'est de prendre l'autoroute A35 et de ne pas manquer le panneau au nord de Colmar qui signale sa présence.

Cet oiseau au long bec courbé est censé peupler le Ried alsacien, cette zone de prairie humide s'étalant du nord au sud de la plaine du Rhin (voir carte ci-dessous). Sauf que d'après un comptage récent de la LPO, il ne resterait plus que cinq couples.

Une hécatombe. Dans les années 1960, on en comptait environ 350. Les premiers signes d'un effondrement sont apparus quelques années plus tard avec la mécanisation de l'agriculture. En 2020, il restait une dizaine de couples. À l’époque, Emilie Hartweg, chargée d'étude salariée de la LPO, nous disait : "chaque année, on perd deux à trois couples sur le territoire...À ce rythme, d'ici à cinq ans, il y a un risque qu’il n’y ait plus de courlis en Alsace". Nous y sommes presque.

Un oiseau emblématique des prairies inondables

Les cinq couples restants ne suffiront sans doute pas à l'espèce pour se maintenir en Alsace. Cet oiseau migrateur originaire des tourbières et des landes des prairies scandinaves avait pourtant trouvé dans le Ried un milieu qui lui convenait. Au point d'y prospérer et de s'y développer depuis la fin du 19e siècle.

Contactée, Cathy Zell, chargée de communication de la LPO Alsace, explique : "Les grandes prairies humides naturelles du Ried, le long du Rhin, ont été transformées après-guerre soit en champs de maïs, soit en zone de fauche". Ce changement d'habitat sera fatal au courlis cendré, oiseau devenu emblématique de cette région.

"Les quelques rares prairies qui subsistent sont particulièrement jolies, elles sont fleuries et donc confrontées à un deuxième problème, celle de la fréquentation. Or c'est un oiseau farouche, comme la plupart des animaux qui élèvent leurs petits. Cavaliers, chiens, quads représentent une menace quand ils pénètrent à l'intérieur de la prairie, ce qui est de plus en plus souvent le cas. Le promeneur ou le randonneur peut être, lui, maintenu sur un sentier", ajoute Cathy Zell.

Des moyens insuffisants

Pour maintenir une population, les techniques sont connues. Elles sont appliquées de l'autre côté du Rhin, côté allemand, où vit une trentaine de courlis cendré, dans un cadre environnemental similaire au Ried alsacien. "Il faut un budget alloué à cette espèce dans la mesure où ces prairies sont utilisées par des paysans pour faire du foin. S'ils viennent à perdre une partie de leurs ressources, suite à des mesures de protection, il faut pouvoir les compenser financièrement. C'est ce qui est fait en Allemagne". En France, il existe des compensations, les MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques) mais passez incitatives, regrette Cathy Zell. "En Allemagne, c'est le double qui est versé". Deuxième piste : rouvrir les prairies d'une superficie trop petite et les clôturer pour éviter les surfréquentations. "Le courlis a besoin de grands espaces dégagés". Là, apparemment, rien n'est fait.

Là où prospère le courlis, le milieu est en bonne santé.

Cathy Zell, chargée de communication de la LPO Alsace

Le courlis cendré est une espèce bio-indicatrice. "Cela signifie que là où prospère le courlis, le milieu est en bonne santé et que de nombreuses autres espèces peuvent y trouver un lieu propice à leur reproduction". Se priver de courlis, c'est se priver de biodiversité.

Alors subsiste-t-il malgré tout un espoir de maintenir le courlis cendré présent sur le sol alsacien ? Cathy Zell est catégorique, "si aucune mesure n'est développée, c'est impossible. On a fait tout ce qu'on a pu il y a deux ou trois ans, mais en vain parce qu'on n'a pas eu les moyens nécessaires. On assiste à la disparition d'une espèce dans une indifférence totale. Le courlis cendré va disparaître et si ça, ce n'est pas grave rien n'est grave". Cela s'appelle le patrimoine naturel et il s'effondre sous nos yeux.

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