Haut-Rhin : ouverture d'une maison adaptée aux malades d'Alzheimer, "nous voulions que nos habitants vivent avec et comme les autres"

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Écrit par Judith Jung

Accompagner les malades d'Alzheimer dans les meilleures conditions de confort matériel et psychologique, c'est le défi que s'est lancé l'association Familles Solidaires. Pour y parvenir, elle vient d'ouvrir une colocation inclusive unique en son genre.

Comment venir en aide aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer pour leur permettre de vivre dignement jusqu'à la fin de la vie? C'est la question que s'est posée l'association Familles Solidaires. La réponse se traduit en un habitat inclusif qui a ouvert début avril à Zillisheim (Haut-Rhin).

Engagée dans l'accompagnement des personnes fragilisées par l’âge, la maladie et/ou le handicap et à leurs aidants familiaux, l'association avait à cœur de proposer un logement adapté aux malades d'Alzheimer. 

"En Allemagne, il y a près de 3.700 colocations de ce type" raconte Bernadette Paul-Cornu, co-dirigeante (avec Jean Ruch) du groupe associatif. "Nous voulions que nos habitants vivent avec et comme les autres". 

Après quatre années de travail et de co-construction, cette colocation très innovante vient donc d'ouvrir ses portes à huit personnes âgées désorientées, ayant des troubles neuro-évolutifs apparentés à la maladie d’Alzheimer. Un habitat partagé qui doit permettre le maintien de l’autonomie des résidents grâce à des aménagements spécifiques, ainsi qu’un accompagnement adapté.

Âgées de 53 à 97 ans ces personnes vivaient en famille. Les aidants familiaux étaient au bout du rouleau et ne voulaient pas opter pour un placement en Ehpad.

Bernadette Paul-Cornu

Loin d'un concept hospitalier, ce petit immeuble de 300 m2 est entièrement pensé pour rassurer et apaiser. Les huit habitants sont accompagnés 24h/24 par des auxiliaires de vie et une animatrice.

A côté des huit chambres privatives et d'un espace de vie commun, se trouvent des lieux truffés de technologie offrant les clés du "bien vieillir" et permettant une approche non médicalisée de la maladie. 

Une cabine de train pour stimuler la mémoire

Imaginez-vous une pièce aménagée en cabine de train. Un train immobile dans lequel les malades peuvent prendre place pour un voyage de 13 à 23 minutes. Quatre sièges y sont installés de sorte à ce que les familles puissent participer à la thérapie. Au mur, des rideaux de part et d'autre d'une fenêtre et des paysages qui défilent. 

Une “Thérapie du voyageur” créée par un médecin italien il y a une dizaine d'années  et proposée par l'entreprise française Sigo, dédiée à la prévention et la préservation de la santé.

Cette thérapie permet de réduire les troubles du comportement, fait remonter des souvenirs, amène parfois les personnes à reparler et peut réduire la prise de médicaments

Jean-Chistophe Froment, co-concepteur de la cabine

"Cette cabine apporte de l'apaisement" a déjà consté Bernadette Paul-Cornu. "Certains habitants ne sont pas très causant et là, ils racontent certains souvenirs". Un résultat "bluffant" pour l'équipe encadrante. Sachant que tout un processus est mis en place. Avant de monter à bord, la personne obtient son billet de train. Une boisson lui est proposée. Une fois installée, le son du train se met en marche et le paysage défile.

Un jardin thérapeutique en forme de "huit"

L'ingéniosité se poursuit à l'extérieur avec un jardin thérapeutique en forme de "huit” où les habitants peuvent se promener en toute sécurité. "Cet espace est prévu pour la déambulation. Les malades d'Alzheimer marchent tout le temps et tournent en rond. Ils vont toujours quelque part". Là, ils pourront le faire sans danger.

Ce lieu de vie a été imaginé en prenant en compte toutes les spécificités et difficultés de la maladie d'Alzheimer. L'esprit de famille, la bienveillance et le respect y sont primordiaux. Tout est basé sur la volonté, les envies, les besoins et les facultés des personnes qui ont acheté leur appartement. Un projet de vie sociale et partagée où l'humain est au centre.

Les malades d'Alzheimer "vont toujours quelque part" explique Bernadette Paul-Cornu, "à nous de leur donner l'envie de rester et ainsi éviter les fugues". L'odeur d'une tarte aux pommes préparée ensemble, la mise en place d'un jeu de société apprécié, des ateliers de stimulations sensorielles sont autant d'activités qui adoucissent le quotidien et participent au bien-être des huit habitants. En France, moins d'une vingtaine d'habitats de la sorte ont vu le jour jusqu'à présent.