Haut-Rhin : dans son atelier, il fabrique des instruments de musique exportés dans le monde entier

Jérôme Wiss fabrique des instruments de musique de la famille des cuivres dans son atelier d’Hindlingen, petit village du Haut-Rhin où il s’est récemment installé. Ses instruments haut de gamme, trompettes, hélicons, ophicléides, fabriqués sur mesure, sont exportés dans le monde entier.

Jérôme Wiss, dans son atelier à Hindlingen, fabrique des cuivres reconnus dans le monde entier pour leur qualité.
Jérôme Wiss, dans son atelier à Hindlingen, fabrique des cuivres reconnus dans le monde entier pour leur qualité. © Elodie Mattler

Jérôme Wiss est, ce qu'on peut appeler, un alchimiste du cuivre. Du fond de son atelier, les feuilles de ce métal se transforment en trompette, hélicon, ophicléide. Jérôme Wiss, à 35 ans, est un facteur d’instruments de musique haut de gamme, vers qui se tourne une clientèle exigeante. Ses cuivres, fabriqués à la main, sont des pièces uniques.

Jérôme Wiss dans son atelier
Jérôme Wiss dans son atelier © Elodie Mattler

 

La voie de la musique

Après un détour par Compiègne, en juillet 2020 cet artisan d'excellence s'installe à Hindlingen, un petit village du Sud-Alsace. Un choix qui ne doit rien au hasard. Jérôme est né à quelques kilomètres de là, à Willer-sur-Thur. A l'école de musique du coin, il fait ses premières gammes. Son apprentissage musical le mène ensuite à l’école de musique de Thann et aux conservatoires de Strasbourg et de Mulhouse. Là, il se met à l’euphonium, un instrument qui ressemble à un petit tuba, appelé aussi baryton. Un instrument qui le passionne mais dont il a du mal à faire un métier : "Le seul moyen d’en vivre est de donner des cours ou d’être musicien dans un orchestre militaire mais là, impossible de trouver une place." Jérôme, faute de débouchés, laisse tomber sa carrière de musicien pour se tourner vers un métier plus prometteur, alliant musique et mécanique : "C'est ce que j’adore faire, c’est comme ça que j’ai trouvé ce métier de facteur de cuivre."

 

Jérôme Wiss et son ophicléide
Jérôme Wiss et son ophicléide © Augustin d'Etienne

 

Le chemin de la formation

Jérôme entame donc une reconversion professionnelle en 2009. A l'Institut technologique européen des métiers de la musique du Mans (ITEMM), il s'initie à la réparation des instruments de musique, le temps d'un CAP. "J'ai fait mon premier stage dans l'entreprise de création de cuivres Miraphone, à côté de Munich." Quand il y découvre le processus de fabrication d'un instrument de musique, c'est le déclic: "Je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter mes études au bout d’un an."

Pour en apprendre plus sur la fabrication des cuivres, Jérôme se remet donc aux études. D'abord deux ans, en alternance, pour passer le brevet des métiers d’art (BMA) puis deux ans encore, pour passer le diplôme des métiers d’art (DMA), le premier du genre. "La directrice des formations de l’école du Mans est venue me voir pour me proposer de passer un diplôme tout nouveau, en deux ans." Deux ans durant lesquels Jérôme a l'occasion de parfaire sa formation dans la dernière usine de fabrication de cuivres en France, la manufacture Antoine Courtois à Amboise, en Indre-et-Loire.

"Une fois mon DMA en poche, mon but était de créer mon entreprise. Je me suis installé à Compiègne pour rejoindre d'anciens collègues de Paris." Dans son atelier de Compiègne, en 2016, Jérôme peut enfin produire ses premiers instruments. Avec l'idée de conjuguer tradition et techniques les plus pointues.

 

Jérôme Wiss dans son atelier de fabrication.
Jérôme Wiss dans son atelier de fabrication. © Elodie Mattler

 

Entre tradition et innovation

Côté tradition, tout est fait main. Jérôme part d’une feuille de laiton, un alliage de cuivre et de zinc, pour fabriquer ophicléides, trompettes et hélicons. Un travail artisanal qui demande beaucoup de temps. "J’en sors une dizaine par an, maximum. Une trompette demande entre trois semaines et un mois de travail, un hélicon plusieurs mois, c’est très variable". Pour accélérer un peu la cadence, Jérôme a embauché un apprenti en octobre dernier. Côté innovation, c'est l'ordinateur qui prend la main: "Tout ce que je fabrique est conçu sur ordinateur. J’imprime de temps en temps sur mon imprimante 3D des moules ou des gabarits pour voir si tout fonctionne bien. Une fois que c’est validé je fabrique mes pièces à la main, de façon traditionnelle.

Pour le travail du son, Jérôme s'appuie sur les recherches du laboratoire de l’IRCAM (l'Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) et des laboratoires d’acoustique du Mans, avec qui il a travaillé. "Ils m’ont passé des logiciels de leur conception dont je me sers pour concevoir mes instruments." Un travail de précision qui ne laisse que peu de place à l'improvisation.

Une clientèle prestigieuse

"A part les accessoires, j’ai très peu de stock". Jérôme travaille à la commande et pour ainsi dire sur mesure, en fonction des préférences du client. Des clients prestigieux comme la fanfare de la cavalerie de la garde républicaine, par exemple, à qui il a fourni des hélicons, des trompettes basses et des embouchures. Ou comme le quatuor français de saxhorns Opus 333, connu mondialement, ou encore comme le tromboniste Fabrice Millischer, professeur au conservatoire supérieur de Paris à qui il a fourni des embouchures. Mais la majorité de sa clientèle est étrangère. Ses instruments et ses embouchures s'exportent dans le monde entier: depuis l'Europe jusqu'en Asie, au Japon et en Corée notamment, sans oublier le continent américain. 

 

Jérôme Wiss et la garde républicaine
Jérôme Wiss et la garde républicaine © Garde républicaine

 

Malgré le contexte économique compliqué, qui frappe durement le secteur culturel et musical en particulier, Jérôme a de quoi faire prospérer son entreprise. Son carnet de commandes est rempli pour au moins un ou deux ans, "le temps de voir venir". 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
musique culture artisanat économie