TEMOIGNAGE - Un livreur de Deliveroo dans le coma à Mulhouse : “Depuis que les tarifs ont baissé, il était stressé”

Mourad pourrait rester paralysé à vie. / © Photo d'illustration Christophe Petit Tesson/MaxPPP
Mourad pourrait rester paralysé à vie. / © Photo d'illustration Christophe Petit Tesson/MaxPPP

Mourad, un livreur de Deliveroo de 24 ans, est dans le coma après une chute à vélo jeudi 8 août à Mulhouse alors qu'il effectuait une livraison. L'un de ses collègues et amis évoque un "livreur vraiment motivé" mais "beaucoup plus stressé depuis que les tarifs des courses ont baissé."

Par Noémie Gaschy

Mourad, 24 ans et employé par la société Deliveroo, effectuait une livraison de plats cuisinés dans le quartier du Rebberg à Mulhouse lorsqu'il a fait une vilaine chute, jeudi 8 août vers 14h30. Depuis, il est hospitalisé en réanimation, dans le coma, à l'hôpital Pasteur de Colmar après avoir été dans un premier temps évacué vers le GHRMSA à Mulhouse. Le jeune homme souffre d'un grave traumatisme crânien et est entre la vie et la mort. Il pourrait rester paralysé à vie.

L'accident intervient dans un contexte de grève des livreurs à vélo. Ils dénoncent la nouvelle grille tarifaire mise en place par Deliveroo qui leur ferait perdre selon eux 30 à 50 % de leur rémunération. Mourad s'en inquiétait.
 

"Il fallait un accident pour que Deliveroo se remette en question"

Sullyvan, son ami depuis cinq ans et lui-même employé par la plateforme britannique de livraison de repas, témoigne : "Depuis que les tarifs ont baissé, il était plus stressé. Je ne dirais pas qu'il roulait dangereusement mais il était vraiment stressé et quand on conduit dans cet état, ça arrive forcément qu'un livreur fasse un accident. C'était l'inquiétude qu'on avait tous. Quand on lisait dans les journaux les témoignages de livreurs, on se disait qu'il fallait un accident pour que Deliveroo se remette en question. C'est ce qui est arrivé, et c'est tombé sur nous, sur Mulhouse, sur notre ami, sur notre voisin."

Les livreurs ont un statut d'auto-entrepreneur. Beaucoup d'entre eux travaillent pour plusieurs plateformes de livraison de repas, sans chômage ou assurance à l'issue du contrat. Pour gagner leur vie, ils ne comptent pas leurs heures.

C'est le cas de Mourad : "C'était l'un des livreurs les plus appréciés par les clients et les collègues parce qu'il était vraiment motivé. Il se donnait toujours à fond, c'est quelqu'un de très sympa. Il avait eu quelques soucis et il faisait tout pour s'en sortir. Il travaillait, travaillait, travaillait, c'était l'un des plus performants", raconte encore son ami Sullyvan, qui a lui aussi été victime de plusieurs chutes alors qu'il circulait à vélo pendant son travail.
 

Les restaurateurs dans le viseur

Les coursiers dans leur ensemble craignent de subir à leur tour ce type de chutes terribles, à forcer de courir après les minutes. Ils disent accepter les risques du métier mais reconnaissent remettre en question leur façon de travailler et surtout leur vitesse depuis l'accident. 

Dans leur viseur, l’opacité de l’algorithme utilisé par Deliveroo pour calculer le prix des livraisons et dénoncé par le tout nouveau collectif des livreurs autonomes de Paris - Clap 75, mais aussi le comportement des restaurateurs. "Deux jours avant son accident, Mourad a dû attendre 56 minutes" dans un établissement du quartier Dornach, confie Sullyvan.

Trop, beaucoup trop : "Deliveroo a des moyens pour forcer les restaurants à gérer leur temps d'attente. On a le droit de refuser une commande, mais si on les refuse toutes, ça nous amène au final à ne plus faire aucune commande et ça, on ne peut pas se le permettre non plus. Si les restaurants faisaient plus d'efforts, on aurait moins d'attente, on serait moins stressés, Deliveroo pourrait garder les tarifs qu'il vient de mettre et nous, on ferait toujours un bon chiffre". 
 

La victime dédommagée par Deliveroo

La direction de Deliveroo a affirmé son intention de dédommager la victime pour les frais médicaux, les journées passées à l'hôpital, et les blessures subies. La famille sera elle aussi indemnisée. Un moindre mal, mais c'est aujourd'hui tout le système qui est remis en cause.

Sullyvan indique refuser désormais toutes les courses en-dessous de trois euros et celles "mal payées dans les montées", comme au Rebberg par exemple car il ne veut pas "finir dans le même état" que son ami. Il compte tenir le plus longtemps possible dans cette activité difficile. 
 
Un livreur de Deliveroo entre la vie et la mort : témoignage

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