Le confinement vu par le chanteur Tété : "Nous prenons enfin le temps de ralentir et de nous écouter"

Célébrité ou anonyme, aucun Français n’échappe au confinement lié au coronavirus. Mais comment les personnalités originaires de Champagne-Ardenne vivent-elles cette période ? Ce nouvel épisode vous emmène en confinement chez le plus connu des chanteurs haut-marnais : Tété.

Le chanteur Tété, lors d'une rencontre avec ses fans, en 2016.
Le chanteur Tété, lors d'une rencontre avec ses fans, en 2016. © Richard Mouillaud / MaxPPP
Posté devant la fenêtre, je guette les âmes esseulées…” Les paroles du refrain le plus célèbre de Tété prennent un sens étonnement ironique en cette période de confinement. Originaire de Saint-Dizier, en Haute-Marne, le chanteur de 44 ans demeure confiné chez lui, en région parisienne. Confiné, mais plus que jamais entouré : par sa famille, d’abord, mais aussi par ses fans, qui sont des dizaines de milliers à se passionner, chaque jour, pour ses reprises postées sur internet.

France 3 Champagne-Ardenne : Où et avec qui êtes-vous confiné ?

Tété : À la maison, en région parisienne, avec ma femme et mes deux enfants de quatre et sept ans. L’autre jour, avec un copain, je plaisantais en pensant à tous ces couples qui étaient sur le point de se séparer et qui sont condamnés à vivre l’un sur l’autre dans les prochaines semaines. Moi, j’ai la chance de me trouver avec les gens que j’aime. Ma femme et moi, on se relaie pour s’occuper des devoirs des enfants. Il y a un programme pédagogique à suivre, quand même !
 
Pendant ce confinement, vous vous distinguez en postant quotidiennement des reprises de chansons sur les réseaux sociaux, tout en demandant à vos fans de vous envoyer en retour leurs versions. Pourquoi avoir instauré cette démarche “participative” ?

Dès le début, j’ai essayé de faire de ce confinement un truc... beau ! Déjà, les reprises, cela fait partie de mon travail, c’est un plaisir personnel. Mais un jour, une abonnée a ajouté ses propres sons sur l’une de mes reprises. J’ai été surpris, et à partir de là, j’ai invité tout le monde à contribuer. Cela a donné les “covers confinées”. Chacun s’empare d’une chanson et vient offrir une autre lecture émotionnelle. Peut-être que ce confinement marquera l’émergence d’un grand changement, que nous allons gagner en hauteur grâce à cette expérience. Nous trouvons des ressources nouvelles. Nous prenons enfin le temps de ralentir et de nous écouter. C’est sans doute cela, le sens de ces reprises. Tout s’arrête, et nous faisons de ce moment une éclipse.

Quelles ont été les conséquences du confinement sur vos projets en cours ?

Nous avons annulé plusieurs dates. D’abord, on nous a dit que les restrictions portaient sur les salles de 5 000 personnes, puis 1 000, puis 100, puis rien du tout. Au début, cela ne concernait que le mois de mars, puis le mois d’avril, puis le mois de mai… On commence à se dire que même pour cet été, cela risque d’être difficile. Cela touche tous les acteurs de la société culturelle. Certains parlent de plus de 300 millions d’euros de pertes dans le monde de la culture… C’est difficile à estimer, mais on sait que des gens vont probablement faire faillite.

J’essaye de me réapproprier mon quotidien à travers l’humour.

Malgré tout, mon optimisme me pousse à identifier les choses sur lesquelles j’ai encore un contrôle. J’essaye de me réapproprier mon quotidien à travers l’humour, par exemple. J’essaye d’en rire tous les jours avec ma femme.

Justement, votre passé comporte un bel exemple de “réappropriation du quotidien”. À l’âge de seize ans, vous vous êtes cassé la jambe. Vous êtes resté immobilisé plusieurs semaines chez vous, et vous avez trouvé le temps d’apprendre à jouer de la guitare. À l’issue du confinement, doit-on s’attendre à voir apparaître un nouveau Tété ? Un Tété avec de nouvelles passions ?

Ce qui est intéressant à travers cette histoire de jambe cassée, c’est que nous sommes tous concernés par une envie de contrôle, une envie de rester dans notre sécurité émotionnelle. Mais des fois, un événement nous force à chercher d’autres ressources. Avec ce confinement, tout semble remis à plat. Nous revoyons nos priorités. Depuis quelques temps, j’avais en tête un projet de reprises. Mais j’ignorais où, quand, comment… Spontanément, avec mes “covers confinées”, les gens se sont mis à me demander : “Alors ? À quand un album de reprises ?” Donc on verra. C’est une idée qui avance.
 

Votre mère est antillaise, votre père sénégalais. Vous êtes vous-même né à Dakar et avez baigné dans différentes cultures. À travers votre entourage, avez-vous constaté des différences culturelles dans la façon d’aborder la crise du coronavirus ?

Pas vraiment. Toute ma famille est impactée de la même manière. Je suis en lien avec la partie antillaise de ma famille et le seul décalage, c’est la distance géographique. Dans une telle crise, il faut s’affranchir de cela.

Le gars qui conduit une Jaguar ou le gars qui conduit une Clio, pendant le confinement, les deux, ils restent au garage !

Ce que je retiens de ma multiculturalité, c’est que nous sommes tous allés à l’école républicaine. Nous avons tous mangé à la même table. Comme je le disais l’autre jour à un copain, aujourd’hui, le gars qui conduit une Jaguar ou le gars qui conduit une Clio, pendant le confinement, les deux, ils restent au garage ! Même si bien sûr, les inégalités perdureront.

Quel conseil pouvez-vous donner aux personnes qui se retrouvent confinées avec un membre de leur famille musicien qui ne peut s’empêcher de jouer toute la journée ?

C’est drôle, parce que ma femme et moi, au début du confinement, on a eu cette pensée pour toutes les femmes de musiciens ! Plus sérieusement, cette situation nous ramène à une certaine humilité, nous éloigne de nos certitudes. Tous les jours, on se cherche un coupable. On trouve des raisons à notre mauvaise humeur : le retard du métro, le patron qui nous a mal parlé, etc. Là, en période de confinement, tout notre quotidien repose entièrement sur nous-mêmes. Au moins, nous n’avons plus d’excuse.
  

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