Le confinement vu par Jean-Marie Bigard : "Plus que jamais, je dois faire rire les gens"

Célébrité ou anonyme, aucun Français n’échappe au confinement lié au coronavirus. Mais comment les personnalités originaires de Champagne-Ardenne vivent-elles cette période particulière ? Ce nouvel épisode vous emmène en confinement chez le plus populaire des Aubois : Jean-Marie Bigard.

Jean-Marie Bigard, sur la scène de l'Eden de Sausheim (Alsace), le 6 février 2019.
Jean-Marie Bigard, sur la scène de l'Eden de Sausheim (Alsace), le 6 février 2019. © Vincent Voegtlin / MaxPPP
"Je ne peux pas rester trop longtemps au téléphone ! Faut qu'on fasse à manger aux gosses !" Dès les premières secondes, Jean-Marie Bigard, goguenard, brocarde son quotidien de père débordé. Des disputes conjugales sans gravité aux caprices des enfants, tous les thèmes chers à l'humoriste aubois (il est né à Fontaine-Luyères, près de Troyes) trouvent un écho particulier en cette période de confinement. Mais derrière ses blagues égrillardes et sa rusticité, Jean-Marie Bigard se révèle philosophe, évoquant aussi bien les épreuves de sa vie que sa passion pour... les mantras indiens.

France 3 Champagne-Ardenne : Où et avec qui êtes-vous confiné?

Jean-Marie Bigard : Je suis chez moi, confiné avec ma femme, Lola, et nos jumeaux de sept ans, Bella et Jules. Nous sommes dans le VIe arrondissement de Paris, dans un grand appartement. Nous avons cette chance. Les enfants peuvent courir, faire de la trottinette dans les couloirs…

Comment vivez-vous ce confinement ?

C’est un cauchemar ! Mon épouse est d’origine espagnole, c’est un volcan atomique. Tout le monde est sur les nerfs ! Elle essaye d’imposer des règles à toute la famille. Tout à l’heure, elle m’a encore gueulé dessus : “Enlève tes chaussures ! J’ai lavé le couloir !” Moi-même, je me suis surpris à dire à ma fille : “Bella ! Bella ! Ne touche pas à mon puzzle !” (rires). On est sous tension, on ne sait pas comment on va tenir.

Nos enfants sont nés prématurés, à six mois. Cétait comme un confinement mental, un marathon, qui nous permet aujourd'hui de rester calmes.


Blague à part, on sait relativiser. Mon épouse et moi avons traversé un long tunnel à la naissance de nos enfants. Ils sont nés prématurés, à six mois. Pendant trois mois, sept jours sur sept, 24 heures sur 24, on attendait les nouvelles du service des soins d’extrême urgence, en réanimation. Nous guettions chaque respiration de nos jumeaux, entre la vie et la mort. Chaque journée était une journée de gagnée. Nous avons franchi cet obstacle, qui était comme un confinement mental, un marathon, qui nous permet aujourd’hui de rester calmes.
 

Dans tous vos spectacles, vous tournez en ridicule les affres du couple et du quotidien. Cette période de confinement forcé doit énormément vous inspirer.

Forcément. Je vais m’en servir pour mes sketchs. Chaque jour, j’invente un jeu avec ma femme. Dernièrement, on a essayé de ne pas se parler pendant quatre jours. Pas de paroles. On a tenu, c’était drôle. Ces jeux, quand t’es la merde, parce que là, il faut le dire, on est dans la merde, c’est comme la méditation, ça te fait tenir! Il y a un mantra indien que je connais depuis 35 ans : “Om Namah Shivaya !” Il est magnifique. Cela veut dire : “J’honore Dieu qui réside dans mon coeur !” Je le répète en inspirant et en expirant. Ce matin, par exemple, je me suis réveillé à sept heures, la tête dans le cul. Je me suis assis, le dos droit, j’ai inspiré, j’ai expiré, et quand j’ai rouvert les yeux, il était dix heures. C’est magique. Les maîtres indiens nous apprennent que c’est seulement quand l’eau du lac est calme que l’on peut se voir dedans, quand elle ne frémit plus. L’âme, c’est pareil. La méditation agrandit le temps. C’est le moment où jamais pour s’y mettre.

Vous êtes plus que jamais actif sur les réseaux sociaux. Vous postez quotidiennement des histoires drôles et des tranches de vie. Beaucoup de dates de votre tournée ont été annulées à cause du confinement. Est-ce une façon de la faire survivre ?

Dieu m’a offert le don de faire rire les gens. Avec au moins une vidéo chaque jour, j’essaye de déconner sur nos problèmes. Tu te rends comptes qu’en ce moment, les infirmières et toutes les personnes qui travaillent dans les hôpitaux sont en première ligne, parfois sans protection, face à ce coronavirus qui est comme une armée de frelons. Et moi, mon job, c’est distraire les gens. C’est quand même moins risqué. Plus que jamais, il faut que je fasse mon job. Plus que jamais, je dois faire rire les gens.
 

Comme des milliers de Français, vous appelez d’ailleurs à applaudir aux fenêtres le personnel hospitalier chaque soir, à 20 heures. Selon vous, que restera-t-il de ces initiatives ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Je pense qu’on est moins con une fois qu’on s’est fait taper sur la gueule. Après cette épreuve, la vie ne sera plus la même. C’est certain. Cette pandémie laissera dans nos mémoires une trace indélébile. On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas : tu te rends comptes, le manque de moyens dont souffre le personnel dans les hôpitaux. Ils risquent leur vie. Putain, il n’y a rien de plus héroïque ! Là, dans l’urgence, on a su trouver des milliards d’euros. Quand tout sera fini, il faudra tout faire pour conserver notre protection sociale, donner plus d’argent à l’hôpital. C’est la preuve qu’il y a des moments où la décision à prendre devient claire pour ne pas mourir.

Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Quelle est la première chose que vous ferez en sortant ?

Toute l’année, tu gueules après les connards qui te font chier, mais maintenant, tu regrettes de ne pas les avoir avec toi. On va revoir les copains. On va manger de la charcuterie, au bord de la piscine. Le contact humain me manque. Ne pas pouvoir se mobiliser contre cet ennemi invisible qu’est le virus, c’est ça, le plus dur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants, ils étaient cachés dans le maquis mais ils buvaient leur rosé, ils coupaient leur tranche de saucisson ensemble, fraternellement. Là, on ne peut même pas faire ça… C’est débilitant, socialement. On ne peut même pas se toucher, se taper sur l’épaule en se disant : “Les gars ! On va le niquer, ce virus !
 
J’ai hâte d’assister à la “relance”, à “l’après-épidémie”, quand tous les gens vont se dire à nouveau : “Profitons de cette vie !” Quand tout le monde va reprendre ses loisirs, retrouver l’affection dont on nous a privés ! Il va y avoir un regain d’intérêt de la population tout entière pour le cinéma, pour les spectacles… On va pouvoir y regoûter, aimer à nouveau ses amis, retrouver ce trésor ! Ça va être magnifique !
 

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