MÉTÉO : 44 jours sans pluie à Saint-Dizier, record absolu

Depuis que les mesures pluviométriques existent à Saint-Dizier, soit 1953, on avait jamais vu ça. Quarante-quatre jours sans pluie, un caprice de la météo qui n'est pas sans conséquence pour les agriculteurs, victime de la sécheresse.

Après autant de temps sans eau, la terre à soif.
Après autant de temps sans eau, la terre à soif. © Pline
On est bien loin du "que d'eau, que d'eau" du président de la République Mac-Mahon en 1875 devant la Garonne en crue mais tout de même, il a plu à Saint-Dizier dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 avril, et ça, c'est un petit évenement. Zéro virgule deux millimètre de pluie exactement, autant dire une poussière, mais ça faisait quarante-quatre jours que ça n'était pas arrivé...

"C'est la plus longue période sèche enregistrée depuis que nous avons des données sur Saint-Dizier, soit 1953. La dernière fois qu'il a plu, c'était le vendredi 13 mars. Nous avons dépassé le record qui datait de 1959 avec trente-cinq jours sans pluie entre le 22 août et le 25 septembre. On a aussi relevé trente-trois jours sans pluie lors de la grande sécheresse de 1976", détaille Christophe Mertz, climatologue à Atmo-Risk, bureau d'étude spécialisé dans la fourniture de services météorologiques basé à Strasbourg. 

Le décor est donc planté, dans un contexte de crise sanitaire sans précédent, pour les Bragards, même la météo ne tourne plus rond ! "On sait que ce n'est pas à cette période de l'année qu'il pleut le plus mais on devrait tout de même avoir une soixantaine de millimètres d'eau. Saint-Dizier n'est pas une zone particulièrement sèche. Langres et le sud de la Haute-Marne est un secteur beaucoup plus humide avec un plateau sur lequel viennent buter les nuages. Mais de Saint-Dizier à Reims, il n'y a quasiment pas de différence", détaille le climatologue.

 
Derrière ses écrans, ce record n'a pas échappé au climatologue Christophe Mertz.
Derrière ses écrans, ce record n'a pas échappé au climatologue Christophe Mertz. © Document remis


Il est vrai que dans l'ensemble de la Champagne-Ardenne, le ciel se montre bien avare de gouttes d'eau en ce moment. Mais avec tout de même quelques larmichettes par-ci par-là, pas de quoi, et de loin, égaler le zéro pointé affiché jusque là par la cité bragarde. "A Reims, par exemple, nous avons eu trois millimètres d'eau le 20 mars et sept millimètres le 18 avril. A Charleville-Mézières, nous avons eu huit millimètres le 20 mars et quelques gouttes également le 29 mars et le 18 avril", relève Christophe Mertz.

 

Alors faut-il craindre pour la nappe phréatique. Selon le spécialiste, non. "Il y a un delta de temps entre ce qui se passe en surface et ce qui se passe au niveau de la nappe phréatique. A Saint-Dizier, il a plu 143,8 millimètres d'eau en février, soit 138% de plus que la moyenne, le rechargement de la nappe phréatique ne sera donc pas impacté, sauf si la sécheresse est amenée à se poursuivre encore plusieurs semaines. On parle de sécheresse de surface ou encore de sécheresse agricole. Comme son nom l'indique, ce sont donc les agriculteurs qui sont les plus touchés notamment du côté de la récolte fourragère."
 

Pleuvra ou pleuvra pas ?

En effet, le panorama que brosse Sébatien Riottot, président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles de Haute-Marne (FDSEA 52) n'a rien de très réjouissant. "Du côté des éleveurs, ça fait deux ans que la récolte de fourrage est insuffisante pour nourrir les bêtes. En temps normal, on peut importer mais là, comment on va faire ? La première récolte de foin a été très mauvaise, tant en volume qu'en qualité, la pousse de l'herbe est bloquée. Pour les cultures d'hiver, qui sont des cultures de surface, on sait déjà que c'est foutu. Pour le reste, on sait par exemple que le maïs a besoin de beaucoup d'eau pour pousser."

Au-delà du covid, du confinement ou de la politique agricole commune, la préoccupation numéro 1 des agriculteurs en ce moment, c'est la sécheresse
- Sébastien Riottot, président de la FDSEA de Haute-Marne
 

Sébastien Riottot, président de la FDSEA 52, au milieu de ses champs à Latrecey.
Sébastien Riottot, président de la FDSEA 52, au milieu de ses champs à Latrecey. © Document remis


"Par contre, nos cultures de printemps, tournesol, pois et orge se sont levés il y a peu et, s'il y a un coup d'eau, cela peu repartir", veut croire l'agriculteur haut-marnais.

Alors pleuvra ou pleuvra pas ? Réponse du spécialiste. "Il a également plu dans la nuit de lundi à mardi et aujourd'hui, mardi 28 avril, le cumul pour le mois en cours indique 4,6 millimètres de pluie, décrypte Christophe Mertz. Il devrait encore y avoir des épisodes pluvieux jusqu'à samedi, particulièrement jeudi et vendredi, avant une première semaine de mai qui devrait être ensoleillée." De quoi rassurer un peu le monde agricole, en espérant que le prochain record saura se faire attendre.
 

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