DECOUVERTE. Pourquoi le lait de jument est un produit haut de gamme aux nombreuses vertus 

Une jeune agricultrice de Dampierre (Aube) s’est lancée depuis peu dans la production de lait de jument. Un produit encore méconnu du grand public. Certes plus cher, il recèle de nombreuses vertus. Découvrez cette passionnée de chevaux amoureuse de son métier.

Marion Scherschell, 26 ans, est éleveuse de juments anglaises de la race Shire Horse et productrice de lait. Installée officiellement en élevage sur la commune de Dampierre dans l’Aube (10) depuis janvier 2021, la jeune femme développe et commercialise du lait de jument, un produit encore peu connu et pourtant excellent pour la santé.

En BTS production animale, Marion découvre le lait de jument et ses propriétés alors que la maladie la touche de près. “Mon père était atteint d’un cancer. J’ai découvert que le lait de jument avait des vertus pour les personnes atteintes de cette maladie puisqu’il aidait à réduire les effets secondaires de la chimiothérapie” confie Marion Scherschell.

Il convient de préciser que le lait de jument n’est pas un médicament. Il est souvent utilisé comme complément alimentaire notamment en gélules. Au départ, il y a donc cette promesse faite à son papa de poursuivre son activité pour aider les autres malades. Animée par son vœu et son amour pour les chevaux, elle se lance en janvier dernier.

J’ai toujours voulu être dans les chevaux et l’élevage

Marion Scherschell, éleveuse

Passionnée de chevaux, elle sait que le secteur est économiquement difficile. Lors de son installation, elle choisit d’emblée de diversifier son activité vers le lait. En début d'année, elle décide de franchir le pas. Galatée, lait de jument est née. Elle partage alors l’exploitation familiale avec son oncle, cultivateur avant de démarrer sa production.

De la traite à la bouteille

C'est en amont, à la ferme familiale, que la majorité de son travail se passe. La patience est de mise. Pour recueillir le précieux breuvage, l’éleveuse sépare provisoirement les poulains de leur mère après la tétée du matin. “Il n’y a pas une capacité de production aussi importante que pour le lait de vache donc on ne peut traire qu'un à deux litres à chaque fois par jument" explique l'éleveuse. "Cela dépend aussi de leur stress. Après la traite, elles ont la récompense : le tapis de massage et à manger. Le système est bien rôdé et elles le connaissent".

Un lait aux nombreuses vertus

Nutritif, bon pour la peau, plus digeste, anti-inflammatoire... le lait de jument répond bien à son nom de "trésor blanc". Il est donc de plus en plus préconisé pour les personnes intolérantes au lait de vache par exemple. Mais moins connu justement que le lait de vache ou de chèvre, le lait de jument cherche encore sa place. Ailleurs dans le monde, il est davantage prisé. En Mongolie, il est consommé fermenté.

Un lait délaissé aujourd'hui en France et qui essaie de regagner du terrain. Il était pourtant consommé auparavant. “Donné aux nourrissons, il est beaucoup plus facile à digérer et évite les reflux gastriques. Il y a une époque où les hôpitaux à Paris donnaient le lait de jument aux nourrissons, orphelins et malades. Il s’est beaucoup moins consommé après la guerre”.  Grâce à ses acides aminés, il agit positivement sur l’humeur, l’appétit, le sommeil et le désir sexuel.

C’est le lait qui se rapproche le plus de celui de la mère.

Marion Scherschell, éleveuse

Le lait de jument est deux fois moins gras que le lait de vache tout en étant l’un des laits les plus digestes pour l’être humain, sa composition étant très proche du lait maternel. Le cheval est un animal monogastrique (un estomac) comme l’Homme. Contrairement aux vaches, brebis ou chèvres qui sont des polygastriques (plusieurs estomacs). Cette similitude avec le cheval permet d’avoir le même processus d’absorption et de digestion du lait.

Riche en bonne bactérie, il aide à réguler la flore intestinale et ainsi à renforcer les défenses et lutter contre les maladies intestinales. (Côlon irritable, la maladie de Crohn).

Un prix élevé qui s'explique

Assez haut de gamme, le lait de jument se vend dix euros le litre. Le prix est relativement élevé mais il s'explique. Le créneau a été délaissé au fil des ans car l’activité est plus contraignante que l’élevage. “On doit faire plusieurs traites par jour et garder le poulain auprès de sa mère”, explique Marion Scherschell. 

Mais la jeune femme n’en démordra pas, c’est l’activité qu’elle souhaite plus que tout développer dans le respect du bien-être animal. "Les traites commencent quand les poulains sont déjà âgés de quelques mois et ne se nourrissent plus exclusivement du lait de leur mère. Cela permet de ne prélever qu’une partie du lait de la jument que le poulain ne consomme pas". Les poulains restent avec leurs mères jusqu’à leur sevrage à huit mois. "Ils rejoignent ensuite leur nouvelle famille, particuliers ou éleveurs, mais en aucun cas ils ne sont destinés à l’abattoir", insiste l'éleveuse.

Se diversifier pour se faire connaître

Boire du lait de jument n'est pas une chose commune et cela peut même faire peur. Marion le sait. Elle décide donc de développer une game de produits dérivés de ce lait pour en connaitre les vertus plus en douceur.

 "Il faut le temps que les gens commencent à connaître les produits et acceptent de goûter parce que certains sont un peu “effrayés” par la nouveauté. C’est un produit atypique. Mais cela augmente petit à petit et au fur et à mesure j’agrandis la gamme. Au début je n’avais que le lait, maintenant j’ai les crèmes au chocolat, caramel et du riz au lait et je suis en train de préparer d’autres nouveautés qui vont arriver dans les mois qui viennent".

J’augmente petit à petit ma production et je n'ai pas d'invendus

Marion Scherschell, éleveuse

Une motivation mise à rude épreuve dans un contexte sanitaire qui ne permet pas de faire découvrir autant qu’elle le voudrait ses productions. “C’est le problème qu’engendre le covid, je ne peux pas faire la dégustation, ce qui pourrait aider à la vente car certains sont réfractaires car ils ne connaissent pas le goût” ajoute-t-elle. Un lait qui se consomme plutôt frais ou tiède mais pas chaud, car il a un goût alors très particulier.

Privilégier la vente directe

Marion vend tous ses produits via le site Locavor (20 %), mais aussi directement à la ferme à Dampierre (30 %) et dans un magasin de producteur locaux à Troyes (50 %). C'est dans ce dernier qu'elle se rend principalement tous les mercredis.

Ce lieu de vente, c’est Passion paysanne, un magasin récemment ouvert dans la ville de Troyes et qui rassemble quatorze producteurs locaux dont Marion. “On est plus forts, on a plus de moyens et cela nous permet d’avoir beaucoup plus de produits qui attirent plus de gens et nous permettent de faire découvrir nos produits au coeur de Troyes. Cela me libère du temps car cela m’évite de faire les marchés” explique la jeune femme.

En complément des salariés, chacun prend à tour de rôle une astreinte. "On aide à la caisse, à alimenter les rayons et conseiller les gens”.  Une aubaine pour se faire connaître auprès de la clientèle. “On est là aussi pour parler de notre métier. Les gens aiment être proches de nous car ils peuvent nous poser directement les questions, savoir comment on produit, pourquoi et qui l’on est”. Assez haut de gamme, le lait de jument se vend dix euros le litre. Mais jusqu'ici l’offre rencontre la demande.

L’activité d’élevage

La vente de lait et produits dérivés va de pair avec l’élevage. Une race de chevaux anglaise “Shire” plutôt rare. Ces chevaux de trait de haute taille particulièrement dociles sont très demandés actuellement. “Les gens ont du mal à en trouver depuis le Brexit qui complique les importations et j’ai beaucoup plus de demandes de poulains et autres” explique l’éleveuse.

Les perspectives de vente sont encourageantes et pourraient contribuer à l'essor du lait de jument.

Élargir le marché

En plus des ventes à la ferme et sur le magasin de producteurs de Troyes, elle veut désormais viser plus grand.

À Dampierre, on est un peu au milieu de rien mais aussi près de tout  

Marion Scherschell, éleveuse

Car elle aime son territoire, elle veut s'implanter plus largement dans l'Aube et les zones limitrophes. La jeune éleveuse espère aussi proposer ses produits à Nancy et Paris qui ne sont qu'à deux heures de route. Marion espère progressivement passer de deux à dix juments en lactation, pour pouvoir embaucher une personne à la ferme.

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