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Janvier sans alcool : “l'alcool devient une addiction dès lors qu'il est un rituel, une habitude de vie”

Le plaisir de l'apéro : lorsque l'alcool devient rituel, il peut entraîner une dangereuse dépendance. Et si janvier permettait de rompre avec ses habitudes? / © AltoPress /Maxppp
Le plaisir de l'apéro : lorsque l'alcool devient rituel, il peut entraîner une dangereuse dépendance. Et si janvier permettait de rompre avec ses habitudes? / © AltoPress /Maxppp

Pas une goutte d'alcool du 1e au 31 janvier : cette tradition anglaise arrive avec force en France. Quels bénéfices cette diète a-t-elle sur la santé? Aide-t-elle à lutter contre l'addiction? Nous avons interrogé le Dr Catherine Bronner, spécialiste des addictions au centre hospitalier de Haguenau.

Par Karine Gélébart

Catherine Bronner travaille depuis 35 ans sur les questions d'addiction. En ce moment, c'est le centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie du centre hospitalier de Haguenau qui profite de son expertise. Cette équipe composée de deux médecins, six infirmières, trois psychologues, une assistante sociale et deux secrétaires, est chargée d'accueillir, soigner et accompagner les personnes qui souffrent d'addictions. L'alcool en fait évidemment partie.

Et le docteur Bronner l'affirme d'emblée: "cette campagne d'informations autour du "dry january" est positive. Elle peut servir de déclic à certains, et de manière générale, nous pousse tous à nous interroger sur nos comportements face à l'alcool". C'est ce que nous avons fait, avec son éclairage de spécialiste.
 

Ne pas boire alcool pendant un mois, ça sert à quelque chose ?

D'abord, il faut le faire correctement. Ca veut dire être accompagné lorsque l'on souffre vraiment d'addiction, ne pas arrêter brutalement en cas de dépendance. Ensuite, il ne faut pas voir cela comme une façon d'agir sur son corps, mais plutôt sur son cerveau. Les Anglais ont fait une étude qui montre qu'après un mois d'abstinence, on boit moins. Notre comportement a changé. Notre cerveau prend très rapidement en compte de nouvelles habitudes, et ça, c'est très positif.
 

 

A quel moment doit-on s'alerter de notre consommation d'alcool ?

Il ne faut pas raisonner en termes de quantité. Dire "si on boit tous les jours, même un verre, c'est qu'on est alcoolique" est dépassé. C'est lorsque la consommation d'alcool devient un rituel qu'il faut s'inquiéter. "Je ne me vois pas dîner sans un bon verre de rouge". "Moi, quand je rentre du boulot, il me faut un apéro pour décompresser". Voilà des habitudes qui peuvent créer des dépendances. Lorsqu'on a l'impression de ne plus pouvoir se passer de l'alcool à certains moments, ou pour supporter certaines choses, un peu à l'image des fumeurs avec le"café-cigarette". C'est ce qu'on appelle "l'alcool médicament", c'est dangereux. D'autant qu'insidieusement, pour arriver à cette impression de "décompresser", de se sentir mieux, on augmente de plus en plus les doses, notre tolérance à l'alcool augmente, et on tombe dans la spirale. 


Pour quel type de consommateur d'alcool cette campagne "dry january" est-elle utile ? 

Pour tout le monde! Il faut parler au plus grand nombre, le plus possible, pour qu'il y ait une prise de conscience la plus large possible. La tendance est de minimiser sa consommation d'alcool, et c'est l'occasion de se poser la question, de faire le point.

On parle là d'un vrai problème de santé publique. Il touche aussi bien les consommateurs occasionnels qui boivent énormément d'un coup, sans en avoir l'habitude, les beuveries du week-end très fréquentes chez les jeunes, que les alcooliques du quotidien. Il faut se rendre compte que les risques sont à court terme, avec les accidents de la route, mais aussi les comas éthyliques, qui peuvent aller jusqu'à la mort ; à moyen terme, avec l'installation de la dépendance, l'augmentation des doses ; et à long terme, avec des conséquences irréversibles sur le foie, des développements de cancers, mais aussi les conséquences sociales. Certains perdent toute leur vie dans l'alcool, leur travail, leur famille...

Alerter, informer, c'est une vraie nécessité. On l'a vu avec le mois sans tabac, qui encourage de nombreuses personnes à essayer d'arrêter de fumer, qui les accompagne. On pourrait imaginer que ce mois sans alcool prenne peu à peu la même ampleur.

 

Informations utiles

Plusieurs services hospitaliers accueillent et soignent les personnes souffrant d'addictions en Alsace. Ils font partie du réseau IFAC (institut fédératif des addictions comportementales) :
  • Centre hospitalier de Haguenau, unité de prise en charge des addictions, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h - 03 88 06 35 01
  • Centre hospitalier de Saverne, service d'addictologie, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 12h - 03 88 71 66 60
  • CHU de Strasbourg, consultations addictologie hospitalière, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h - 03 88 11 66 55
  • Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie Le Cap, à Mulhouse - 03 89 33 17 99 - mulhouse@le-cap.org
Il est aussi possible de se rapprocher d'associations comme Alcool Alsace Addictions, basée à Molsheim.
 

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