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Journée internationale des droits des femmes. YouTubeuse en Champagne-Ardenne, du succès au harcèlement

Les Youtubeuses sont souvent exposées à des commentaires insultants / © Monique Cugnot / France 3 Champagne-Ardenne
Les Youtubeuses sont souvent exposées à des commentaires insultants / © Monique Cugnot / France 3 Champagne-Ardenne

Elles cumulent les vues sur YouTube, mais le retour de bâton est souvent rude. Satine Wallé, Laura Vergne, Florence Porcel… toutes doivent faire face à des commentaires sexistes au quotidien. Elles racontent.

Par Florence Morel

"Haters, haters, non ne t'arrête pas." Satine Wallé, plus de 530.000 abonnés à sa chaîne YouTube au compteur, a choisi d'en rire. Au point de dédier une chanson aux "haters", ces internautes qui commentent ses vidéos à coups de "t'es ridicule", "tu fait trop ta meuf" (sic).
Comme Satine, Florence Porcel, ou encore Laura Vergne sont abonnées aux commentaires déplacés et/ou injurieux. Les attaques sur leur physique, c'est leur lot commun :

J'ai sans arrêt des commentaires sexistes, comme le classique "sale pute", qui sort de nulle part, qui est complètement gratuit,

relate Florence Porcel, vulgarisatrice scientifique, née à Vitry-le-François. Toutes, sans exception, doivent faire face à ces accès de haine sur leurs chaînes YouTube, ou leurs comptes Facebook, Instragram et Twitter. A tel point que chacune d'elle a réalisé une vidéo pour y répondre, chacune à sa manière.
 

Des insultes malgré les modérateurs automatiques

"Ça te dérange en quoi dans ta vie que je fasse des vidéos ?", interroge Laura dans une vidéo de 2013. C'est bien la question qu'elles se posent toutes. Quelle est l'utilité de poster des commentaires aussi dégradants ? Aux yeux de Florence Porcel, la réponse est simple :

C'est le principe des femmes : c'est qu'elles ont toujours tort.

Comme il faut faire avec la haine de certains internautes, la vulgarisatrice scientifique pensait avoir trouvé la parade contre les commentaires insultants. YouTube a mis au point un modérateur automatique, qui permet de bannir certains mots, masquant immédiatement le commentaire. "J'ai choisi les mots "pute" et autres insultes de base, détaille la Vitryate. Mais quand j'ai un commentaire du style "comment tu t'épiles", il n'y aucun mot à détecter…" 

Comme si cela ne suffisait pas, on l'a souvent accusée de "menteuse" ou "d'inventer des commentaires", ce qui l'a poussée à prendre des captures d'écrans, comme celles qu'elle a publiées sur ce tweet :

Les commentaires éparses ne constitutent pas forcément du cyberharcèlement -dans le sens où ils viennent de personnes différentes, et pas de manière répétée, cf encadré ci-dessous-, mais ils jouent sur le moral des stars de la toile. "C'est une minorité de commentaires, relativise Laura, originaire de Sedan. Certains me disaient que j'étais grosse etc... Ça arrivait au minimum une fois par mois. Puis je me suis dit que c'était mal d'être mal pour ces gens. Ça a été mon déclic."
 

"Les mots tuent"

Tous ont un point commun : ils attaquent le physique des jeunes femmes. "T'es grosse", pour Laura, "t'as un tic à l'oeil" pour Florence, ou "tes dents du bas sont jaunes" pour Satine. "Ça nous avait fait rire", minimise Benita, la mère de Satine, pour qui les commentaires ne représentent pas un problème majeur. Et son mari d'ajouter : "Je ne pensais pas qu'une telle haine et un tel acharnement existaient. Ça nous a fait peur au début. Maintenant, on s'y est fait." 

"Le virtuel, on a pris l'habitude. Ce que je redoute, c'est une agression physique. Dans son collège, quelqu'un lui a déjà donné une claque", souligne Pascal, le père de Satine.

Un avis que ne partage pas Florence Porcel, victime du cyberharcèlement orchestré par la "Ligue du lol", du nom d'un groupe Facebook composé de journalistes et personnes du milieu des médias, pendant des années : 

Il n'y a pas de différence dans la vraie vie et sur internet. Ce n'est pas un problème de support, mais de mots qui tuent. Un mot sur internet fait autant de mal que dans la vraie vie. Internet, c'est la vraie vie.

Un cyberharcèlement qui s'est immiscé dans leur vie

Un cyberharcèlement qui s'est transformé en harcèlement à chaque fois. Florence Porcel a vécu les représailles physiques de ses bourreaux, les membres de la "Ligue du lol". Un jour, elle affirme ans cette enquête de Franceinfo qu'ils se sont rendus sur son lieu de travail, le plateau télévisé d'une émission diffusée sur France 5. Elle reconnaît alors un membre de la Ligue du lol.

En plus des menaces physiques, elle a aussi été victime d'un canular téléphonique d'un de ses harceleurs, qui s'est fait passer pour un recruteur très en vue. A l'époque, elle est intermittente, dans une situation précaire. Elle raconte dans un fil Twitter :
 

Pour les deux adolescentes, le cyberharcèlement a pris une autre forme, toute aussi violente. Les insultes et les brimades se prolongent dans la cour de récré, au collège et au lycée. Laura Vergne se souvient des intimidations de certaines filles de son lycée. Durant des semaines, les filles s'attaquent à la Sedanaise, remettent en cause sa réputation. Elle est à bout  :

Je ne voulais plus aller au lycée. C'était devenu trop difficile.

Satine a connu des faits similaires. Dans son collège en Dordogne, ses camarades se moquent d'elle, les professeurs ne la comprennent pas. Si YouTube a été la cause de ses maux, la plateforme a aussi été son remède : 

J'en ai souffert, de voir qu'un groupe de personnes me critiquait et que j'étais toute seule. J'ai surmonté tout ça grâce à YouTube. C'était une période bizarre car je n'étais pas toujours bien dans ma peau face à ces personnes. Et de l'autre côté, j'avais ma chaîne où tout allait bien. Cyprien s'est abonné à ma chaîne… maintenant que j'ai déménagé, tout va bien sur les deux plans.

Finalement, Satine et Laura s'en sont sorties en brisant le tabou. Après s'être confiées auprès de leur famille et du personnel de leur établissement, elles ont senti un poids s'ôter de leurs épaules. Dans le cas de Laura, la conseillère d'éducation a pris le problème à bras le corps, et les harceleuses ont dû s'excuser. "L'une des pires harceleuses m'a même dit qu'en fait, elle aimait bien mes vidéos. Elle voulait presque devenir amie avec moi. Je l'ai de suite évitée, je ne voulais plus avoir affaire à elle", se souvient-elle avec distance. Et de conclure : "Ça aurait pu être pire"

Satine l'assure, "il faut en parler, si ça va trop loin. C'est la base". Elle met en garde : "Si t'en parles pas, ça peut aller tellement vite, et ça circulera jusqu'à la fin de ta vie. Ça laisse une trace de toi qui ne peut pas s'effacer. Si t'en parles, ça évitera que ça prenne une ampleur."

Pour autant, rien n'est perdu. Quand on demande à Florence Porcel quels conseils elle prodiguerait à une future youtubeuse, elle répond du tac au tac : "Je lui dirai de faire ce qu'elle a à faire. Il faut qu'elle fonce. Maintenant, si c'est sur Internet, il faut qu'elle sache que, potentiellement, ça peut être violent."
 

Harcèlement en ligne, la fin de l'impunité ?

A la suite de l'affaire de "la Ligue du lol", Marlène Schiappa a décidé de saisir la Garde des sceaux Nicole Belloubet à propos du cyberharcèlement. De son côté, le secrétaire d'Etat chargé du numérique Mounir Mahjoubi, a affirmé vouloir mettre en place des "outils pour que les condamnations soient très rapides" au micro de Franceinfo.

Le cyberharcèlement est défini sur le site service-public.fr comme "le fait de tenir des propos ou d'avoir des comportements répétés ayant pour but ou effet une dégradation des conditions de vie de la victime. Cela se traduit par une dégradation de la santé physique ou mentale de la personne harcelée (anxiété, maux de ventre....) C'est la fréquence des propos et leur teneur insultante, obscène ou menaçante qui constitue le harcèlement."

Note importante : il est puni plus sévèrement si la victime a moins de 15 ans, allant jusqu'à 3 ans de prison et 45 000 € d'amende contre 2 ans de prison et 30 000 € d'amende dans le cas contraire. En cas de harcèlement scolaire, les peines encourues sont plus importantes et dépendent de l'âge de l'agresseur et de celui de la victime.

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