Sept Alsaciens, poursuivis pour être allés en Syrie entre décembre 2013 et avril 2014, ont été condamnés mercredi à des peines allant de six à neuf ans de prison, assorties d'une période de sûreté des deux tiers.

Jour 1

Fin 2013, onze jeunes hommes habitant Wissembourg, Strasbourg ou sa proche banlieue décident de rejoindre la Syrie - l'un d'eux sera retenu in extremis par sa famille à l'aéroport de Francfort. Deux membres du groupe, deux frères, meurent, dès janvier, dans des combats près d'Alep, en Syrie. Un autre restera plus longtemps en Syrie et reviendra en France pour participer à la tuerie du Bataclan, le 13 novembre dernier. Il s'agit de Foued Mohamed-Aggad, enterré la semaine dernière à Wissembourg.

Les sept autres ont été arrêtés et incarcérés peu après leur retour en mai 2014, leur procès s'est donc ouvert ce lundi 30 mai. Ils sont jugés pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme, un délit passible d'une peine pouvant aller jusqu'à dix ans de prison.

© G.Fraize
© G.Fraize

Après leur arrestation, les "Strasbourgeois" revenus en France livrent aux enquêteurs plusieurs variantes du même récit : partis "faire de l'humanitaire", ils ont été bernés, "pris au piège" par des "fous sanguinaires". Ils disent avoir suivi des "entraînements", surtout sportifs.

Certains nient avoir touché une arme, se contentant de "faire la cuisine" et le "ménage", ou d'"acheter des bonbons aux enfants". D'autres admettent avoir tiré à la kalachnikov, mais seulement pour s'entraîner, et pas plus de deux coups. Cette version du périple à visée "humanitaire" est toutefois mise à mal par des photographies qui montrent certains des Strasbourgeois porteurs de treillis et d'armes.
 

Pas d'amalgame avec le 13 novembre

Surtout "pas d'amalgame" avec les attentats du 13 novembre  la défense a bataillé au premier jour du procès.
À première vue, voilà une affaire de jihadisme presque banale, comme le tribunal correctionnel de Paris en examine désormais régulièrement.

Ils sont sept hommes, de 24 à 27 ans, partis en Syrie entre décembre 2013 et avril 2014, jugés pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Il s'agit d'un délit grave, passible de jusqu'à dix ans de prison, mais non d'un crime, qui enverrait les suspects aux assises.

Pourquoi alors toutes ces caméras et cette bousculade à l'entrée du tribunal ? À cause d'un nom, Mohamed-Aggad. C'est celui d'un des sept prévenus, qui est le frère d'un assaillant du Bataclan, où ont péri 90 personnes, Foued Mohamed-Aggad.

© Gally
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La présidente du tribunal, Sabine Faivre

Les deux frères étaient partis ensemble en Syrie, dans un groupe de dix jeunes hommes, liés par "le foot et la chicha" qu'ils fumaient dans un bar de l'autre côté de la frontière allemande, explique Mokhlès Dahbi, l'un des prévenus.

Le périple est organisé avec l'aide d'un recruteur bien connu des services de renseignement, Mourad Farès.
Peu après leur arrivée, deux frères, membres du groupe, meurent. Foued Mohamed-Aggad décide de rester, tandis que les autres regagnent progressivement la France, à partir de février 2014, et sont arrêtés en mai suivant.
 

Les voilà assis dans deux box vitrés, donnant parfois l'impression de deux clans rivaux.

On ne choisit pas sa famille

D'un côté quatre hommes portant des barbes fournies échangent sourires et plaisanteries. Face à eux, trois autres ont le visage glabre, la mine un peu plus sombre et le regard plus souvent baissé.
"On choisit pas sa famille", dit le frère de Foued Mohamed-Aggad, barbe épaisse et cheveux lustrés, demandant la parole dès l'ouverture du procès.

Le 13 novembre, en prison, il regardait le match de foot France-Allemagne. "On n'a aucune part de responsabilité" dans les attentats qui ont ensanglanté Paris ce soir-là, assure-t-il, "on ne veut pas être assimilés à ces faits-là".

Le prévenu demande au tribunal de ne pas faire "d'amalgame". Avant même que le procès n'entre dans le vif du sujet, la défense doit batailler pour tenter de dissiper l'ombre du 13 novembre. Un échange parfois aigre oppose les avocats des prévenus et celui de l'Association française des victimes du terrorisme (AfVT). Cette dernière a, au début du procès, souhaité se constituer partie civile. Cette démarche, qui a surpris autant qu'irrité la défense, permet de demander l'indemnisation d'un préjudice, mais aussi d'intervenir lors d'un procès pénal.

© Gally
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Mokles Dahbi et Miloud Maalmi

"Ce n'est pas le procès du Bataclan", s'écrie Eric Plouvier, avocat d'un des prévenus. "Le fait que le mot "terrorisme" apparaisse, ça émoustille tout le monde", regrette Me Xavier Nogueras, estimant qu'il n'y a aucune raison d'accepter cette partie civile, puisque, dans ce procès, il n'y a "pas de victimes", ni en France ni ailleurs.

"Vous n'avez pas votre place ici", lance Françoise Cotta, l'avocate du frère de Foued Mohamed-Aggad, à son confrère représentant l'AfVT. Elle avait auparavant tempêté contre le traitement médiatique de l'affaire, visant selon elle à "coller" sur son client les actes
commis par son frère.

Le tribunal ne dira qu'au moment de rendre sa décision s'il accepte que l'AfVT se constitue partie civile.
Ce n'est qu'après ces vifs échanges que l'audience peut véritablement démarrer. Les prévenus assurent, chacun à leur tour, qu'ils étaient partis d'abord pour "aider" les civils syriens, tout en reconnaissant qu'ils étaient prêts, à l'époque, à "prendre les armes" contre le régime. Sans brandir outre mesure une motivation "humanitaire", le frère de Foued Mohamed-Aggad déclare que, "meurtri" par la souffrance des
Syriens, il était parti "dans le but de combattre" Bachar al-Assad.

Le résumé en vidéo de cette première journée d'audience :

premier jour procès djihadistes

 

© Dessin Gally - Les frères Hattay (Ali à gauche, Mohamed à droite)
© Dessin Gally - Les frères Hattay (Ali à gauche, Mohamed à droite)

 

Jour 2

Jugés en correctionnelle à Paris, ces sept jeunes Bas-rhinois ont été interpellés à leur retour de Syrie en 2014. Il faisaient partie d'un groupe de dix personnes, parmi lesquelles Foued Mohamed Aggad, l'un des kamikazes du Bataclan.
© Dessin d'Elisabeth de Pourquéry
© Dessin d'Elisabeth de Pourquéry
Banoumou Kadiakhe, Mokles Dahbi et Miloud Maalmi

Un périple soigneusement préparé ? Non, un départ "précipité". Un projet jihadiste mûri à coups d'échanges internet belliqueux ? Non, des blagues sur Facebook, entrecoupées de "mdr" (mort de rire). La version que sept Strasbourgeois ont donnée mardi de leur départ en Syrie n'a pas semblé convaincre le tribunal.

L'un d'eux dit avoir eu longtemps "le derrière entre deux chaises", être resté "indécis" et n'avoir décidé de partir pour la Syrie que "dans la précipitation". 

"Pour moi ce n'est pas aussi précipité que ça. (...) On n'a pas dix personnes qui décident de partir en trois semaines faire un voyage humanitaire à tendance politique", lui rétorque la présidente.

Des dix hommes partis en décembre 2013, sept seulement sont revenus après deux à trois mois sur place. Deux sont morts en Syrie, l'un est resté : Foued Mohamed-Aggad a été identifié comme l'un des assaillants du Bataclan où ont péri 90 personnes le 13 novembre 2015.
Son frère, barbe fournie et boucles bien huilées, s'agace des questions dont l'assaille le tribunal.

 "J'ai l'impression d'être au centre de l'attention de tous", proteste le prévenu, perdant un peu du calme un rien narquois affiché lundi au premier jour du procès. Il dit ne "plus savoir où est (sa) place", lui qui est "traité d'apostat" en Syrie et "de terroriste" en France.

© Gally
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Le procureur de la République 

Un recruteur bien connu

"On dirait qu'il est seul dans le box", s'énerve son avocate. Me Françoise Cotta n'apprécie pas non plus la rafale de questions sur les relations de son client avec Mourad Fares, considéré comme l'un des plus grands recruteurs de jihadistes français, notamment via internet.
"C'est dommage qu'on n'ait pas fait venir Mourad Fares", actuellement incarcéré en région parisienne, "c'est quand même le grand absent de ce procès", lance Me Cotta.

"On pourrait peut-être le faire parler en vidéo? Il a l'habitude des réseaux sociaux...", suggère un autre avocat de la défense, Me Xavier Nogueras, faisant rire la salle. "Il ne suffit pas de vouloir", a dit la présidente. Qui remet la réponse du tribunal à plus tard.

Un peu avant, c'est le frère de Foued Mohamed-Aggad qui s'esclaffait, en relatant une visite "de courtoisie" que lui a faite Mourad Fares à Strasbourg, pendant laquelle ils ont fait "du shopping" et "la tournée des bars". "Pourquoi riez-vous?", demande sèchement la présidente.
Le prévenu, qui a rencontré trois fois le recruteur, à Strasbourg, mais aussi à Paris et Lyon, minimise son influence. Il parle d'un homme "éloquent", qui l'a "sensibilisé" au malheur des civils syriens.

Le prochain tir ce sera sur de vraies cibles, en mouvement

Ali Hattay, l'un des autres prévenus, est plus direct: c'est bien Mourad Fares qui a "donné les instructions" et le "numéro d'un passeur" en Turquie aux Strasbourgeois. Avant cela, selon la présidente, il y a bien eu des préparatifs, par exemple la constitution d'une "caisse commune" pour financer le périple, la réservation de billets d'avion à des dates différentes, pour ne pas attirer l'attention...

Elle s'attarde aussi sur des échanges ambigus entre le frère de Foued Mohamed-Aggad et un autre prévenu, un an ou presque avant leur départ.

"Je suis quelqu'un qui aime bien rigoler", lui répond le prévenu. "Y'a pas une phrase où j'écris pas "lol" ou "Mdr", ces abréviations censées souligner un passage humoristique dans les textos ou sur les réseaux sociaux. La présidente lit un extrait d'une conversation sur Facebook, fin janvier 2013 : "Mdr le prochain tir ce sera sur de vraies cibles, en mouvement lol".

Grégory Fraize et Carine Feix suivent ce procès pour France 3 Alsace au palais de justice de Paris depuis le début de la semaine. Ils ont rencontré lors de cette deuxième journée d'audience Maître Françoise Cotta, avocate de Karim Mohamed Aggad et Maître Xavier Nogueras l'avocat de Radouane Taher.

Le compte-rendu et les interviews des deux avocats dans leur reportage ci-dessous :
2ème jour de procès pour les djihadistes bas-rhinois
Jugés en correctionnelle à Paris, ces sept jeunes Bas-rhinois ont été interpellés à leur retour de Syrie en 2014. Il faisaient partie d'un groupe de quinze personnes, parmi lesquelles Foued Mohamed Aggad, l'un des kamikazes du Bataclan. - Grégory Fraize et Carine Feix

© Gally
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Karim Mohamed-Aggad, Radouane Taher, Ali Hattay et Mohamed Hattay

Jour 3

Les 7 prévenus qui comparaissent actuellement à Paris sont-ils de dangereux terroristes ou simplement des jeunes gens qui se sont fait avoir par la propagande de l'organisation islamique. Au troisième jour du procès, difficile de faire la part des choses. 

Partis combattre Bachar el-Assad, les voilà "comme des clampins", privés de leur mentor, en plein conflit entre groupes rebelles : le tribunal s'est égaré mercredi avec sept prévenus de la "filière de Strasbourg" dans le chaos syrien de la fin 2013 et du début 2014.

La pointilleuse présidente Sabine Faivre décrit les déplacements des prévenus, se fait apporter une carte de Syrie, s'acharne sur la chronologie. Elle retrace aussi avec application le paysage de la rébellion syrienne fin 2013 et début 2014, entre problèmes "logistiques" de l'Armée syrienne libre, et heurts entre le Front al-Nosra, lié à Al-Qaeda, et le groupe Etat islamique (EI).


© Gally
© Gally
Le tribunal

On était comme des clampins


La présidente repose ses fiches et lève la tête: "Cela m'a demandé un travail considérable". "Alors imaginez dans leur tête à eux, fin 2013", la coupe Me Florian Lastelle. Ce qui se passe "dans leur tête à eux", ces sept hommes de 24 à 27 ans jugés au tribunal correctionnel pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, est résumé par l'un des prévenus. "On était comme des clampins", dit le jeune homme fluet à la barbe un peu clairsemée, parce que Mourad Farès, l'homme qui les a recrutés en France, n'est pas venu les
récupérer comme prévu à la frontière syrienne.

Au moment de partir, "nous on est avec Mourad Farès", pas avec tel ou tel groupe, dit un autre. "Vous l'auriez suivi n'importe où?", l'interpelle Me Françoise Cotta. "Oui", répond le prévenu. "Hé ben dis donc...", jette l'avocate. Comme mardi l'audience, déjà fort confuse et laborieuse, bute sur l'absence du recruteur, lui-même en détention en région parisienne. Comme mardi la présidente dit qu'il serait "compliqué" de l'entendre. 

Faute de l'entendre, on lit donc les procès-verbaux des auditions de Mourad Farès. Il affirme s'être fait souffler ses recrues par l'EI alors qu'il cherchait à fonder son propre bataillon. 

Voilà les Strasbourgeois en Syrie, arrivés en ordre dispersé mais tous vêtus de la même veste noire - "Elle était en solde" dit l'un d'eux -, qui se retrouvent dans un "hangar". L'EI leur fait remplir des formulaires et les envoie dans un camp d'entraînement militaire.

Miloud Maalmi / © Gally
Miloud Maalmi / © Gally

 

Il fallait suivre le mouvement

"On a été pris en charge dans ce groupe-là malheureusement", dit le frère de Foued Mohamed-Aggad. "Le fait de choisir tel ou tel groupe, ça nous dépassait. Il fallait suivre le mouvement", assure Miloud Maalmi. Il affirme avoir subi des sévices, après s'être soustrait à l'entraînement pour des raisons de santé.

Les autres, s'ils ne parlent d'aucune maltraitance, décrivent une surveillance constante, se "font choper" quand ils tentent d'aller au cybercafé. La présidente cite une conversation dans laquelle l'un des prévenus dit, depuis la Syrie, sa joie de vivre "dans un pays islamique", loin des "infidèles" qui "croient que l'homme descend du singe".

Le prévenu assure qu'il ne pouvait pas parler librement, et reconnaît qu'il n'était alors pas encore décidé à rentrer, par "peur de la prison".
Les Strasbourgeois, qui regagneront la France entre février et avril 2014, et seront incarcérés en mai, ont aussi été ébranlés par la mort de deux frères partis avec eux.

Les 7 prévenus
 

Mourad et Yacine Boudjellal tombent début janvier 2014 sous les balles d'un autre groupe rebelle. "La mort des Boudjellal nous a mis une claque", dit l'un des prévenus, elle "enfonce le clou" et les conforte dans la décision de rentrer, affirme Mokhlès Dahbi.

"Avant de partir (...) on nous envoie des photos, ça mange des kebabs", ça se balade "dans les rues d'Alep", "et là on a des musulmans qui se tirent dessus", déclare Karim Mohamed-Aggad. Le prévenu assure que son départ pour la Syrie n'avait pas d'explication religieuse.
Son épaisse barbe? Il est "fan de rugby", et le joueur Sébastien Chabal en porte bien une, alors...

Le frère de Foued Mohamed-Aggad rigole, la salle aussi. Plus tard, à nouveau sérieux: "Si j'étais parti pour des raisons idéologiques, je serais pas rentré". Comme très souvent depuis le début du procès, l'ombre du "dixième homme" du groupe des Strasbourgeois s'étend alors sur le tribunal. 

Foued Mohamed-Aggad, le "petit frère" de Karim, est resté en Syrie, et n'est rentré que pour devenir, le 13 novembre, l'un des kamikazes du Bataclan.

Le compte-rendu en vidéo de la troisième journée d'audience : 

Troisième jour de procès des 7 Bas-Rhinois partis faire le Djihad
Troisième jour de procès pour les sept Bas-Rhinois jugés en correctionnelle à Paris pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme... Ils avaient été interpellés en 2014 à leur retour de Syrie. Ont-ils été eux-mêmes dupés par la propagande de l'organisation Etat Islamique, ou sont-ils vraiment radicalisés ? C'est toute la question. - F3Alsace - Gregory Fraize, Carine Feix, Myriam Heyer, Manuel Ruch et Mathias Gally

 

© Gally
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La 16ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris

Jour 4

Où finit la "frime" virtuelle, où commence le jihadisme? Sept Strasbourgeois, jugés pour avoir passé plusieurs mois en Syrie, peinent à dissiper les impressions laissées par les statuts Facebook virulents, leurs conversations internet belliqueuses, et leurs photos de propagande.

"Frimer en évoquant une crucifixion?" La présidente n'en croit pas ses oreilles. Radouane Taher, l'un des prévenus de 24 à 27 ans jugés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, vient d'assurer que pendant son séjour de quelques semaines en Syrie, entre fin 2013 et début 2014, il n'a été témoin d'aucune exaction. Pourquoi évoque-t-il alors une crucifixion dans un échange internet avec la France?"C'était pour frimer."

Internet, il en est question en permanence lors de ce procès qui éveille une attention médiatique particulière en raison de la présence sur le banc des prévenus de Karim Mohamed-Aggad, frère d'un kamikaze du Bataclan.

Les sept jeunes hommes, qui risquent jusqu'à dix ans de prison, évoquent tous le rôle de vidéos de propagande dans leur décision de rejoindre en Syrie le recruteur Mourad Farès, contacté via internet.
"J'ai vu énormément de vidéos", au point de "bouillir", et de considérer comme un "péché" de ne pas partir en Syrie, dit Mokhlès Dahbi. Il cite celles du chef jihadiste français Omar "Omsen" Diaby, qui avait fait circuler l'annonce de sa mort mais qui vient de réapparaître dans un tournage diffusé par France 2.

"Y'a que ça en Syrie, des filles"

Mais les prévenus ne se sont pas contentés de regarder, ils ont aussi laissé des traces sur internet, par exemple une photo de membres du groupe autour d'une table de restaurant, souriant, l'un avec une arme, d'autres pointant l'index en l'air, un signe aujourd'hui étroitement associé à Daech. A l'époque, fin février 2014, Mokhlès Dahbi assure qu'il est déjà décidé à partir. Son sourire, "c'est seulement une image que j'essaie de donner". Il revient souvent, l'argument selon lequel les Strasbourgeois se contentaient de donner le change pour mieux préparer leur retour en France.

"Si je me fais cramer, je suis plus là pour en parler", dit Banoumou Kadhiake. Quand Momamed Hattay se moque de deux camarades qui ont quitté la Syrie, c'est "pour (sa) sécurité". Si Karim Mohamed-Aggad parle sur internet d'aller "combattre les +kouffars+", les infidèles, c'est pour répercuter de la propagande. A-t-il
combattu? Non, il faisait "la cuisine".

Voilà maintenant des pages Facebook sur lesquelles s'affichent des photos de Ben Laden. Certes, mais il y a "aussi Shakira", vedette internationale de la pop, dit l'un. L'autre dit qu'il a en effet fait des recherches sur l'ancien leader d'Al-Qaïda mais aussi "sur Michael Jackson".

Ces jeunes prévenus que la présidente réprimande pour un chewing-gum ou des bavardages, utilisent aussi internet, sans grande réussite, pour entrer en contact avec des femmes ou persuader leurs compagnes de venir en Syrie.

Ainsi Karim Mohamed-Aggad, qui dit avoir rencontré une femme "sur place", au grand étonnement de la présidente. "Enfin sur place via les réseaux sociaux", poursuit-il, avant d'expliquer que les jihadistes qui font venir leur compagne ont droit à un appartement, une petite somme d'argent, et échappent aux positions les plus exposées. "On fait venir Madame pour ne pas aller au front, c'est ça?" ironise le procureur.

Ali Hattay, lui, est confronté aux propos d'une jeune femme, qui a dit aux enquêteurs avoir été encouragée à le retrouver en Syrie, entre une "leçon de morale" et "des rappels religieux", toujours sur internet.
"J'en ai pas le souvenir", dit le jeune homme barbu, à la chevelure gominée. "Ça n'avait pas d'intérêt de faire venir une fille en Syrie?" veut savoir la présidente. "Ah non, aucun intérêt, y'a que ça en Syrie, des filles."
4ème jour du procès des jihadistes
Suite du procès en correctionnelle des 7 jihadistes bas-rhinois - France 3 Alsace - G.Fraize, C.Feix, M.Heyer

 

Jour 5

5ème jour d'audience des 7 Strasbourgeois partis faire le Djihad en Syrie

5ème jour de procès de la filière djihadiste alsacienne à Paris

Le reportage de Gregory Fraize, Carine Feix et Myriam Heyer
 

Jour 6

Réquisitions maximales : huit à dix ans de prison ont été requis ce lundi contre les sept Strasbourgeois, djihadistes présumés, jugés devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. 
© Maxppp
© Maxppp
Le procureur de la République Nicolas Le Bris a requis dix ans de détention contre quatre Strasbourgeois, soupçonnés d'être partis "faire le djihad" en Syrie entre décembre 2013 et avril 2014. Il s'agit de la peine maximale. Contre les trois autres prévenus, également poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme, il a demandé huit ans de prison. Toutes ces peines, très lourdes, sont assorties de la demande d'une peine de sûreté des deux tiers. En fin d'après-midi, les plaidoiries de la défense ont commencé. Elles se poursuivront mardi, lors du dernier jour de ce procès. 

L'équipe de France 3 Alsace qui suit ce procès depuis le début à Paris a rencontré deux des avocats de la défense à l'issue de l'audience. Voici les réactions de maître Martin Pradel, avocat de Banoumou Kdiakhé et de maître Eric Lefebvre, avocat de Mohamed et Ali Hattay :
Jour 6
maître Martin Pradel, avocat de Banoumou Kdiakhé et de maître Eric Lefebvre, avocat de Mohamed et Ali Hattay - Au micro de Grégory Fraize
Ces sept jeunes djihadistes présumés sont jugés depuis le 30 mai par la chambre correctionnelle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris. Après la fin du procès ce mardi, le jugement sera mis en délibéré et devrait être connu d'ici quatre à cinq semaines.

Dernier jour du procès

Le tribunal correctionnel de Paris a fait savoir mardi qu'il rendrait le 6 juillet sa décision pour sept Strasbourgeois, contre lesquels le parquet a requis entre huit et dix ans de prison pour avoir combattu en Syrie, dans les rangs des jihadistes
de l'Etat islamique.

Au lendemain de réquisitions lourdes (quatre fois la peine maximale pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de terrorisme, notamment contre le frère d'un kamikaze du Bataclan) la défense n'a pas épargné mardi le procureur Nicolas Le Bris. "Vous prenez des images, des captations de conversation, vous les mettez dans un shaker et ça fait 10 ans de peine", lui a reproché Me Xavier Nogueras, qui défend Radouane Taher, en dénonçant l' "arrogance des réquisitions", basées essentiellement sur des photos ou des interceptions de conversations, contre des jeunes gens le plus souvent sans casier. "Qu'on vienne me démontrer qu'il présente un danger réel en matière de terrorisme en France", a lancé Me Françoise Cotta en désignant son client Karim Mohamed-Aggaz, prévenu le plus scruté de ce procès. Son frère Foued, parti en Syrie avec le groupe, y était resté, pour devenir l'un des assaillants du Bataclan. Et Me Cotta de s'interroger, une nouvelle fois, sur la capacité du tribunal à "juger sereinement quand on est sous les feux de la rampe". Les sept prévenus de 24 à 27 ans ont essayé pendant dix jours de convaincre le tribunal que s'ils étaient bien partis pour "combattre" le régime syrien et rejoindre leur recruteur Mourad Fares, ils n'avaient pas voulu spécifiquement rejoindre l'Etat islamique.

Les jeunes gens étaient répartis en deux box, l'un rassemblant quatre prévenus barbus, les plus sévèrement visés dans les réquisitions; l'autre, trois hommes glabres. Tous ont souligné qu'ils étaient rentrés en France, après deux à trois mois sur place, pour ne pas prendre part aux combats entre groupes rebelles. Les prévenus ont demandé la clémence à la juge et contesté le sévère réquisitoire du procureur. "C'est cher payé", a dit Karim Mohamed-Aggad en parlant des dix années de détention requises contre lui, ajoutant: "On essaie de faire peur aux gens". "J'attends de vous (...) que vous me donniez une chance de tourner la page, que vous préserviez mon avenir", a demandé pour sa part Mokhlès Dahbi, contre lequel huit années ont été requises. (AFP)

A l'audience, Grégory Fraize et Jérome Gosset :
Dernier jour du procès
Dernier jour de procès aujourd’hui en correctionnelle à Paris pour les sept Bas-rhinois partis combattre en Syrie et interpellé à leur retour en France. Sont-il radicalisés ou ont-ils été manipulés par l’organisation Etat Islamique ? C’est cette question qui a été au centre des débats lundi. Le procureur a requis entre 8 et 10 ans de prisons... La peine maximale.  - A l

Jugement le 6 juillet pour sept Strasbourgeois partis combattre pour l'EI en Syrie

De 6 à 9 ans de prison


Croquis d'audience du procès en première instance / © Gally
Croquis d'audience du procès en première instance / © Gally


La peine la plus lourde a été prononcée contre Karim Mohamed-Aggad dont le frère Foued, qui était du voyage en Syrie, a été identifié comme l'un des kamikazes du Bataclan lors des attentats du 13 novembre. Le tribunal correctionnel de Paris a également ordonné leur inscription au ficher des auteurs d'infractions terroristes. "Nous pensons faire appel", a réagi l'avocate de Karim Mohamed-Aggad, Me Françoise Cotta. A ses yeux, c'est "un tribunal aux ordres qui a rendu une décision de peur dans une France qui a peur".

De 6 à 9 ans de prison pour les jihadistes de Strasbourg
Sept Alsaciens, poursuivis pour être allés en Syrie entre décembre 2013 et avril 2014, ont été condamnés mercredi à des peines allant de six à neuf ans de prison, assorties d'une période de sûreté des deux tiers. - France 3 Alsace - Le reportage de G. Fraize - Y. Ledig - P. Wilpart - A. Belderraïn - M. Gally. Interviews : Me Françoise Cotta, avocate de Karim Mohamed Aggad - Me Eric Lefebvre, avocat de Mohamed et Ali Hattay - Me Xavier Nogueras, avocat de Radouane Taher

Lors du procès de la filière jihadiste de Strasbourg, qui s'est tenu durant dix jours fin mai début juin, les prévenus, âgés de 24 à 27 ans, certains portant une barbe fournie et affichant un sourire parfois goguenard, d'autres aux joues rasées et faisant une mine sombre, se sont efforcés avec leurs avocats de dissiper l'ombre des tueries du 13 novembre. Ils étaient répartis en deux boxes, l'un rassemblant quatre prévenus barbus, les plus sévèrement visés dans les réquisitions; l'autre, trois hommes glabres.

Tousont souligné être rentrés en France, après deux à trois mois sur place, pour ne pas prendre part aux combats entre groupes rebelles. Ils ont essayé de convaincre le tribunal que s'ils étaient bien partis pour "combattre" le régime syrien et rejoindre leur recruteur Mourad Fares, ils n'avaient pas voulu spécifiquement rallier le groupe jihadiste Etat islamique. Restés en Syrie entre deux et trois mois, ils ont affirmé avoir fui en constatant les déchirements entre groupes rebelles. L'un a assuré que leur expédition n'avait qu'un "vernis religieux".

"C'est cher payé", avait dit au dernier jour du procès Karim Mohamed-Aggad en parlant des dix années requises contre lui. "Qu'on vienne me démontrer qu'il présente un danger réel en matière de terrorisme en France", avait plaidé Me Cotta en désignant son client, prévenu le plus scruté de ce procès.

« Le terrorisme a gagné sur la France»
Interview de Me Françoise Cottaj, avocate de Karim Mohamed Aggad - France 3 Alsace