A son époque, l'Ami 8 n'était sans doute pas la voiture la plus glamour du marché. Aujourd'hui, il en est tout autrement. Ses formes uniques et son caractère estampillé Citroën en font un véhicule marquant des années 1970 qu'on a plaisir à revoir sur nos routes. Jean-Luc Hiblot possède un modèle de 1975 entièrement d'origine qu'il conduit autour de Charleville-Mézières au cœur de la forêt ardennaise.

Elle succède à l'Ami 6

En 1961 est créé l'Ami 6. Une évolution pour Citroën qui à l'époque ne propose que deux modèles à son catalogue : la populaire et simplissime 2CV et la DS, bourgeoise et technologique. Deux voitures diamétralement opposées mais aux caractères bien trempés qui en font des légendes.

Le constructeur français doit combler un manque au milieu de sa gamme. C'est le projet M qui a pour cahier des charges de concevoir un véhicule 4 places de moins de 4 mètres mais plus confortable que la 2CV.
L'Ami 6 et sa lunette arrière en Z, précurseur de l'Ami 8 / © Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
L'Ami 6 et sa lunette arrière en Z, précurseur de l'Ami 8 / © Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
Ainsi naît l'Ami 6 sur une base de 2CV. Sa ligne surprenante due à Flaminio Bertoni est assez controversée à l'époque : la lunette arrière inversée en forme de Z ne fait pas l'unanimité. L'Ami 6 rencontre quand même le succès. Elle est fabriquée jusqu'en 1969 avant d'être remplacée par l'Ami 8. 

Plus puissante, plus fiable et dotée de quelques améliorations techniques, l'Ami 8 n'est qu'une version restylée de l'Ami 6. Son design est revu sous le crayon de Robert Opron, à qui on doit plus tard le dessin de la GS, la CX et la SM. La lunette arrière retrouve une ligne classique, la face avant est modernisée.

Enfin dès 1973, l'Ami 8 connaîtra une déclinaison plus huppée au travers de l'Ami Super. Comme son nom l'indique, une super Ami 8 avec un moteur de 1015 cm3, celui de la GS et des différenciations techniques et esthétiques assez mineures.

Les Ami sont produites de 1961 à 1978 et se sont vendues à un peu plus de 1,8 millions d'exemplaires. La version break a été la plus répandue.
 

Une Ami qui vous fait du bien

Jean-Luc nous explique l'origine de son Ami 8 : "Elle a d'abord appartenu à l'épouse d'un notaire. Elle l'utilisait essentiellement le dimanche 'pour aller au pain' depuis sa maison de campagne dans l'Oise. Puis, elle l'a vendue à l'une de ses relations, un collectionneur parisien qui travaillait à l'Élysée. C'est ensuite que ce passionné de Citroën vieillissant, qui possédait une dizaine de voitures, me l'a revendue."
 

La voiture a toujours dormi au garage et n'a jamais souffert de la corrosion, véritable fléau qui a exterminé beaucoup de voitures de cette époque. Toutes les pièces sont d'origine. Le compteur ne totalise que 20.000 km. Seul un voile de peinture a été apposé pour masquer un coup de lumière.
 
Pour découvrir l'intérieur de l'Ami 8 en 360°, faites pivoter avec la souris.
 


Jean-Luc a donc eu un véritable coup de cœur pour cette Ami 8 à l'état exceptionnel. La couleur "Brun de Santal" qui n'a été proposée qu'une seule année au catalogue l'a véritablement conquis : "A l'époque les gens préféraient plutôt des couleurs vives. Cette teinte n'a pas connu le succès et seulement entre 500 et 600 exemplaires 'Brun de Santal' ont été vendus. Ce brun métallisé est finalement aujourd'hui beaucoup plus à la mode, il est devenu une couleur moderne."

Jean-Luc a possédé par le passé une traction 11BL de 1950 qu'il a gardée 23 années et une Simca Aronde P60 qu'il a vendue aussi pour diverses raisons.

C'est à l'occasion de sa retraite, en 2014, que l'Ardennais renoue avec sa passion pour les voitures anciennes et décide de se faire un petit cadeau. Dans un premier temps, il recherche une Ami 6 Club break, modèle qu'il a possédé dans sa jeunesse, pour finalement craquer pour cette Ami 8 de 1975.  Il ne le regrette pas. 

L'Ami 8 en 10 photos

Collectionneur, pas bricoleur

Jean-Luc n'est pas bricoleur et ne soulève que rarement le capot. Son véhicule est entretenu par son garagiste. "C'est un véhicule simple et fiable. La panne sur la route peut arriver bien sûr. Mais dans ce cas pas de panique, aucun mécano ne lèvera les bras au ciel. La mécanique est basique, la même que la 2CV, toutes les pièces sont encore disponibles." Jean-Luc veut passer le message " Pas besoin d'être un champion en mécanique, pour posséder un véhicule ancien et se faire plaisir.

Je ne possède qu'une seule voiture. Je préfère avoir une voiture fiable et toujours disponible plutôt que plusieurs véhicules stockés dans un garage et qui ne fonctionnent pas. 

 
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne

L'Ami 8 et les femmes

D'un point de vue marketing, Citroën a parfois "vendu" cette auto de gamme intermédiaire comme la seconde voiture du couple, la voiture parfaite pour "Madame" comme en témoigne les campagnes publicitaires de l'époque. 

Pourtant, Jean-Luc explique que certains détails ont échappé aux ingénieurs de la marque et ont déplu à la cible féminine. "Certaines femmes ne voulaient plus de l'Ami 8. Les nouvelles poignées chromées des portes avaient un gros défaut. En les soulevant, les femmes s'y cassaient les ongles ! Elles regrettaient les boutons poussoir de l'ancienne Ami 6."
 

L'Ami 100% bretonne

L'Ami 6 et l'Ami 8 ont été fabriquées de A à Z dans l'usine de Rennes-La-Janais, spécialement construite pour le modèle milieu de gamme de Citroën en 1960. Une fierté bretonne que ne manque pas de relever, avec un certain chauvinisme, la télé régionale à l'époque.