Olivier Brichet a dépassé la cinquantaine et n'a pas oublié les voitures miniatures de son enfance. Aujourd'hui, il voit les choses en plus grand et collectionne les vraies autos, essentiellement celles des années 70 voire du début des années 80. C'est à bord d'une Renault 8 qu'il nous emmène sur les routes des Ardennes, à Monthermé, là où il est né et où vivait son grand-père qui possédait le même modèle. 

Souvenirs heureux

Faute avouée à moitié pardonnée. Olivier a pris seul le volant à l'âge de 14/15 ans. D'abord, plus jeune, sur les genoux de son grand-père puis tout seul dans la cour de la maison. Marche avant, marche arrière, passage de vitesse et demi-tours avec la Renault 8 du grand-père. Premières sensations et souvenirs inoubliables qui marquent à jamais l'esprit d'Olivier.
Ce dernier n'aura pas le temps de la conduire sur la route quand il obtient son permis, l'auto a été accidentée quelque temps auparavant. 

Un autre fait marquant, plus ancien encore, rend aux yeux du quinquagénaire la Renault 8 incontournable. Quand il a 8 ans, son grand frère d'une vingtaine d'année, l'emmène, la nuit, sur le rallye des Ardennes. Les yeux et les oreilles en alerte, Olivier se souvient d'une R8 Gordini qui faisait pas mal de bruit et qui faisait l'admiration de son frère aîné. A cette époque, ce dernier décide alors de customiser sa Renault Dauphine avec un petit volant sport et un pot d'échappement Devil, histoire d'amplifier les sensations.
 
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne

C'est donc dans cet esprit qu'Olivier envisage sa R8. Une major "majorée", un peu moins sage et plus sportive, telle que l'aurait voulu un jeune de l'époque, inspirée de la Renault 8S. A défaut de pouvoir rivaliser avec la mythique Gordini.
 

Pour découvrir l'intérieur à 360° faites pivoter avec la souris

Une super Dauphine

Avec la 4CV sortie après-guerre, puis la Dauphine, Renault enchaîne les succès commerciaux. Mais la concurrence se développe sur le marché des petites voitures. La tâche s'avère ardue pour la nouvelle R8 qui sort en juin 1962. Sa ligne anguleuse tranche avec celle de la Dauphine beaucoup plus ronde. Pourtant, elle s'en inspire tout en tentant de gommer les défauts observés par les clients sur le modèle antérieur.

Comme ses aînées, elle garde le moteur à l'arrière qui lui procure une direction assez légère même si cela la rend sensible aux vents latéraux. L'habitabilité est améliorée. Elle a pour atout ses quatre freins à disques, une première sur une voiture de cette catégorie. Elle adopte également un nouveau moteur, le moteur Sierra aussi appelé Cléon qui s'avère robuste et qui subsistera jusqu'aux années 1990 sur les Renault Twigo et Clio. 

A sa sortie, la R8 ne déchaîne pas encore les passions et quelques problèmes de finitions sur les premiers modèles ternissent son image. Mais très vite, la déclinaison Gordini lui imprimera une image de voiture sportive et de voiture "plaisir" qui rajeunit son public. Les progrès de la présentation et de la fiabilité lui font connaître un certain succès mais qui n'égale toutefois pas celui de la Dauphine. 
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne

Dessinée en 30 jours

En octobre 60, Fernand Picart directeur technique de la Régie Renault appelle en catastrophe Philippe Charbonnaux pour lui montrer "un engin extraordinaire", le prototype de la Renault 8. Extraordinaire peut-être mais pas du tout du goût du service commercial qui n'apprécie guère l'esthétique de la nouvelle auto.

Philippe Charbonnaux est du même avis. Les ingénieurs défient le designer Haut-Marnais de repenser complètement les lignes de l'auto en trente jours seulement, pas un jour de plus. Le cahier des charges est clair : pas de références aux voitures sportives, mais une petite voiture tranquille qui doit presque passer inaperçue, capable de séduire toutes les couches de la population. La régie est pressée, Simca prépare la sortie de sa nouvelle Simca 1000, Citroën son Ami 6, il faut faire face à la concurrence.

Philippe Charbonnaux travaille d'arrache-pied avec l'aide des compagnons carrossiers de la maison. Pas le temps d'établir des croquis, ni de faire des essais en soufflerie, il faut faire vite. Un mois plus tard, fin octobre 1960, les nouvelles lignes de la R8 sont validées. 

Diaporama : la R8 en 10 photos

La voiture d'Olivier

Il y a 4 ans, Olivier a eu une opportunité : "J'ai eu la chance de trouver cette R8 dans les environs de Reims, auprès du fils d'un collectionneur décédé. Il s'agit d'une R8 Major de 1970. La voiture avait 70.000 km et avait déjà été rénovée. Je n'ai presque rien eu à refaire". La Major est une version mieux finie et plus fiable que les premiers modèles sortis au début des années 60. Elle développe 46 ch pour une cylindrée de 1108 cm3.

Notre acheteur est bricoleur et a déjà entièrement restauré d'autres voitures. Il ne peut s'empêcher de mettre une touche personnelle à ce nouveau bolide. Il refait le ciel de toit et décide de modifier cette Major selon son propre goût, c'est à dire avec quelques concessions sur le modèle d'origine, comme l'a initié son frère.

Des jantes larges, un pot d'échappement de marque Devil pour faire du bruit et un petit volant font leur apparition. La prochaine étape concerne le tableau de bord  qui sera bientôt remplacé par une planche de R8 S un peu plus équipée et esthétiquement plus sportive.
 
Olivier n'hésite pas à sortir assez souvent ce petit jouet qu'il trouve très facile et agréable d'utilisation. "La R8 se conduit avec deux doigts, la direction est très légère et elle démarre au 1/4 de tour, c'est une voiture fiable sur laquelle on peut compter". Pourtant, il n'entreprend pas de longue distance "Avec le bruit de l'échappement Devil cela deviendrait vite fatiguant".

Le bruit participe à l'ambiance, quand on roule à 80 km/h dans ce petit habitacle, on a l'impression de rouler beaucoup plus vite. 
- Olivier, propriétaire de la R8

Dans son R8, Olivier retrouve le parfum des années 70. "Chaque voiture de cette époque a une odeur particulière et la R8 ne déroge pas à la règle. A cela s'ajoute, le confort à la française  grâce à des sièges bien rembourrés dans lesquels on s'enfonce. C'est tout une ambiance." 
 
© Xavier Claeys / France 3 Cjhampagne-Ardenne
© Xavier Claeys / France 3 Cjhampagne-Ardenne

La R10 : la soeur bourgeoise

La R8 et la R10 sont des soeurs, il n'y a aucun doute. Elles sont d'ailleurs souvent confondues. La Renault 10 est née trois années après la R8. Elle est plus grande mais garde le même dessin. Il s'agit en fait d'une version allongée de la R8. Le coffre avant et le compartiment moteur arrière sont plus spacieux alors que le volume intérieur reste identique. La R10 est plus cossue et adopte des phares rectangulaires sur sa face avant. Cette "bourgeoise" se vend moins que sa "petite soeur" et sa fabrication sera suspendue dès 1971 (1973 pour la R8). 

La Gordini, la plus connue !

On ne peut parler de la Renault 8 sans évoquer la version la plus connue, celle qui reste dans la mémoire collective, la R8 Gordini bien sûr. Pour le plaisir, petite leçon de pilotage avec l'ancien champion de France des rallyes Jean Vinatier