Daniel Duvivier est retraité des Transports Urbains de Reims où il a assuré la maintenance des autobus pendant plus de 24 ans jusqu'en 2007. Pas du genre à rester coincé devant son téléviseur, il a toujours investi ses temps de loisirs à restaurer des voitures anciennes. Au début des années 2000, il a passé plus de 300 heures à remettre en état cette Renault 4CV qu'il a achetée dans la région parisienne. Le résultat est superbe, un travail de pro. 

Succès d'après-guerre

La Renault 4CV est sans conteste la voiture qui symbolise le mieux la période de l'après guerre, c'est le véhicule le plus vendu en France jusqu'en 1955. La Renault 4CV répond aux besoins de l'époque : familiale, économique et pas trop chère à l'achat. Elle s'est vendue à 1.105.550 exemplaires.

Sa conception a été initiée dans le plus grand secret pendant l'occupation, à l'initiative de  deux ingénieurs de Renault et contre l'avis d'une direction placée sous le joug des allemands. Louis Renault est lui-même hostile à la création d'un petit modèle populaire. 

A la libération, la nouveaux directeur Pierre Lefaucheux profite des ébauches faites dans la quasi clandestinité pour élaborer un nouveau prototype à quatre portes. Le projet consiste à produire en masse, un véhicule répondant aux besoins du plus grand nombre. Un seul et unique modèle afin de réduire les coûts de fabrication.

A l'été 1947, alors que l'usine est en pleine reconstruction, les premiers exemplaires sortent au compte-gouttes avant d'atteindre une production de masse, plus de 300 exemplaires par jour en 1950, un record ! La demande est extrêmement forte, la 4CV connaît un succès immédiat. Elle sera même exportée aux Etats-Unis, en Amérique du sud et au Japon sous la marque Hino
 

L'intérieur de la 4CV en 360°

La motte de beurre

A sa sortie, la 4CV étonne tout d'abord par son moteur placé à l'arrière inspiré par son aînée allemande, la Coccinelle.
Le moteur de 760 cmsurnommé "Billancourt" développe 17 ch. Une boîte de vitesse à trois rapports, des freins à tambour à l'avant et à l'arrière. Pour sa taille, la voiture est spacieuse et peut emmener facilement quatre personnes, parfois beaucoup plus dans la pratique.

Les premiers exemplaires ne sont disponibles que dans une seule couleur, un jaune sable, qui ne doit rien au hasard : la régie Renault a disposé au titre de dommage de guerre, d'un stock de peinture allemande qui servait à peindre les véhicules de l'Afrika Korps. Cette couleur jaune pâle et la forme ramassée de la 4CV lui vaudront le sobriquet de "motte de beurre". Par la suite, elle sera plus communément surnommée la "Quatre pattes".

La 4CV en 10 photos

La 4 CV de Daniel

La 4 CV bleu Capri de Daniel est l'un des derniers modèles sortis des chaînes de Billancourt puisqu'il date de 1960. "Il s'agit du modèle Affaires, c'est-à-dire la version la plus dépouillée de la gamme qui se vendait à un prix très serré pour faire face à la concurrence de la 2CV Citroën", explique Daniel.

Pas de chromes d'origine pour ce modèle, les vitres sont fixes, les pare-soleils sont absents. 

A cette époque, des fabricants d'accessoires proposaient des pièces pour améliorer ou enjoliver les véhicules, comme la marque Robri qui était la plus importante. Les propriétaires prenaient plaisir à personnaliser leur auto. Ainsi, Daniel a équipé sa 4CV de belles prises d'air et de protections chromées sur les ailes, de baguettes de bas de caisse ainsi que de la fameuse sortie d'échappement en "queue de carpe", c'est-à-dire courte et arrondie.
La 4CV pendant la restauration / © Daniel Duvivier
La 4CV pendant la restauration / © Daniel Duvivier

Notre Rémois ne s'est pas arrêté là. Il a lui-même créé une option originale pour adapter son véhicule à la circulation contemporaine. Il a ajouté des clignotants "modernes" sur la calandre pour améliorer la sécurité. Mais que les puristes ne s'offusquent pas, les clignotants sont montés sur des supports à ressorts qui permettent de les éclipser d'un claquement de doigt sous le pare-choc afin de rendre la silhouette d'origine de la belle 4 CV. 

Au volant de la 4CV

La marque du retour à la prospérité

Daniel est né en 1949 et pendant sa jeunesse, la 4CV faisait partie du paysage. Daniel se souvient qu'à la fin de son adolescence l'un de ses copains plus âgé l'emmenait faire des balades sur les routes de l'Argonne.

Parfois, le samedi soir, on montait à sept dans la voiture, pour aller au bal ! C'étaient des bonnes crises de rires.

Pour Daniel, la 4CV représente aussi l'auto des vacances, celle des congés payés. La 4CV a emmené des milliers de  familles vers les plages de France. C'est une voiture populaire qui a véritablement marqué son époque. Elle symbolise le retour à une certaine insouciance et à la prospérité. C'est donc avec beaucoup d'émotion et de nostalgie que Daniel prend aujourd'hui le volant de sa 4CV. 
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne
© Xavier Claeys / France 3 Champagne-Ardenne

Attention au béret !

Si Daniel se plaît à vanter les multiples qualités de son auto, il lui reconnaît tout de même un défaut de poids. "Le souci majeur de la 4CV c'est sa tenue de route, défaut généré par la position du moteur à l'arrière provoquant une mauvaise répartition des masses. Pour éviter de faire un béret (en argot "faire un béret" signifie retourner la voiture sur le toit) on met alors du poids dans la malle avant, avec l'aide de sacs de sable ou des poids de tracteur, tout le monde faisait ça".
Daniel avoue s'être fait surprendre une fois quand il était jeune "mais c'était avec ma première Dauphine, la Renault qui a succédé à la 4CV et qui avait le même problème de conception".
 

Publicité : la 4CV une petite merveille