Lorraine : beaucoup de questions pour les psychologues sur l'application du forfait psy

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Écrit par Samuel Mulin
Quatre parents sur dix ont déclaré avoir observé des signes de détresse chez leur enfant lors du premier confinement, en raison notamment de la contrainte d'enfermement et de l'absence de relations sociales liée à la fermeture des écoles.
Quatre parents sur dix ont déclaré avoir observé des signes de détresse chez leur enfant lors du premier confinement, en raison notamment de la contrainte d'enfermement et de l'absence de relations sociales liée à la fermeture des écoles. © Pascal BROCARD MaxPPP

Le président de la République a annoncé la mise en place d’un "forfait psy" : dix séances prépayées pour les enfants, dont la santé est affectée par la Covid. Une décision bien accueillie par les psychologues lorrains, avec cependant quelques doutes et beaucoup de questions.

Lors d’une visite au CHU de Reims (Marne), mercredi 14 avril, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’un forfait de dix séances remboursées à 100 % chez un psychologue pour tous les enfants de 3 à 17 ans, dont la santé a été affectée par la crise du Covid. En Lorraine, l'initiative du président de la République est plutôt bien accueillie par les psychologues, mais des questions subsistent.

Une bonne nouvelle, mais…

"Je trouve que c’est une excellente nouvelle, en particulier pour les adolescents, car ce sont eux qui souffrent le plus actuellement. Et plus que les enfants" analyse Jean-Luc Aubert, psychologue et spécialiste de l’enfant à Nancy (Meurhe-et-Moselle) "mais, paradoxalement, ce sont les adolescents qui ont le plus de mal à venir consulter. Ils sont toujours très réticents parce qu’ils considèrent qu’ils n’en ont pas besoin".
 

Je ne sais pas si ces remboursements vont les inciter davantage à recourir à des soins psychologiques

Viviane Khiev, psychologue clinicienne


Un avis partagé par sa consœur, Viviane Khiev, psychologue clinicienne à Vittel (Vosges) : "Évidemment, c’est une avancée, mais j’émets des doutes. Je trouve qu’il est intéressant que la prise en charge des jeunes se poursuive ailleurs qu’à l’université pour les accompagner, mais je ne sais pas si ces remboursements vont les inciter davantage à recourir à des soins psychologiques".

Un besoin si important ?

La question est justement de savoir si ces jeunes iront mettre les pieds chez un psychologue. Pour Benoît Schneider, professeur de psychologie à Metz et par ailleurs co-président de la Fédération Française des Psychologues et de la Psychologie, un constat : "Il y avait déjà cette longue file d’attente dans les situations habituelles mais depuis cette crise, les difficultés sont majorées avec les troubles sur le plan des relations au travail, des relations familiales, sur le plan des difficultés scolaires. Pour les adultes, comme pour les enfants, la crise a démultiplié ces difficultés".
 

D’une façon générale, ceux qui souffrent le plus sur le plan psychique, ce sont ceux qui avaient déjà des fragilités psychiques

Jean-Luc Aubert, spécialiste de l’enfant


"Les files d’attente sont extrêmement nombreuses dans les centres médicaux psychologiques, ce sont parfois des mois d’attente" ajoute Benoît Schneider. Pourtant, avant même la mise en place de cette prise en charge destinée aux jeunes, les deux psychologues ne constatent pas plus de demandes d’adolescents souffrants des répercussions liées au contexte sanitaire : "Ce sont toujours les mêmes personnes qui, le plus souvent, viennent me voir. D’une façon générale, ceux qui souffrent le plus sur le plan psychique, ce sont ceux qui avaient déjà des fragilités psychiques. Forcément, le climat d’anxiété s’est ajouté aux fragilités et ça aggrave certains problèmes qui existaient de façon latente auparavant", souligne le spécialiste de l’enfant Jean-Luc Aubert.

Des solutions à améliorer

Pour Viviane Khiev, ces soins ne devraient pas concerner uniquement les enfants et adolescents : "Même si des études ont montré l’impact important du Covid sur la santé mentale des plus jeunes, toute la population est concernée. Je déplore que le remboursement de cette prise en charge psychologique ne puisse pas être étendu à l’ensemble de la population. Les consultations chez l’orthophoniste ou le kiné sont prises en charge, alors que ce versant psychologique est en quelque sorte négligé. Pourtant, la crise sanitaire actuelle ne fait qu’appuyer la nécessité des psychologues auprès de la population".

Depuis plus d’un an, explique Benoît Schneider, des discussions étaient engagées avec le ministère de la Santé — et sont toujours en cours — mais l’annonce d'Emmanuel Macron semble un peu précipitée. "Il devait y avoir un dispositif sur les maisons de santé avec les médecins généralistes. On attendait un dispositif qui permet une vraie négociation dans la durée, qui ne s’appuie pas sur une période déterminée par la situation de crise. Une négociation qui précise des tarifs de remboursements qui relèveront de la prise en charge par l’assurance-maladie pour les psychologues, pour laquelle nous n’avons aucune information, et si ce n’est pas le cas, ils seront insuffisants. On s’attendait aussi à une possibilité d’accès beaucoup plus directe aux psychologues que celle qui passe par la notion de prescription".

Le professeur de psychologie poursuit en expliquant que les psychologues libéraux qui accueilleront les enfants lors de ces séances prépayées, auraient dû être contractualisés avec les maisons professionnelles de santé. Mais que leur mode de rémunération serait transformé pour permettre un accès direct et gratuit pour les usagers. C’est en tout cas ce qui ressortait de ces discussions avec le ministère de la Santé.

Le forfait, c'est quoi ?

Le forfait permettra le remboursement à 100 % de 10 séances de psychologue en ville pour des enfants et adolescents de 3 à 17 ans, a précisé la présidence. Il sera activable tout au long de la crise, auprès de psychologues partenaires identifiables sur une plateforme et dans le cadre d'un parcours de soin passant par tout médecin, qui prescrira ce forfait d'urgence.

Le chef de l'Etat a aussi décidé d'accorder des "chèques psy" aux étudiants.

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