Affaire Grégory : le juge Jean-Michel Lambert retrouvé mort chez lui près du Mans (72)

Le juge Jean-Michel Lambert en septembre 2014. / © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Le juge Jean-Michel Lambert en septembre 2014. / © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Un mois après sa relance, l'affaire Gregory a pris un nouveau tour dramatique avec la mort mardi soir 11 juillet 2017 au Mans de Jean-Michel Lambert, premier juge chargé en 1984 d'instruire cette affaire devenue fiasco hors normes de l'histoire judiciaire.

Par Didier Vincenot avec AFP


Jean-Michel Lambert retrouvé mort chez lui

Le corps de l'ex-magistrat a été retrouvé chez lui dans son bureau avec un sac plastique noué sur la tête à l'aide d'un foulard, selon une source proche du dossier.

La police judiciaire d'Angers a été saisie et le parquet du Mans a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de la mort, de l'ex-magistrat, âgé de 65 ans a indiqué une autre source.


Dans la soirée, la rue où se trouvait l'appartement du juge était barrée par la police qui en interdisait l'accès, Peu avant minuit, un fourgon funéraire était visible dans la cour de la résidence de l'ancien magistrat.

Les forces de l'ordre au pied du domicile de l'ex-juge Jean-Michel Lambert ( Le Mans) / © Cécile Claveaux, France 3 Pays de la Loire
Les forces de l'ordre au pied du domicile de l'ex-juge Jean-Michel Lambert ( Le Mans) / © Cécile Claveaux, France 3 Pays de la Loire


Selon les premiers éléments de l'enquête, son corps a été découvert par une voisine alertée par l'épouse du magistrat qui, depuis la veille, n'avait plus de nouvelle.

D'après les premières constatations, aucune trace d'effraction ou de lutte n'a été relevée dans son appartement.

"Je suis catastrophé, c'est infiniment triste", a confié l'avocat des parents de Grégory Villemin, Me Thierry Moser. "Quelles que soient les causes
de ce qui semble être un suicide, je n'ai aucune animosité envers lui. Je critique les conclusions qu'il a tirées de son instruction mais je ne critiquerai jamais l'homme", a-t-il ajouté.

Me Jean-Paul Teissonnière, l'avocat de Murielle Bolle, témoin-clé de l'affaire, s'est pour sa part dit "consterné" par le décès de l'ancien juge, qu'il comptait "faire citer comme témoin". Sa disparition "va au moins compliquer, et peut-être rendre impossible la recherche de la vérité", a-t-il estimé
.
Interrogé par l'AFP, l'avocat de la famille Laroche, Me Gérard Welzer, s'est quant à lui refusé à tout commentaire.


Le "petit juge"

Surnommé "le petit juge", Jean-Michel Lambert avait 32 ans lorsque le 16 octobre 1984, le cadavre du petit Grégory Villemin, quatre ans, avait été retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne.

Alors seul juge d'instruction à Epinal (Vosges), il s'agissait de son premier poste.

Propulsé sous les projecteurs, le magistrat avait surpris en multipliant les confidences à la presse dès les premiers jours de l'enquête.

Il avait notamment révélé aux journalistes l'identité et la teneur des accusations portées par la jeune Murielle Bolle, 15 ans, qui venait de désigner au juge son beau-frère, Bernard Laroche, comme le ravisseur de Grégory.

Après la mort de Bernard Laroche, tué par le père de l'enfant, Jean-Marie Villemin, les soupçons du magistrat s'étaient tournés vers la propre mère de Grégory, Christine Villemin, qu'il avait inculpée d'assassinat, placée en détention provisoire, puis renvoyée devant les Assises.

La Cour de cassation avait annulé la mise en accusation, avant que la chambre de l'instruction de Dijon ne rende en 1993 un arrêt de non-lieu pour "absence de charges" contre Mme Villemin, formule inédite aux accents d'excuses judiciaires.

Entre temps, l'instruction avait été reprise par un autre magistrat, le juge Maurice Simon, qui avait mis à mal toutes les thèses du "petit juge".

Ce sont d'ailleurs aujourd'hui les conclusions de l'instruction Simon qui sont à nouveau exploitées par les enquêteurs.

Les gendarmes tentent notamment de savoir dans quelles circonstances Murielle Bolle est revenue à l'époque sur ses aveux devant le juge Lambert. Fin juin, elle a été mise en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort, ainsi que deux autres suspects, Jacqueline et Marcel Jacob.

Le juge Jean-Michel Lambert / © André Abalo. France 3 Lorraine
Le juge Jean-Michel Lambert / © André Abalo. France 3 Lorraine


Une figure atypique

Figure atypique, fasciné par les médias, le juge Lambert s'était illustré en 1987 (bien 1987) en publiant "Le petit juge", dans lequel il faisait état de confidences sur sa vie intime et considérations personnelles.

Après s'être rêvé, sans succès, chroniqueur à la radio, le magistrat, natif de Jarnac, avait été nommé à Bourg-en-Bresse en 1988, avant d'être muté en 2003 au Mans.

En 1993, au procès de Jean-Marie Villemin devant les assises de Dijon, Jean-Michel Lambert avait été sévèrement taclé par l'avocat général.
Le représentant de l'accusationl'avait qualifié de "mémorable funambule de la pensée", dont il espérait qu'il avait "conscience des catastrophes dont il avait été indirectement la cause".

Le magistrat s'était réfugié dans l'écriture, essais ou romans, aux titres déroutants : "Regards innocents", "Confession fatale", "Scrupules" ou "Un Monde sans vérité".

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