Marne : empêcher la fermeture d'une classe en période de confinement, un défi difficile pour les parents d'élèves

Les parents d’élèves de l'école Isidore Robequin à Conflans-sur-Seine (Marne) se mobilisent pour éviter la suppression d’une classe de maternelle. Invoquant la baisse des effectifs et la création d'une classe en primaire, le président de la communauté de commune y est favorable.
 
L'école Isidore Robequin, à Conflans-sur-Seine (Marne), regroupe les élèves des communes environnantes.
L'école Isidore Robequin, à Conflans-sur-Seine (Marne), regroupe les élèves des communes environnantes. © Teddy Caruel / France Télévisions
À la rentrée, une classe en moins et des élèves en trop, c’est le scénario que craignent les parents d’élèves de l’école Isidore Robequin à Conflans-sur-Seine (Marne). Dans cette commune, la suppression d’une classe de maternelle est en jeu pour la prochaine rentrée, ce qui risque d'entraîner une surcharge des élèves dans les trois classes restantes. En grande section, 32 élèves pourraient se retrouver dans une même classe, c'est trop pour les parents d'élèves. 

Sans possibilités de protester à l'extérieur, les parents d'élèves ont essayés de se tourner vers tous les moyens possibles pour alerter l'opinion sans rompre le confinement.
 

Les parents d’élèves montent au créneau

Déléguée des parents d’élèves, Mandy Ritard a été prise de court par la nouvelle. « La directrice nous avait prévenue fin février qu’il y avait une baisse des effectifs cette année. Mais j’étais tout de même surprise, vu les annonces récentes du gouvernement. » Le 27 mars, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, avait annoncé qu’en raison des « circonstances exceptionnelles », il n’y aurait pas de fermeture de classe en milieu rural « sans l’accord du maire ». Si le maire de Conflans-sur-Seine si oppose, le président de la communauté de commune de Sézanne sud-ouest Marne, lui, soutient le projet. Et son accord suffira. « En tant que mère d’un petit qui va aller en grande section, je suis inquiète. Inquiète à la fois pour les risques sanitaires, mais aussi pour ses cours. Est-ce qu’avec autant d’enfants, les enseignants pourront être attentifs à chacun ? », interroge Mandy Ritard.

Très vite, les parents d’élèves délégués s’insurgent contre le projet de suppression. Les autres parents sont prévenus, mails et courriers sont envoyés aux instances en charge du dossier. « On a été informé début avril, et dès le 6 du mois, nous nous sommes adressés au président de la communauté de commune, Gérard Amon, pour lui demander de s’opposer au projet, raconte Grégory Arnould. Puis le 16, on a renvoyé un courrier. Dans les deux cas, aucune réponse. » Au-delà de la chaîne de mail, et des courriers, les parents d'élèves ont essayé de prendre contact avec les médias d'informations locaux, pour faire connaître leur combat. « Avec le confinement, on n'a pas pu faire d’action concrète classique. Pour nous l'enjeu, ça a été de trouver une autre manière de prendre à témoin l'opinion. »

Père d’une petite fille en maternelle, il s’est rapidement concerté avec d’autres parents pour lancer une pétition pour le maintien de la quatrième classe. « C’est complètement incohérent avec les exigences sanitaires du ministère pour les retours en classe, avec des salles moins bondées et une plus grande prise de distance entre élèves. »

 
Les parents d'élèves, comme Grégory Arnould à droite, ont rapidement eu le soutien du maire de Conflans-sur-Seine.
Les parents d'élèves, comme Grégory Arnould à droite, ont rapidement eu le soutien du maire de Conflans-sur-Seine. © Teddy Caruel / FTV
 

« Il est possible de rééquilibrer les classes [...], ce n’est pas insurmontable »

Mis en accusation, le président de la communauté de commune, Gérard Amon, maintient sa position concernant l’école Isidore Robequin. Pour l’élu, il s’agit d’une décision naturelle au regard de la baisse d’effectif en maternelle et de sa hausse en école primaire. « J’ai évoqué la situation avec le directeur départementale de l’Education nationale, qui m’a assuré qu’il valait mieux fermer une classe en maternelle, et en ouvrir une en primaire. En soi, on ne supprime pas de poste d’enseignant. »

Concernant le risque d’avoir une classe en grande section surpeuplée, l’édile tempère : « Je connais un peu les problématiques de l'enseignement en maternelle par mes proches : je sais qu’il est toujours possible de rééquilibrer les classes en mélangeant les niveaux, ce n’est pas un problème insurmontable. » En dehors du maire de Conflans-sur-Seine, il assure que tout ses tous ses autres vice-président de la communauté de commune le soutiennent.

Pour le président de la Fédération des Conseils de Parents d’élèves (FCPE) de la Marne Yves Jacquot, le rééquilibrage reste contestable. «  On se rend compte que lorsqu’on fait des classes multi-niveaux, les résultats ne sont pas toujours concluants, explique-t-il. Le risque, c’est que les enfants ayant un niveau supérieur voient leurs résultats baisser, et n’aient pas le temps de finir leur programme.» Surtout, il s’inquiète de la charge qui retombera sur les enseignants, dans un contexte où les classes pourraient être divisés en deux, entre ceux présents à l’école, et ceux qui suivraient les cours à distance. « Le moment n’est pas propice à une telle suppression de classe, vu le contexte actuel sur le suivi des cours. »

Une inquiétude que partage Grégory Arnould, qui assure que la suppression d’une classe en maternelle n’a rien d’inévitable : « Pour nous, il est possible de maintenir l’ouverture d’une classe en primaire sans en supprimer en maternelle. Les deux choses n’ont pas à être corrélés. » Le verdict sera rendu le 30 avril, au cours d'une réunion du conseil départementale de l’Education nationale. Si l'issue était négative, des blocages seront prévus dès la fin du confinement pour faire entendre la voix des parents contestataires.
 
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