Affaire du petit Tony à Reims : le procès renvoyé en 2021 à cause de la grève des avocats

La mère du petit Tony, très anxieuse, était entourée de ses deux avocates. / © Thierry Doudoux, FTV
La mère du petit Tony, très anxieuse, était entourée de ses deux avocates. / © Thierry Doudoux, FTV

Le procès, très attendu du beau-père et de la mère de Tony, 3 ans, battu à mort dans le quartier des Châtillons à Reims, devait s'ouvrir ce mardi 11 février. Mais dans un contexte de grève des avocats, il a été reporté à la première session de 2021.

Par Isabelle Griffon

Dès le début de l'audience, le contexte est donné. Des dizaines d'avocats du barreau de Reims ont pénétré dans la salle, arborant un rabat rouge en signe de protestation contre la réforme des retraites.

Ce mardi 11 février devait s'ouvrir le procès très attendu de l'affaire du petit Tony, cet enfant de trois ans décédé sous les coups le 26 novembre 2016 dans un appartement de la place des Argonautes à Reims. La mère du garçonnet et son ancien compagnon, Loïc Vantal, devaient être jugés par la cour d'assises de la Marne jusqu'au vendredi 14 février mais le procès n'aura pas lieu.
 
Des dizaines d'avocats en robe noire arboraient le rabat rouge pour manifester leur colère au début de l'audience. / © Thierry Doudoux, FTV
Des dizaines d'avocats en robe noire arboraient le rabat rouge pour manifester leur colère au début de l'audience. / © Thierry Doudoux, FTV

Les trois avocats de la défense, en grève, ont demandé le renvoi de l'audience. "Ce n'est pas par plaisir que nous demandons ce renvoi mais le gouvernement nous y contraint, a plaidé Me David Scribe, l'avocat de l'accusé. Mon client est forcément déçu, car il avait hâte de s'exprimer." Me Nawel Hami-Znati, qui défend la mère, veut avec ses collègues envoyer "un signal fort au gouvernement".
 

 

"Un procès digne"

Du côté des parties civiles, les positions sont divisées. D'un côté, les avocats des associations Enfance et partage et Innocence en danger se sont opposés au renvoi, craignant que l'accusé soit remis en liberté avant qu'il ne soit jugé. De l'autre, l'avocat du père et de la grand-mère de Tony, Me Olivier Chalot, ne s'y oppose pas, arguant que cet enfant "a droit à un véritable procès".

Je veux un procès digne avec des avocats qui exercent pleinement leur défense, pas un procès au rabais. Il faut que la souffrance de cet enfant soit entendue.
- Me Olivier Chalot, avocat du père et de la grand-mère du petit Tony

Pour l'avocat général, Matthieu Bourrette, "ce renvoi n'est ni concevable, ni acceptable, je ne peux pas requérir sans avocat, le débat judiciaire doit avoir lieu". Il a même proposé que le procès se tienne, si les trois avocats acceptaient d'être commis d'office, sans que lui-même ne prenne la parole, excepté pour les réquisitions. Une proposition qui a été refusée par la défense. "Ce dossier ne peut pas être jugé dans le silence", a estimé l'avocat de Loïc Vantal.
 
Debout, dans le box des accusés, Loïc Vantal : "Je suis d'accord avec mon avocat". / © Thierry Doudoux, FTV
Debout, dans le box des accusés, Loïc Vantal : "Je suis d'accord avec mon avocat". / © Thierry Doudoux, FTV

Celui-ci, toujours debout, a affirmé qu'il était en accord avec son avocat : "Je ne réponds à aucune question". "Attendez, on n'en est pas encore là", lui a rétorqué la présidente de la cour d'assises, Catherine Morin-Gonzalez.

Loïc Vantal comparaissait pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", son ex compagne pour "non-dénonciation de mauvais traitement" et "non-assistance à personne en danger".
 

Un renvoi d'abord rejeté

Après une suspension d'audience, la cour d'assises a dans un premier temps rejeté cette demande de renvoi, arguant que l'accusé, en détention provisoire depuis le 28 novembre 2016, devait être jugé "dans un délai raisonnable". Puis la présidente a demandé aux trois conseils de la défense d'être commis d'office. Ce qu'ils ont, sans surprise, refusé avant de quitter l'audience. La cour s'est à nouveau retirée pour délibérer.

De retour dans la salle, la présidente a finalement ordonné le renvoi du procès à la première session d'assises de 2021. Un report qui a déçu les associations de protection de l'enfance. "Dans ce dossier, il y a eu trois ans d'instruction, il fallait que le procès se tienne, estime Me Caroline Rémond, qui représente les intérêts de L'Enfant bleu et de la fédération La voix de l'enfantc'est à notre sens regrettable même si nous comprenons les revendications des avocats".
 
Me Hami-Znati et Me Scribe, les avocats de la défense. / © Thierry Doudoux / FTV
Me Hami-Znati et Me Scribe, les avocats de la défense. / © Thierry Doudoux / FTV

C'est une décision collégiale. Nous avons décidé de durcir ce mouvement de grève en demandant le renvoi de 100% des dossiers.
- Me David Scribe, avocat de l'accusé

"Ce n'est satisfaisant pour personne, admet l'avocat de l'accusé. Je n'ai rien plaidé depuis six semaines, ce n'est pas confortable, ni pour moi, ni pour mes clients". Si la session d'assises est entièrement reportée, Me Scribe évoque la possibilité d'ouvrir une "session exceptionnelle". Pour lui, "c'est une question de volonté".
 

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