Agression d'un photojournaliste à Reims : ce qu'il faut retenir de la conférence de presse du procureur

Matthieu Bourrette s'est exprimé ce mercredi face à la presse pour donner les circonstances de l'agression de Christian Lantenois samedi 27 février à Reims dans le quartier Croix-Rouge.

Le procureur de la République de Reims, Matthieu Bourette.
Le procureur de la République de Reims, Matthieu Bourette. © FTV

On en sait plus sur les circonstances de la violente agression dont a été victime le photojournaliste de l'Union samedi 27 février à Reims, dans le quartier Croix-Rouge. Ce mercredi 3 mars, le procureur de la république de Reims Matthieu Bourrette a tenu un point presse dans lequel il est revenu sur l'agression et sur le profil de l'homme accusé d'avoir asséné les coups à Christian Lantenois. Trois personnes sont accusées d'être impliquées, mais une seule a été interpellée et placée en détention provisoire. Une enquête ouverte pour "tentative de meurtre aggravé", "participation à un regroupement armé en vue de préparer des faits de violence" et "non-assistance à personne en péril". Voici ce qu'il fallait retenir de cette conférence.

Le photojournaliste a reçu des coups alors qu'il était au sol

"L'agression a duré 57 secondes", a résumé Matthieu Bourrette après avoir énuméré les coups dont a été victime Christian Lantenois samedi après-midi. "Il était 15h08 quand le premier individu arrivait au contact de la victime. Dix secondes plus tard, il était rejoint par 13 autres individus", détaille le procureur. "Des coups ont été portés à la tête à la victime, dont au moins un au sol (...) et un avec ce qui s'avérera être son appareil photo." Il n'y a donc pas eu de coups de bâton, club de golf ou batte de baseball, mais uniquement des coups de poing.

Il a été retrouvé dans un état très grave et ses jours sont toujours en danger. Les soins prodigués sur place par les secours ont duré plus d'une heure trente. Une incapacité de travail provisoire d'une durée de trente jours a été prononcée. Christian Lantenois souffre d'un traumatisme crânien très sévère (une fracture du rocher), d'un hématome sous-dural et d'une hémorragie cérébrale et placé en coma artificiel.

Christian Lantenois était visé en tant que journaliste

"Il est manifeste que monsieur Lantenois a été agressé alors qu'il exerçait son métier de journaliste photographe et pour ce motif, a indiqué le magistrat. Il est également manifeste, à ce stade des investigations, que la présence de ce journaliste, gênait le groupe d’individus qui était en train de se rassembler et se préparer dans l’unique but de commettre des violences sans doute contre un autre groupe."

Arrivé vers 15 heures sur les lieux d'un attroupement d'une trentaine de personnes samedi, Christian Lantenois a garé le véhicule aux couleurs du journal sur le parking de la médiathèque du quartier Croix-Rouge. Il était en compagnie de sa collègue, venue dans une voiture non siglée, et ont convenu de se séparer pour ne pas être identifiés.

Alors qu'il a tenté de prendre des clichés de la scène tout en restant à quelques centaines de mètres, le photojournaliste a été repéré par des membres du groupe. "Un premier individu fonçait à pied vers lui", précise le procureur. "Il a cherché à rejoindre son véhicule mais n'en avait malheureusement pas le temps."

Un troisième individu est parti en possession de l'appareil photo du journaliste, qui sera retrouvé endommagé à quelques centaines de mètres des lieux de l'agression.

L'individu interpellé dans l'affaire de l'agression du photojournaliste dans le quartier Croix-Rouge au palais de justice de Reims, le 3 mars 2021.
L'individu interpellé dans l'affaire de l'agression du photojournaliste dans le quartier Croix-Rouge au palais de justice de Reims, le 3 mars 2021. © Laurent Vilain / FTV

Le suspect est un Algérien âgé de 21 ans connu de la justice

Grâce aux clichés pris par les caméras de surveillance et à certains témoignages, Saïd K., 21 ans, a été interpellé lundi en fin d'après-midi. Né en avril 1999, de nationalité algérienne, il a d'abord vécu avec sa famille à Paris, avant d'arriver il y a environ trois ans à Reims dans le quartier Croix du Sud.

Il dispose d’une carte de séjour espagnole, car c'est là qu'il aurait grandi, et il est soupçonné d’avoir porté les coups au visage du journaliste, d’abord avec les poings, ensuite avec son appareil photo. Il est poursuivi pour "tentative de meurtre aggravé par la préparation ou la commission d’un autre délit", "participation à un groupement en vue de commettre des faits de violences on de dégradation" et "non assistance à personne en péril" (ainsi que tous les autres individus ayant participé au regroupement pour ces deux derniers chefs d'accusation). Saïd K. encourt la réclusion criminelle à perpétuité et a été placé en détention provisoire.

Pour l'heure, le suspect a choisi de garder le silence et aucune audition n’a pu être réalisée, car "il a refusé de quitter sa cellule, et a marqué un énervement quasi-permanent durant sa garde à vue", détaille Matthieu Bourrette.

Le suspect est connu des services de police. Il a été condamné à huit reprises entre 2018 et 2019 pour des faits de "vols avec effraction", "usage de stupéfiants" et "violences en réunion" en juin 2019, et est actuellement suivi par le juge d'application des peines. Il a déjà été incarcéré, du 16 avril au 19 mai 2020 pour ne pas avoir effectué le travail d'intérêt général auquel il était astreint.

 

Une réunion d'invidus prévue en vue de confrontations

La justice a établi qu'il y avait bel et bien un "regroupement belliqueux en vue d'affronter des membres du même quartier ou d'un autre quartier de Reims" ce samedi-làLe matin-même, un certain nombre de clubs de golf, de battes de baseball et de bâtons ont été achetés dans un magasin de sport rémois. Puis ils ont été acheminés en fin de matinée dans le quartier Croix-Rouge. Ce groupe de jeunes avait déplacé des blocs de pierres et des barrières dans le but d'empêcher les forces de l'ordre d'intervenir et pour préparer un affrontement. 

"L’intervention journalistique a dérangé ces préparatifs conduisant au moins un individu à s’en prendre très violemment à lui, et les autres à appréhender son appareil ou à le laisser le sol sans prévenir les secours, poursuit le procureur. C’est donc au regard de ces éléments factuels que l’enquête a également été diligentée des chefs de participation à un groupement en vue de commettre des faits de violences ou de dégradation, et de non assistance à personne en péril."

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