Algérie : entre les incendies et la lutte contre le Covid, à Reims, la solidarité de la communauté algérienne s'organise

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Écrit par Florence Morel
Des incendies dans la région d'Ait Douad, au nord de l'Algérie, le 13 août 2021.
Des incendies dans la région d'Ait Douad, au nord de l'Algérie, le 13 août 2021. © RYAD KRAMDI / AFP

Si les dons de la communauté algérienne se manifestent de toutes parts, les associations s'organisent pour qu'ils arrivent à bon port.

Depuis son lieu de vacances, Hnia Ait Ammar ne s'arrête plus. Cagnotte, récolte de médicaments, dons vers l'Algérie... cela fait maintenant quatre jours que la présidente de l'association rémoise Amazigh (qui signifie berbère) ne s'arrête plus. "Je reçois des sollicitations de tous les côtés, tout le monde veut aider, mais il y a beaucoup de problèmes d'acheminements vers le pays, donc on privilégie les achats de médicaments sur place", raconte la Rémoise. 

"Si on peut trouver un avantage au confinement, c'est qu'on a appris à se coordonner à distance, relativise la Rémoise, dans un sourire. On a organisé une réunion d'urgence qui nous a permis de débloquer les premiers fonds". Soit 1.000 euros qui ont permis l'arrivée des premiers médicaments dans une zone sinistrée de Kabylie, ce lundi 16 août.

 

Il faut dire que la situation dans le nord de l'Algérie est dramatique. La Kabylie est ravagée par les flammes, faisant 90 morts (dont 33 militaires) et disparus en moins d'une semaine, relève l'AFP. Et si depuis dimanche les feux sont "désormais maîtrisés" et "ne représentent plus de danger pour les habitants", selon un responsable de la direction générale de la Protection civile (DGPC) algérien, tout reste à reconstruire. "Pour l'instant, on liste les besoins, il faut soulager la douleur. Mais nous avons aussi lancé une campagne sur le site Helloasso pour penser à l'après, à la reconstruction", souligne Hnia Ait Ammar. Car, ajoute-t-elle, beaucoup d'éleveurs ont tout perdu et il n'existe pas de système d'assurance. "Beaucoup de nos adhérents ont de la famille directement touchée. Mes neveux par exemple, vivent dans la peur. Ils ont tout perdu."

 

Des contacts directs sur place

Grâce aux différents contacts de l'association présents dans le pays, Hnia Ait Ammar et son équipe sont informés en temps réel des besoins quotidiens. "Des vêtements et de la nourriture, ils en ont. Ce qu'il faut, ce sont des médicaments, comme la Biafine par exemple qui commence à manquer", souligne-t-elle. De nombreux dons arrivent de la part des Rémois, et sont stockés dans un local, en attendant d'être acheminés vers l'Algérie.

Mais pour l'heure, il est très difficile de savoir si les colis envoyés arriveront à destination. Un casse-tête pour les associations françaises, sollicitées par les Algériens qui vivent en France et veulent à tout prix envoyer des colis à leurs proches. "C'est pour cela qu'on préfère lister les besoins et envoyer de l'argent à nos contacts sur place dans un premier temps, pour qu'ils s'approvisionnent directement là-bas."

L'association caritative rémoise les 2 mains partage le même constat. Pour l'instant, les deux organisations rémoises se rapprochent d'associations parisiennes qui arrivent à envoyer du matériel de manière sûre. "Ça commence à se débloquer", souffle Hnia Ait Ammar. "Mais se mobiliser maintenant ne suffira pas, rappelle la présidente. Les grands brûlés auront besoin de soins durant des mois."

Sans compter que la crise sanitaire frappe le pays de plein fouet. Le 4 août, l'Algérie frôlait les 1.500 cas et enregistrait 34 morts en 24 heures selon le ministère de la Santé algérien. Un chiffre sous-estimé selon les professionnels de santé algériens, peut-on lire dans un article du Monde. "Nos contacts nous demandent des masques, du gel hydroalcoolique et de l'oxygène", abonde Mejda Safiani, de l'association les 2 mains.

Les étudiants algériens de Reims en grande précarité

Autres victimes collatérales de cette situation : les étudiants algériens venus suivre leur cursus à Reims. "Ils viennent demander de la nourriture. Certains sont isolés, leurs parents ne peuvent plus les aider", assure Mejda Safiani. Car depuis le début de la pandémie en mars 2020, beaucoup n'ont pas pu rentrer chez eux depuis plus d'un an et demi.

Et comme si cela ne suffisait pas, avec la crise sanitaire, les jobs étudiants sont difficiles à obtenir"Une étudiante qui avait la chance d'avoir un job étudiant est venue vers moi pour me demander conseil. Elle voulait envoyer de l'argent à ses parents", se désole Houssam Sissaoui, président des étudiants algériens de Reims. "Ça m'a fait un choc. Je me suis dit : 'Aujourd'hui, ce ne sont plus les parents qui aident leurs enfants mais l'inverse. C'est cette étudiante qui doit travailler pour aider sa famille'. Pour l'instant, on manque de moyens à l'association. On essaie de faire le maximum : on récupère des invendus de supermarché, et on aide les étudiants ici à trouver du boulot."

La solidarité ne s'arrêtera pas aux associations. Dans une publication Facebook, le maire (LR) de Reims, Arnaud Robinet, a annoncé que Reims, qui a "bénéficié de la solidarité internationale il y a un siècle, votera une subvention pour aider nos amis Kabyles."

 

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