Coronavirus : la filière fruits et légumes lance un appel à la main d'oeuvre

La récolte de l'asperge à Vésigneul-sur-Marne (51) en mars 2019. (Archives) / © Céline Lang / France Télévisions
La récolte de l'asperge à Vésigneul-sur-Marne (51) en mars 2019. (Archives) / © Céline Lang / France Télévisions

Habituellement arrivent avec le printemps des milliers de travailleurs saisonniers venus des pays voisins pour semer ou récolter les fruits et légumes. Mais avec les restrictions de déplacement, cette main d’œuvre vient à manquer. La filière cherche donc des bras pour "nourrir les Français". 

Par Céline Lang

"Chaque année, en France, la filière de production de fruits et légumes manque de bras : il nous faudrait, habituellement, entre 30.000 et 40.000 saisonniers de plus pour assurer nos missions. Alors là, avec les restrictions de déplacement, je vous laisse imaginer." Jacques Rouchaussé est producteur de fruits et de légumes dans la Marne. Il est aussi président du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes de France et président des Légumes de France, la branche "maraîchage" de la FNSEA, le syndicat agricole.

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le coronavirus, il tente de faire passer un message : avec l'arrivée du printemps, la filière va manquer de bras, d'autant que les saisonniers étrangers, qui, d'habitude, se déplacent sur les exploitations françaises, ne pourront pas venir cette année.
 
Sur l'exploitation de la famille Rouchaussé, à Mardeuil dans la Marne. / © ILoveChampagne.fr - Image fournie par l'agriculteur
Sur l'exploitation de la famille Rouchaussé, à Mardeuil dans la Marne. / © ILoveChampagne.fr - Image fournie par l'agriculteur

"On a lancé un cri d'alerte car nous sommes en pleine période de préparation de semis, de récolte ou de taille, et on va monter crescendo dans les semaines à venir, explique-t-il. On aimerait que des travailleurs d'autres branches, comme les pépiniéristes ou les horticulteurs, puissent venir donner un coup de main, pour continuer à nourrir nos concitoyens".
 

Un dispositif exceptionnel mis en place par le gouvernement

Un cri d'alarme, dans la droite ligne de ce que souhaite le gouvernement pour les filières considérées comme "essentielles" : le 24 mars, en effet, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud et le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume, ont communiqué sur les modalités "selon lesquelles les Français peuvent choisir d'aller renforcer la force de travail de la chaîne agricole et agro-alimentaire" de façon à permettre "d'assurer à tous un accès sans rupture à une alimentation saine et de qualité".

Ainsi, le gouvernement propose d’éditer un guide pratique des gestes barrières sur les exploitations, mais aussi de faciliter le recrutement de saisonniers grâce à une plateforme dédiée via Pole emploi. Une initiative déjà mise en place par la FNSEA via l'opération "Des bras pour ton assiette". Le gouvernement devrait également permettre aux salariés ou indépendants, via la loi sur l'état d'urgence sanitaire, de cumuler des indemnités de chômage partiel avec la rémunération de travailleur saisonnier sur une exploitation agricole.

C'est une question d'attractivité. Je pense qu'il est important que les gens qui travaillent aujourd'hui puissent être rémunérés à leur juste valeur et même au-delà de leur juste valeur. Il nous faut des bras pour nourrir la population et prévoir également la sortie du Covid-19.
- Jacques Rouchausséprésident des Légumes de France
 

Entre "Restez chez vous" et "Allez travailler", une communication floue

Néanmoins, comment convaincre des saisonniers potentiels de sortir pour aller travailler alors que le mot d'ordre répété depuis plusieurs semaines est : "Restez chez vous" ? La peur de la contamination, couplée à cette injonction contradictoire, rend confuse la communication gouvernementale. De quoi mettre en colère le maire LR de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, qui demande dans un tweet du 24 mars que "le gouvernement tienne un discours clair sur le confinement et la suppression de tout contact entre les Français" Pour lui, "les appels au travail de Didier Guillaume, ministre de l’agriculture et de l'alimentation, et de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, sont irresponsables"
 

Contacté par téléphone, l'édile considère que les messages envoyés par le gouvernement sont contradictoires, entre l'ordre de rester chez soi et celui de sortir pour aller travailler : "Bien sûr, l'agriculture n'est pas télétravaillable, comme les travaux publics, mais est-ce qu'on sait poser tout seul des bordures de trottoirs ? Est-ce qu'on sait récolter des fraises avec des distances de 4 ou 5 mètres entre chaque collecteur ? Peut-être, mais peut-être pas !, explique-t-il. Je ne voudrais pas que, cédant à une pression qui est celle d'un secteur parfaitement respectable et essentiel de notre économie, on en vienne à contredire ou à mettre en danger l'essentiel du message qui est d'éviter le plus possible les contacts, que ce soit en allant au travail, ou que ce soit dans les transports en commun".

Et Boris Ravignon de suggérer de trouver des solutions au niveau local pour combler un manque de main d'oeuvre au sein de telle ou telle exploitation, "sans que l'on pollue la communication nationale, qui est aujourd'hui une des clés de la réussite du confinement".

Concernant la production de fruits et légumes, Jacques Rouchaussé se veut rassurant quant aux conditions sanitaires sur les exploitations. Les gestes barrières bien appliqués devraient permettre de freiner la propagation du virus : "Sur nos exploitations, nous avons mis en place les gestes barrières, les distances de sécurité, la protection des employés. On ne fait pas travailler les salariés ensemble dans les serres ou alors avec une distance de sécurité bien respectée. Toutes les mesures nécessaires doivent être là pour protéger l'ensemble des salariés".

Difficile donc, de s'y retrouver et de comprendre où se situe l'essentiel. Une chose est sûre : les stratégies de communication mises en oeuvre au niveau national ne permettent pas de répondre clairement aux questions que se posent les citoyens qui iraient travailler. 
 

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