Coronavirus : le point de vue de deux photographes rémois interdits de clichés sur une ville déserte

Les rues de Reims désertées. / © Michel Jolyot
Les rues de Reims désertées. / © Michel Jolyot

Michel Jolyot et Vincent Zénon Rigaud, professionnels de l’image à Reims, nous racontent ce que déclenche chez eux cette situation de confinement. Les rues désertes ne sont pas forcément une source d'inspiration. 
 

Par Christophe Deleau

Il n’est pas peu fier Michel Jolyot, photographe professionnel à Reims. Petite fierté certes, mais sa photo prise le 1er avril de la cathédrale Notre-Dame de Reims depuis la rue Libergier, a été publiée sur le compte Instagram Citiesinquarantine 
 

Un compte qui rassemble des photos des villes du monde entier désertées en raison du confinement. Lui qui a tellement l’habitude de mettre en lumière les monuments et paysages de son terrain de prédilection, la Champagne, a tout de suite su où se positionner. Un cliché réalisé lors d’un déplacement autorisé bien sûr.
 

Un gâchis de ne pas pouvoir photographier en ce début de printemps

« Personnellement, j’adorerais prendre mon vélo, mon sac à dos et mes boîtiers photographiques pour capter ces instants de lumières magnifiques du matin et du soir. Mais je respecte le confinement. La priorité est de se protéger du virus. Etre photographe ne me place pas au-dessus des autres citoyens. Je n‘ai pas d’autorisation spécifique pour exercer mon métier. C’est du gâchis mais c’est comme ça », lâche-t-il. Un crève-cœur, mais celui qui a parcouru le monde pour figer des images remarquables reste philosophe. 
 
Le photographe Michel Jolyot. / © Michel Jolyot
Le photographe Michel Jolyot. / © Michel Jolyot


Ce n’est pas pour autant que Michel Jolyot se tourne les pouces. De son atelier photographique rémois, il a rapporté chez lui du matériel nécessaire au traitement de centaines de diapositives accumulées durant ses 40 années de carrière. Du coup, ces archives, il les scanne une par une pour les sélectionner ensuite et les retravailler, les légender et les diffuser pour certaines sur les réseaux sociaux. Des heures et des heures de travail.

 


Il photographie le monument à la gloire des infirmières à Reims

Vincent Zénon Rigaud, lui, est né à Reims en 1981. Il est photographe autodidacte et pratique le 8ème art depuis l’enfance, initié par ses grands-parents. Passionné d’histoire, il est un spécialiste de la reconduction photographique : une méthode qui consiste à superposer des images d’époques différentes, entre passé et présent, de l’avant à l’après ! Comme Michel Jolyot, c’est un amoureux de la Champagne, de ses monuments, de ses paysages et de ses habitants qu’il photographie parfois pour des portraits remarquables. Et l'un des monuments qu'il a immortalisé est entré en résonnance avec l'actualité.

« C’est en allant chercher mon pain que je suis passé devant ce monument dédié à la mémoire des infirmières françaises et alliées tombées pendant la Grande Guerre, place Aristide Briand. Peu de Rémois savent à qui ce monument est dédié et pour cause : en temps normal, il est presque suicidaire de tenter la traversée du rond-point pour s’y rendre ! Profitons-en pour rendre hommage à tous le personnel soignant et aux services publics ». 
 

Le monument dédié à la mémoire des infirmières françaises et alliées tombées pendant la Grande Guerre, place Aristide Briand à Reims. Réalisé par le sculpteur Denys Puech en 1924. / © Vincent Zénon Rigaud
Le monument dédié à la mémoire des infirmières françaises et alliées tombées pendant la Grande Guerre, place Aristide Briand à Reims. Réalisé par le sculpteur Denys Puech en 1924. / © Vincent Zénon Rigaud

 

« Pas si intéressant que ça, ces rues désertes »

« Je ne sais pas si j’ai le droit de sortir pour pratiquer mon métier, c’est le flou juridique. Ces rues désertes m’angoissent plus qu’autre chose, je préfère croiser du monde ! Ça serait seulement plus facile et moins dangereux pour se déplacer sans la circulation automobile ! », constate Vincent Zénon Rigaud.

Ces rues toutes nues ne m’inspirent pas. Habituellement les gens ne me dérangent pas, il est tellement simple de faire disparaitre des silhouettes sur une photo avec les techniques photographiques.
- Vincent Zénon Rigaud, photographe à Reims


Sa préoccupation est ailleurs, elle est économique. « En tant qu’entrepreneur, si j’avais des commandes aujourd’hui, j’aurais sans doute le droit d’exercer mais je vois mon activité à l’arrêt car mes clients eux-mêmes sont à l’arrêt comme par exemple les commerçants de la ville de Reims pour qui je travaille régulièrement. » 
 

Le photographe Vincent Zénon Rigaud / © Document remis
Le photographe Vincent Zénon Rigaud / © Document remis


Alors pour le moment, Vincent fait comme Michel : du tri dans ses archives photographiques. Et ce n'est pas si mal d’après lui ! Mais bien entendu, comme nous tous, nos deux chasseurs d’images s’impatientent de retrouver la liberté pour pointer leur objectif sur une vie meilleure…

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