Le dispositif anti-harcèlement “Où est Angela” débarque à Reims

Myriam et Manon présentant l'affiche du dispositif "Où est Angela", à l'Ernest Hemingway, café partenaire de l'opération. Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France 3 Champagne-Ardenne.
Myriam et Manon présentant l'affiche du dispositif "Où est Angela", à l'Ernest Hemingway, café partenaire de l'opération. Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France 3 Champagne-Ardenne.

"Où est Angela ?" Trois mots, pour permettre à des femmes victimes de harcèlement de signaler discrètement leur situation au personnel d'un bar. Ce code, convenu entre femmes harcelées et établissements sensibilisés, débarque à Reims. 

Par Roni Gocer

Lorsqu'une soirée de détente vire progressivement à l'angoisse à cause d'un harceleur, c'est "Angela" qu'on appelle. Non, ce n'est pas le nom d'une super-héroïne, mais une sorte de code. En demandant à un serveur ou à un barman "où est Angela ?", la femme victime de harcèlement peut signifier discrètement sa situation, et être aidée. En France, 86% des Françaises ont été victimes "d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue au cours de leur vie", d'après une étude de la Fondation Jean Jaurès et de la Fondation européenne d'études progressistes, publiée en 2018.

Si l'initiative est anglaise à l'origine, elle a été importée en France par un collectif féministe d'étudiants rouennais. Après Rouen, Paris, ou Amiens, "Angela" arrive à Reims, où plusieurs bars ont adopté le dispositif. À l'origine de la déclinaison rémoise, l'association féministe "He for She", affiliée à l'Organisation des Nations Unies, soutenue par des membres du bureau des élèves de l'école de commerce Neoma de Reims. 
 

"L'idée d'Angela, c'est de créer un réflexe" 

Pour Manon et Myriam, toutes les deux responsables au sein de l'association, le projet était en germe depuis plusieurs mois. Manon résume ainsi leur démarche : "L'idée d'Angela, c'est de créer un réflexe, pour que les filles harcelées viennent dans les bars en cas de situation tendue." Une première liste de bars, dans le centre-ville, a été dressée, avant que l'équipe n'aille démarcher des établissements. "Dans l'ensemble, les réactions des tenanciers ont été globalement positives, assurent-elles. Une fois dans un bar, la fille harcelée sera entourée, pourra appeler un taxi ou un proche, et attendre en sécurité. Sans avoir à consommer, évidemment.
 
À gauche Myriam Kaddouri-Espinasse, présidente de "He For She", et à droite Manon Hourlier, en charge du pôle presse. Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France Télévisions.
À gauche Myriam Kaddouri-Espinasse, présidente de "He For She", et à droite Manon Hourlier, en charge du pôle presse. Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France Télévisions.


Après un premier message relayé sur les réseaux sociaux, le dispositif a vite commencé à faire parler de lui. Myriam, présidente de l'association, ne veut pas d'un succès éphémère. "Le but pour nous, c'est de vérifier que les bars jouent le jeu, sur le long terme, avec des simulations par exemple. Tout ça est encore en discussion. 'Où est Angela' reste très récent, et nous voulons que ça se pérennise."

Tous les jours, de nouveaux bars nous contactent pour adopter le dispositif. On a été surpris par l'ampleur que prenait très vite le projet.
- Manon Hourlier, responsable du pôle presse au sein de l'association "He for She".

Pour préparer la suite, les réunions se multiplient. Et les sollicitations aussi, détaille Myriam : "En plus des bars, des associations étudiantes de Dijon, Nancy, et Bordeaux nous ont appelés pour nous demander de mettre en place quelque chose de similaire." Sur un plan local, la "Fédération Intercampus" entend relayer davantage l'initiative sur le campus. "On soutient totalement le projet. On va essayer de l'étendre dans la région à Châlons-en-Champagne et Charleville-Mézières", déclare le président du syndicat étudiant, Matéo Mevizou. 
 
 

Miser sur "l'effet dissuasif"

"Je pense que ça peut être utile pour les personnes isolées", commente Naomi, elle-même plusieurs fois victime de harcèlement. "Ça m'arrive souvent de me faire harceler. La semaine dernière, par exemple, un type me suit en me parlant sans que je ne lui adresse la parole. Je suis restée silencieuse jusqu'à ce qu'il se fatigue. Quand c'est plus tendu, être entouré peut être vraiment dissuasif." Ciara, étudiante à Reims depuis deux ans, approuve. "Des types qui ne nous lâchent pas de la soirée, on en rencontre presque tous les soirs quand on sort." Confrontée à un inconnu agressif, elle a pu compter sur un groupe de passants pour contraindre son harceleur à s'en aller. 
 
L'affiche du dispositif "Où est Angela" . Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France Télévisions
L'affiche du dispositif "Où est Angela" . Reims, 19 novembre 2019. / © Roni GOCER / France Télévisions


Pour Vincent Mansencal, dont la brasserie "Le Lion de Belfort" affiche le logo 'Où est Angela ?', l'initiative est très positive. "Ça apporte un vrai plus, pour les clientes qui auraient besoin d'aide. Nous étions déjà prêts à leur venir en aide avant, mais maintenant, c'est bien lisible." En tant que président des Vitrines de Reims, il se dit favorable à ce que l'ensemble des commerçants suivent. "Si à mon niveau, on me demande de transmettre la demande, je n'hésiterais pas." 

Dans les semaines qui viennent, l'effort continuera pour "He for She". L'association devrait être reçue prochainement par une responsable du pôle sécurité et délinquance de la municipalité, afin de discuter du développement 'd'Angela'.

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