ENTRETIEN. Qualité de l'eau : comment une collectivité travaille avec les agriculteurs pour réduire la pollution à la source

Le Grand Reims (Marne) échange régulièrement avec les agriculteurs situés près des points de captage d'eau potable pour faire évoluer les pratiques. L'objectif est de réduire la pollution de l'eau à la source, nous explique la cheffe de la cellule "protection de la ressource en eau" de la collectivité.

Le Grand Reims organise en ce début d'année plusieurs réunions avec les agriculteurs sur la question de la qualité de l'eau. Quels sont les objectifs de ces échanges ?

Peggy Sevestre, cheffe de la cellule "protection de la ressource en eau" du Grand Reims : En janvier ou tout début février, on a repéré que c'était une période disponible pour les agriculteurs. Chaque année, on invite tous ceux qui ont des parcelles dans une aire d'alimentation de captage pour faire un point annuel. 

On suit l'évolution de la qualité de l'eau. On leur fait un état des lieux des aides financières disponibles pour améliorer l'agroéquipement, pour réduire ou supprimer l'utilisation d'intrants chimiques.

C'est aussi l'occasion de recenser leurs besoins et leurs projets et de voir comment on peut les accompagner, à condition qu'il y ait un lien plus ou moins direct avec la qualité de l'eau. En février, mars et tout début avril, on fait la même chose avec les viticulteurs.

D'autres événements sont prévus tout au long de l'année ?

Oui, on essaie d'organiser un maximum de visites sur le terrain. On aime bien s'appuyer sur les agriculteurs et les viticulteurs du territoire qui expérimentent quelque chose, ont changé de pratique depuis longtemps ou ont fait l'acquisition d'un matériel qui permet de se passer d'herbicides par exemple. Avec eux, on organise des portes ouvertes sur leur parcelle et dans leur exploitation. On croit à la puissance de l'exemple. 

Les agriculteurs et les viticulteurs vont davantage écouter un autre agriculteur et un autre viticulteur qui a réussi à faire évoluer ses pratiques en termes de diminution d'intrants chimiques qu'ils ne vont écouter le Grand Reims. Quand ils parlent de professionnel à professionnel dans leur domaine, c'est très efficace.

Votre accompagnement est récent ?

La cellule de protection de la ressource en eau du Grand Reims est financée par l'Agence de l'Eau Seine-Normandie. L'animation autour des captages existe depuis 2011.

Il faut des études hydrogéologiques pour délimiter les aires d'alimentation de captage. Les premières ont été faites en 2009. Maintenant, on arrive à plus d'une vingtaine d'aires d'alimentation de captage délimitées, avec des plans d'action qui découlent de diagnostics qui sont réalisés au cours de ces études-là.

Sur le paramètre nitrates, on voit une nette amélioration de la qualité de l'eau.

Peggy Sevestre, cellule "protection de la ressource en eau" du Grand Reims

On doit y animer des programmes d'action avec plusieurs partenaires. On coordonne les plans d'action et on sollicite au besoin des partenaires techniques comme la Chambre d'Agriculture, la Safer (NDLR : Société d'aménagement foncier et d'établissement rural), Bio en Grand Est ou le Comité Champagne. On travaille aussi avec les publics non agricoles parce qu'une partie de nos plans d'action s'intéresse aux effluents des artisans, des entreprises.

C'est vrai que le plus gros volume de nos actions s'oriente vers les agriculteurs et les viticulteurs. Parce que ce sont eux qui ont les plus grandes surfaces dans les aires d'alimentation de captage. 

Avec une dizaine d'années de recul, vous avez constaté un impact positif de vos actions sur la pollution de l'eau ?

Sur le paramètre nitrates, on voit une nette amélioration de la qualité de l'eau sur les captages où il y a une animation ancienne. Dans certains d'entre eux, les premières démarches pour limiter les concentrations ont été initiées par la Chambre d'Agriculture au milieu des années 1990.

Il y a plusieurs captages où on a eu une nette amélioration de la qualité de l'eau grâce à l'évolution des pratiques agricoles, qui ont été accompagnées par de l'animation portée par la collectivité et par les partenaires techniques.

On retrouve aujourd'hui des molécules qui ont été interdites il y a plus de vingt ans. 

Peggy Sevestre, cellule "protection de la ressource en eau" du Grand Reims

Sur le paramètre pesticides, on a du mal à voir les impacts parce que le transfert vers la nappe est beaucoup moins linéaire que pour les nitrates. On retrouve aujourd'hui des molécules qui ont été interdites il y a plus de vingt ans. 

Personne dans le monde scientifique qu'on a contacté n'est capable de modéliser la cinétique des molécules phytosanitaires. Donc le but du jeu sur le paramètre pesticides, c'est de dire qu'il faut en mettre le moins possible et privilégier les recours aux alternatives aux traitements chimiques. Parce qu'un jour ou l'autre, ça arrive à la nappe donc au captage. On est obligé de mettre en place des mesures curatives qui sont coûteuses.

Comme on n'arrive pas à modéliser, on ne sait pas si on est sur une tendance à la hausse, une tendance à la baisse. Le discours qu'on peut tenir c'est 'moins on met et mieux ce sera'.

Avez-vous des chiffres sur cette évolution positive du côté des nitrates ?

Là où l'animation est ancienne, sur Gueux, Thillois ou Muizon, on était autour ou au-dessus de la norme de 50 mg par litre de nitrates à la fin des années 1990 ou début 2000. Là, on se stabilise autour de 35 mg par litre. Donc on s'est largement éloigné de la norme dans le bon sens.

En ce moment, on n'a pas de captage qui dépasse la norme, mais on agit à partir d'une valeur guide qui correspond à 75 % de la norme. Sur le paramètre nitrate, quand les analyses dépassent fréquemment 37,5 mg par litre au niveau d'un captage, ça nous pousse à agir via des mesures préventives pour éviter que cette tendance à la hausse s'approche trop dangereusement de la norme.

Sur le paramètre pesticides, c'est un peu la même chose. Sauf que la grande partie des molécules qui nous posent souci sont interdites d'utilisation depuis plus ou moins longtemps.

On n'a pas de marge de manœuvre sur ces molécules, à part le curatif. Cela passe par des interconnexions pour diluer l'eau ou des traitements au charbon actif. Mais on prône quand même toutes les mesures préventives alternatives au traitement chimique pour les générations futures.

On demande aux agriculteurs d'agir maintenant. Le bénéfice de leurs actions, on ne le verra peut-être pas nous, mais au moins les prochaines générations pourront en bénéficier.

Dans l'Aisne, une pollution liée à la dégradation d'un produit chimique, la chloridazone, avait mené à un placement sous surveillance renforcée de l'eau potable dans certaines communes. Ce problème lié aux métabolites de chloridazone se retrouve-t-il également dans le Grand Reims ?

Oui, on retrouve aussi des métabolites de chloridazone. Mais on suit les préconisations de l'ARS (NDLR : Agence régionale de santé) concernant les restrictions. Il y avait une valeur maximale transitoire qui n'est pas dépassée. On n'est pas sur les mêmes problématiques que dans l'Aisne où la valeur transitoire était dépassée.

C'est une question de seuil différent entre le Grand Est et les Hauts-de-France ?

Oui, il n'y a pas d'harmonisation nationale. Localement, on suit les directives de l'ARS Grand Est.

C'est une pollution qui n'est pas récente, mais qui a récemment été mise en avant avec de nouveaux critères d'analyses ?

La chloridazone était recherchée depuis très longtemps. Mais effectivement pas tous ses produits de dégradation. Depuis que c'est recherché, c'est retrouvé sur beaucoup de captages du Grand Reims, mais pas la totalité.

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