Jugé inapte après deux commotions cérébrales, ce joueur du Stade de Reims doit mettre fin à sa carrière

Il n'a que 23 ans et sa carrière de gardien de football professionnel est stoppée en plein envol. Florent Duparchy a annoncé qu'il ne pourrait sans doute plus jamais remettre les gants. La médecine du travail l'a jugé inapte, arrêtant net ses rêves de très haut niveau. Le combat judiciaire, lui, continue et sa plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui est à l'instruction.

Il la redoutait. Après des mois de rééducation, la décision de la médecine du travail est tombée comme un couperet. Florent Duparchy, toujours dans l'effectif du Stade de Reims et en arrêt de travail, ne sera plus jamais gardien de football. "J'essayais de m'y préparer un peu parce que je le voyais venir, explique Florent Duparchy. Mais quand ça tombe, c'est douloureux. J'ai eu des rendez-vous avec la médecine du travail. J'ai pris plusieurs avis auprès de spécialistes et j'ai été déclaré inapte au poste de gardien de but."

Florent Duparchy a décidé d'annoncer sur son compte Instagram son retrait de la compétition. Le jeune gardien souhaite, depuis quelques mois, faire de son histoire un cas d'école. Que cela serve la cause. Celle des sportifs victimes de commotions cérébrales.

Un quotidien de rééducation

Florent Duparchy est né à Lyon et très tôt il chausse les crampons de football. Dès l'âge de 11 ans, il sait qu'il veut devenir gardien de but. Un peu plus tard, du haut de son mètre 87, il se bagarre pour devenir un portier reconnu, se forme dans différents clubs comme Thonon Evian Grand Genève, Valenciennes et Auxerre chez les U19. A 20 ans, il réussit son pari de signer un contrat professionnel et c'est Lyon qui lui offre, en premier, sa chance. Puis, il arrive en terre champenoise en juin 2021 et intègre la réserve du Stade de Reims. Celle qui propulse les meilleurs vers le groupe professionnel. 

"Mon parcours est assez compliqué. Je n'ai jamais rien lâché, explique-t-il. J'ai fait pas mal de clubs, je n'étais pas forcément le gardien sur lequel on misait à l'époque. Au final, j'avais réussi à signer pro à Lyon, Reims et Guingamp. Cela m'a appris à ne jamais rien lâcher et que tout travail est récompensé. Et ça, ce sont des choses qui n'ont pas de prix, qui ne s'apprennent que dans le milieu du sport et qui resteront tout le temps".

Une force mentale qui lui permet, aujourd'hui, de continuer cette bagarre contre les séquelles de deux commotions cérébrales. C'est à l'entraînement avec le Stade de Reims en août 2022 et en mars 2023. Le premier choc est violent. Victime d'un coup de genou dans la mâchoire, il se réveille à l'hôpital. Huit mois plus tard, il reçoit un ballon dans le visage. Maux de tête, troubles de la vision, nuits agitées et des sensations inexpliqués deviennent son quotidien sans qu'il ne soit conscient de la gravité de sa santé. Florent Duparchy affirme qu'aucun médecin ne lui a expliqué les risques d'une commotion cérébrale et ce qu'il devait surveiller. Depuis qu'un neurologue parisien a mis les mots sur ses troubles, il est en soin permanent. Mais il aura fallu des mois pour qu'une vraie prise en charge se mette en place. 

J'ai encore des maux de tête dès que je fais des mouvements répétés. Vous voyez, là par exemple, je suis en train de réapprendre à tomber. Je pars assis et j'essaye de tomber sur le côté, mais à chaque fois cela déclenche des maux de tête.

Florent Duparchy, gardien de but du Stade de Reims

"Aujourd'hui c'est assez dur, reprend Florent Duparchy. Je suis toujours en rééducation mais malheureusement, cela ne rentre pas dans l'ordre. J'ai beaucoup de kiné vestibulaire (destinée à soigner les troubles visiuels, les vertiges, les pertes d'équilibre), de la kiné spécialisée dans les cervicales. J'aurais aimé démarrer l'orthoptiste mais ça prend du temps et à 200 euros la séance non remboursée, c'est compliqué. J'ai réalisé des tests d'effort, des prises de sang, je suis allé à Paris faire d'autres tests. Il y a beaucoup de moyens qui sont mis à ma disposition, mais pour l’instant ça ne pas porte ses fruits. J'ai encore des maux de tête dès que je fais des mouvements répétés. Vous voyez, là par exemple, je suis en train de réapprendre à tomber. Je pars assis et j'essaye de tomber sur le côté, mais à chaque fois cela déclenche des maux de tête. Ce qui est sport et intensité, ça passe plutôt. Mais il ne faut pas qu'il y ait trop de sauts, de changements directions". 

Sa routine ce sont donc ses soins, presque chaque jour. "De mon côté je fais un peu de sport et je continue à m'entretenir comme je peux".

Je vous rappelle que la plainte contre X est pour mise en danger de la vie d'autrui. Elle vise le Stade de Reims et potentiellement d'autres entités. Il y a eu un loupé dans le suivi médical et, selon moi, le staff médical du Stade de Reims est responsable mais aussi d'autres médecins

Jean-Hubert Portejoie, avocat de Florent Duparchy

Plainte au pénal contre X

En septembre 2023, lorsque Florent Duparchy décide de porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui, il débute alors un autre combat. Celui de la reconnaissance de son état de victime. Il est alors dans une situation difficile. Muté à Guingamp, il ne peut prendre son poste car les maux de tête sont toujours là. L'avenant signé par le club breton vole en éclat et le jeune gardien se retrouve sans équipe. Enfin presque.

Le Stade de Reims ayant signé avec le joueur jusqu'en 2024, il devait réintégrer, de fait, l'effectif du club rémois. Ce dernier conteste et saisit la commission juridique de la Ligue de Football Professionnelle. "On n'a pas compris pourquoi le Stade de Reims niait le fait que je faisais partie de l'effectif, explique Florent Duparchy. La Ligue de football a statué sur ma situation et me l'a bien confirmé. Je suis encore joueur du Stade de Reims. Mon contrat court encore (jusqu’à juin 2024), mais je suis en train de lancer une procédure d'inaptitude. La régularisation des salaires, toute cette procédure-là a été réglée et on a fait une demande de prise en charge au niveau médical car j'ai des soins qui sont onéreux. Mais sur ça, nous n'avons pas eu de retour. Ils m'ont payé ce qu'il me devait, puis la sécurité sociale a pris le relais puisque je suis en accident du travail". 

En décembre dernier, l'avocat de Florent dépose une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile cette fois, devant le tribunal judiciaire de Reims. "Un juge d'instruction a été désigné il y a quelques semaines, précise maître Jean-Hubert Portejoie, avocat du joueur. La prochaine étape, c'est l'audition de Florent Duparchy par le juge, dans quelques semaines. Je vous rappelle que la plainte contre X est pour mise en danger de la vie d'autrui. Elle vise le Stade de Reims et potentiellement d'autres entités. Il y a eu un loupé dans le suivi médical et, selon moi, le staff médical du Stade de Reims est responsable mais aussi d'autres médecins". Cette audition, le jeune homme l'attend avec impatience. "J'attends que cela fasse avancer le dossier. Que les personnes en charge de l'instruction aient le plus d'éléments possibles pour ensuite prendre une décision".

Quand on est programmé pour jouer au foot le plus longtemps possible, on ne s'attend pas à ce que cela s'arrête aussi tôt. Il faut prendre le virage comme il vient, si possible de la meilleure des manières.

Florent Duparchy, gardien de but du Stade de Reims

Le combat de Florent Duparchy ne s'arrête pas à sa simple personne. Que les commotions cérébrales dans le milieu sportif soient reconnues et prises en charge sérieusement, est son objectif. "Ça peut être intéressant pour le moral, ça ne peut me faire que du bien, explique encore le jeune homme. De me dire que je ne suis pas fou et qu'il y a bien des erreurs qui ont été commises. Ce serait une reconnaissance très importante pour moi. Sensibiliser sur les commotions cérébrales, c'est aussi le but de la procédure judiciaire". Faire que cette décision de justice, si elle existe un jour, fasse prendre conscience et qu'aucuns "médecins de clubs ne prennent cela à la légère. Si moi, j'en paye les pots cassés, j'ai quand même l'impression qu'il y a plus de sérieux aujourd'hui. Et quand on voit un joueur comme Varane en parler dans les journaux, cela peut aider à faire bouger les choses".

De l'avant

En parler et soutenir les autres, c'est aussi ce qui fait du bien au jeune homme. Il a reçu des centaines de messages depuis son dépôt de plainte et encore ces derniers jours suite à l'annonce de l'arrêt de sa carrière. "Recevoir des  messages de personnes qui ont été victimes de commotions et qui me disent : je sais très bien ce que tu vis parce que j'ai vécu ou je vis exactement la même chose, ça aide vachement. Et à chaque fois, on a pu s'appeler et j’ai pu aussi les aider et les orienter pour certains vers des médecins". Florent Duparchy a pensé à fonder une association. Une idée qui lui trotte dans un coin de la tête. En attendant, il doit aussi penser à son avenir. A 23 ans, le jeune homme vit, là, un moment particulier. 

"Quand on est programmé pour jouer au foot le plus longtemps possible, on ne s'attend pas à ce que cela s'arrête aussi tôt, précise-t-il. Il faut prendre le virage comme il vient, si possible de la meilleure des manières. Pour la suite, je suis très curieux. Honnêtement tout m'intéresse. Il faudra faire le meilleur choix possible pour la suite. Je ne suis pas du genre à attendre. Je suis du genre à foncer et à ne pas trop réfléchir à ce qui se passe et à ce qui s'est passé. Ça peut m'éviter de trop gamberger à tout cela. Le sport reste quelque chose d'important. C'est ce que je fais depuis tout petit, mais je ne vais pas rester fermé. C'est à voir en fonction de tout ce qui se présentera. J'ai déjà reçu des appels, des messages, de personnes qui pourraient être intéressées par moi pour la suite".

Le Stade de Reims devrait aussi faire des propositions de reclassement suite à la procédure d'inaptitude engagée par son joueur.  "Je suis ouvert à tout et j'analyserai tout ce qui arrive à moi". Même le fait de revenir à Reims ? "Oui bien sûr, et ensuite, il faut prendre la meilleure décision". 

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