Champagne : les exportations vers la Russie vont reprendre, une décision nécessaire pour le Comité Champagne

Le Comité Champagne a décidé, vendredi 10 juillet, de reprendre les exportations de champagne vers la Russie à partir du 15 septembre, malgré le statu quo sur le changement d'appellation.
Le Comité Champagne avait demandé, début juillet, aux vignerons de cesser toute expédition vers la Russie "jusqu'à nouvel ordre".
Le Comité Champagne avait demandé, début juillet, aux vignerons de cesser toute expédition vers la Russie "jusqu'à nouvel ordre". © Alexander Nemenov/AFP

Le Comité interprofessionnel du vin de Champagne s'est prononcé vendredi 10 septembre pour la reprise à partir du 15 septembre des expéditions vers la Russie, sur fond de controverse franco-russe sur l'appellation "Champagne", a indiqué ce samedi 11 septembre sa direction, confirmant une information du magazine Terre de Vins.

Le Comité Champagne (CIVC) avait conseillé début juillet aux producteurs de suspendre temporairement les exportations, en réaction à une nouvelle loi russe. Celle-ci oblige les distributeurs de champagne à troquer le titre prestigieux de "champagne" contre celui de "vin mousseux" sur la contre-étiquette des bouteilles écrite en cyrillique. La dénomination "champanskoïe" étant désormais réservée aux producteurs russes de vins pétillants.

"La levée de la suspension des exportations est une mesure d'apaisement qui s'ajoute à notre désir de ne pas saisir l'Organisation Mondiale du Commerce. Nous respecterons la nouvelle loi", a affirmé à l'AFP Jean-Marie Barillère, co-président du Comité Champagne et président de l'Union des Maisons de Champagne (UMC).

La mention "champagne" en cyrillique dans le viseur

À notre micro, Charles Goemaere, directeur général du Comité Champagne prône également le dialogue diplomatique : "Les discussions entre les autorités russes et les autorités françaises se sont poursuivies tout au long de l'été. Vladimir Poutine a fait rentrer cette problématique dans l'agenda de ses préoccupations.

"La prise en considération par le gouvernement nous a permis de reprendre plus sereinement les expéditions vers le marché russe. Nous avons obtenu une clarification de la réglementation russe et la certitude que le dossier serait traité par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire et par son homologue russe lors d'une rencontre ministérielle au mois de décembre", poursuit-il.

On ne peut pas priver les consommateurs indéfiniment de nos produits.

Charles Goemaere, directeur général du CIVC.

D'autant que les fêtes de fin d'année approchent : "Les importateurs et les exportateurs russes redoutaient la panne sèche. Et on ne peut pas priver les consommateurs indéfiniment de nos produits. Ils ne le comprendraient pas et risqueraient de se détourner sur le long terme de nos produits."

Dans les faits, les producteurs français vont donc devoir rhabiller leus productions pour le marché russe. Sur le "recto" de la bouteille, l'appellation "champagne" sera toujours inscrite en écriture latine, mais en revanche la traduction cyrillique fera mention de "vin mousseux". Ce ne sera qu'au "verso" de la bouteille que le consommateur russe pourra lire, en cyrillique, que le vin provient de la région Champagne, en France.

Toujours une volonté politique

Le CIVC a donc décidé cette levée alors que les autorités russes n'ont toujours pas répondu, selon lui, à une lettre commune envoyée en juillet par le ministre délégué au Commerce extérieur Franck Riester, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire et Julien Denormandie, ministre de l'Agriculutre, à leurs homologues russes.

"On multiplie les discussions avec détermination. On ne lâchera rien. Le seul champagne est français", avait encore réaffirmé le 3 septembre dernier le ministre de l'Agriculture, en visite à la foire agricole de Châlons-en-Champagne (Marne).

Ce revirement de situation de la part du CIVC a donc de quoi surprendre. Mais selon Charles Goemaere "la demande de reprise des expéditions a été forte de la part des Champenois mais peut-être encore plus de la part des importateurs et des distributeurs russes, qui, depuis le début de l'été, demandent à leurs fournisseurs champenois de bien vouloir réouvrir le marché".

Un marché russe à relativiser

Xavier Millard, président de la coopérative Mailly Grand Cru se réjouit du retour des exportations : "Notre importateur et nos clients russes sont en attente de champagne. Il est important pour eux en période de fin d'année. (...) C'est un marché relativement important pour une coopérative comme la mienne. Pas forcément en terme de volume puisque ça représente un petit peu moins d'1 % de nos ventes, mais en revanche c'est un marché sur lequel on vend des belles cuvées. En valorisation, c'est un marché intéressant."

Sur la base des chiffres, cette "bataille" diplomatique est toutefois à relativiser : la Russie se classe au 15e rang des exportations de champagne, selon les chiffres du CIVC. Ce qui représente plus de 35 millions d'euros et près d'1,5 million de bouteilles. Soit 0,5 % du marché total.

La Russie est, avec les États-Unis ou Haïti, un des États à ne pas reconnaître l'appellation d'origine contrôlée (AOC) "champagne" malgré une vingtaine d'années de discussions.

 

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