Manque de soignants dans le Grand Est : "On suit ça comme le lait sur le feu"

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Écrit par Céline Lang
Illustration/ Aide-soignants et médecin auprès d'un patient.
Illustration/ Aide-soignants et médecin auprès d'un patient. © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Face aux nombreux départs à la retraite et aux difficultés à recruter médecins et personnels soignants, l'Agence régionale de santé Grand Est expose sa stratégie. Objectif : améliorer l'attractivité des métiers et du territoire.

"Aujourd'hui on sait que, sur le territoire du Grand Est, dans les 5 ans qui viennent, il y aura de très nombreux départs à la retraite, de médecins et de personnels paramédicaux. Il est donc essentiel de travailler sur un plan d'action pour renforcer l'attractivité de ces métiers et du territoire". Virginie Cairé est directrice générale de l'Agence régionale de santé Grand Est.

Ce 16 novembre 2021, invitée à la faculté de médecine de Reims, elle a exposé la stratégie de l'institution sanitaire pour faire face au manque à venir. Elle précise : "Rien que pour les médecins, dans les 10 ans, ce sont 150 professionnels qui manqueront à l'appel". Pour l'ARS, il est donc absolument nécessaire, dès aujourd'hui, de faire venir et de retenir un maximum de soignants, dans le Grand Est, mais aussi et surtout en Champagne-Ardenne. 

Grande région, peu de médecins

Il faut dire que l'ancienne région Champagne-ardenne ne compte que 275 médecins pour 100 000 habitants. C'est le taux le plus faible du Grand Est. Il est aussi bien en-dessous de la moyenne nationale, qui est de 318 médecins pour 100 000 habitants. L'objectif de l'Agence régionale de santé mais aussi de ses partenaires, comme le CHU de Reims ou la faculté de médecine, est donc d'éviter que l'écart ne se creuse. "Il faut dire aussi que la superficie de la Champagne-Ardenne est importante : 44% du Grand Est", ajoute le doyen de la faculté de médecine, le professeur Bach-Nga Pham. Et de conclure : "Nous manquons de médecins en Champagne-Ardenne, notre territoire a, en plus, une superficie importante, d'où l'urgence de gagner en attractivité médicale". 

L'attractivité. Un grand mot pour une réalité particulièrement complexe, puisque dans le cas des personnels soignants, il faut à la fois travailler sur l'attractivité des métiers de la santé, mais aussi sur l'attractivité du territoire Grand Est en lui-même. Souvent, d'ailleurs, les étudiants formés en Champagne-Ardenne ne restent pas sur place après leurs cursus. Et pour ceux qui restent, ils s'installent souvent en priorité dans les villes ou au sein du CHU. Malgré tout l'ARS note un "mieux" ces dernières années puisqu'aujourd'hui, la moitié des étudiants est en stage dans les territoires. 

La formation, axe majeur d'attractivité pour l'ARS

Mettre l'accent sur la formation des futurs professionnels de santé est donc l'axe majeur choisi par l'ARS pour renforcer l'attractivité du métier. cela passe par une augmentation du nombre de places dans les formations. "Il est nécessaire d'augmenter les quotas infirmiers et aides-soignants", poursuit Virginie Cairé, directrice de l'ARS. "Les effets du Ségur de la santé devraient aussi bientôt se faire sentir, notamment au niveau des quotas d'entrée en faculté de médecine"

A Reims, par exemple, entre 2019 et 2021, le nombre de places en école d'infirmier à augmenté de 20%.

Virginie Cairé, directrice générale de l'ARS Grand Est

Autre volet pour attirer les étudiants vers les études en santé : la qualité d'accueil sur le territoire de ces futurs professionnels. "Il faut s'engager pour leur proposer des logements, explique Bach-Nga Pham, doyen de la faculté de médecine, mais aussi un accueil de leur famille, des espaces de vie connectés et surtout des facilités de transports qui leur permettront d'aller en effet partout sur le territoire".

Car l'enjeu est aussi de mailler la Champagne-Ardenne et le Grand Est le plus finement possible, en centre hospitalier comme en médecine libérale. Pour cela, l'ARS soutient la création de postes à temps partagé pour les jeunes diplômés, qui peuvent alors répartir leur service entre le CHU et un hôpital périphérique. 

"Il faut aussi inciter le maximum de praticiens à devenir maitres de stage, insiste le professeur Bach-Nga Pham. Qui mieux qu'un praticien pour inciter un jeune à s'installer ?" A la ville, comme à la campagne, en libéral comme en milieu hospitalier. 

Une tension dans les effectifs accentuée par la crise sanitaire

Le remplacement des départs à la retraite reste donc la principale préoccupation de l'agence régionale de santé dans la décennie à venir, d'autant que les jeunes médecins n'attendent pas forcément les mêmes conditions de travail que leurs aînés. Il privilégient l'équilibre vie professionnelle / vie privée, mais aussi l'activité en collectif ou de façon salariée. "Cela signifie qu'il faudra en moyenne 1,8 médecin pour remplacer un seul départ à la retraite", précise Virginie Cairé. 

Mais à plus court terme, il faut aussi gérer les problèmes d'effectifs dus à la pandémie de covid-19. "La crise a renforcé les difficultés, souligne la directrice de l'ARS, il y a plus de fatigue, plus d'arrêt maladie". 

La tension est palpable. Nos services de ressources humaines surveillent cela comme le lait sur le feu.

Virginie Cairé, directrice générale de l'ARS Grand Est

Au CHU de Reims, par exemple, si la directrice n'a pas eu connaissance de démissions récentes, le turn over reste néanmoins important, notamment dans les professions paramédicales. Il est difficile de trouver des masseurs-kinésithérapeutes, des spécialistes de la rééducation, des orthophonistes, mais aussi des infirmiers et des aides-soignants. En médecine, 39 postes sont vacants, soit environ 5% des effectifs.  "C'est là-dessus qu'il faut travailler, constate Laetitia Micaelli-Flender, la nouvelle directrice du CHU. Les équipes ont été éprouvées par la crise. Le fil rouge, c'est donc de pouvoir leur garantir de préserver les congés, la vie familiale". 

L'ARS travaille donc à améliorer les conditions de travail des personnels soignants, pour, une fois encore, renforcer l'attractivité du métier. Cela passe par un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle, avec l'instauration de crèches par exemple, mais aussi par une révision des organisation pour éviter de devoir rappeler des soignants sur leurs jours de repos. Du soutien psychologique a aussi pu être proposé pour faire face à des situations souvent délicates. 

En tout, l'institution sanitaire régionale a dépensé 100 millions d'euros sur quatre ans pour travailler sur ces problématiques de ressources humaines. Cela représente 8% des dépenses de l'ARS Grand Est.

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