Mort du petit Tony à Reims : "Je pouvais pas penser que Tony se faisait frapper tout le temps", rapportent des témoins

Interrogé ce mardi, l'entourage de Tony et surtout de sa mère, Caroline Létoile, a longuement témoigné des violences qu'a subies le garçonnet. Chaque audition a duré deux heures, et aucun témoin n'a été épargné par la cour.

Quatre des huit témoins entendus concernant la mort du petit Tony à Reims, lors du procès à la cour d'assises, le 2 février 2021.
Quatre des huit témoins entendus concernant la mort du petit Tony à Reims, lors du procès à la cour d'assises, le 2 février 2021. © Thierry Doudoux / France Télévisions

"Pour moi, elle y a participé." C'est un récit sans filtre qu'a livré Caroline G., une amie d'enfance de la mère du petit Tony, ce mardi 2 février à la cour d'assises de Reims. Lors de ce deuxième jour de procès pour élucider les circonstances de la mort du garçonnet, âgé de trois ans et demi le 26 novembre 2016, les témoins ont répondu à la cour durant de longues heures. Les avocats des parties civiles, de la défense, l'avocat général ainsi que la présidente du tribunal ont posé de nombreuses questions, n'épargnant aucun détail.

Proche de Caroline Létoile, "comme une soeur", Caroline G. a mis en garde son amie "à plusieurs reprises que Loïc était violent et parlait mal à Tony". Comme de nombreux membres de l'entourage de la mère de Tony, elle a tenté d'avertir la jeune maman. Pendant deux heures, Caroline G. défend sa version des faits avec ses mots, parfois vulgaire, "il m'a envoyée chier" en parlant de Loïc Vantal, et souvent volubile. Personne ne semble pouvoir l'arrêter. Elle se fait recadrer par la présidente, Hélène Langlois, de nombreuses fois. "Ne donnez pas votre avis", "je sais que cela fait deux heures que vous êtes ici, mais je vous prie de vous tenir droite", ordonne la présidente.

 

"Ma fille me dit qu'elle aimerait mourir pour revoir Tony"

"J'ai parlé à sa mère, (Caroline Létoile) j'ai prévenu les services sociaux", soutient la témoin, qui dit avoir prévenu l'assistante sociale en charge de sa fille. "Je pouvais pas penser que Tony se faisait frapper tout le temps." Elle soutient s'être rendu compte "après coup" de "tout ça". D'un ton vif, elle déclare : "Tout le monde l'a vu avec des bleus. Cela veut dire que tout le monde n'a rien fait. Alors que j'ai parlé, j'ai prévenu Caroline. Elle aurait pu me dire que ça n'allait pas. Elle aurait pu me dire d'aller voir sa mère, à elle." Quand la présidente lui demande si elle a "eu l'impression d'avoir été trahie" par la mère de Tony, Caroline G. répond : "Oui, surtout lorsqu'elle m'assurait que tout allait bien. Elle jouait la comédie avec moi."

"Je lui ai dit "si un jour cela ne va pas, tu viens chez moi, je ne veux pas que tu sois une femme battue ou que Tony soit un enfant maltraité. Elle m'a assuré que non"."

Caroline G., une amie d'enfance de Caroline Létoile, la mère de Tony.

Le verbe haut, soucieuse de détails parfois futiles, Caroline G. émeut. Elle a failli se constituer partie civile, pour sa fille du même âge que Tony et très proche de lui. Elle a finalement renoncé. "J'ai abandonné, je ne voulais pas causer de souffrance au père de Tony (le père biologique), justifie-t-elle. Et je me dis que la souffrance de ma fille est moindre par rapport à ce qu'il vit." Encore aujourd'hui, témoigne la mère de famille, sa fille réclame Tony. A chaque anniversaire, elle souhaite que son copain revienne, "juste pour lui dire au revoir"

"Elle est très bonne élève, mais elle a du mal à s'attacher aux autres enfants", témoigne Caroline G, la voix étranglée par un sanglot. "Tous les jours, elle me parle de Tony. Il y a un garçon à l'école qui a 9 ans, qui ressemble à Tony, elle s'effondre dès qu'elle le voit."  Pire, il lui arrive d'avoir des idées noires. "Maman, parfois j'aimerais bien mourir aussi." La mère, elle-même battue durant son enfance, poursuit : "Depuis cette histoire, elle s'est remise à faire pipi au lit. J'évite de passer devant chez la maman de Tony."

"Ma fille dort avec la photo de Tony. Elle me dit : 'Je veux mourir, je veux aller avec Tony pour jouer, lui faire un bisou.'"

Caroline G, témoin et amie d'enfance de la mère de Tony.

Caroline G. n'est pas la seule témoin entendue ce mardi. Avant elle, Morgane C., hébergée pendant l'été qui a précédé le drame par Caroline Létoile, est longuement interrogée sur sa relation avec le couple. Elle dépeint Loïc Vantal comme "méchant". La jeune femme le connaît bien. Ils ont une relation amoureuse entre juin et août 2016, juste avant que ce dernier n'entame une relation avec la mère de Tony. "Il est plutôt méchant. Quand il buvait, quand je ne voulais pas lui parler, il devenait méchant. J'ai arrêté parce que c'est insupportable de vivre une relation comme ça." Elle raconte avoir conseillé à son amie de ne pas se mettre avec lui. "Quand elle me l'a annoncé je lui ai dit que ce n'était pas une bonne idéeque ce n'était pas un mec pour elle", se souvient Morgane C. "Il était méchant, sans travail et sans ambition."

Loïc Vantal est souvent chez Tony et sa mère. Il vient y voir Morgane sa petite amie. Avec Tony, Loïc Vantal n'a, à ce moment là, aucun signe d'affection, ni même d'intérêt. "Il s'en occupait pas, ne lui parlait pas. II ne s'intéressait pas à lui, n'intervenait pas, même si l'enfant était turbulent." Malgré ce manque de considération, Morgane C. ne constate aucune violence de la part de Loïc Vantal sur Tony. "Loïc ne calcule pas l'enfant. Ne lui parle pas. Il a déjà parlé de l'enfant en disant qu'il était 'casse-couille'". Selon les témoins, cette relation change drastiquement début septembre, date à laquelle Loïc Vantal emménage chez Caroline Létoile, devenue sa compagne depuis peu. 

Les voisins passés au crible

Durant l'été 2016, les soirées sont régulières. La musique est forte, l'alcool et le cannabis sont de la partie. A la rentrée, les voisins commencent à en avoir assez de la "musique qui fait trembler les murs", selon les mots de Jonathan L., toujours poursuivi pour "non-dénonciation de mauvais traitements". Agacé, Jonathan L., se rend à chez le bailleur social en charge de l'immeuble. "Je viens par rapport aux voisins du dessus", lance-t-il à l'accueil. "On sait on nous a déjà appelés", lui répond-on. "C'est vraiment un environnement malsain pour un enfant, j'ai peur pour lui." Le témoin affirme que les deux hôtesses d'accueil lui répondent : "Oui on sait la police est prévenue." Et d'en conclure : "Je repars en me disant que l'affaire est réglée. Je vois les policiers le lendemain. Je pensais qu'ils venaient pour ça."

La cour n'épargne pas cet homme aux troubles cognitifs [il a des troubles de mémoire], qui avait témoigné avec sa compagne de l'époque, aujourd'hui décédée d'un cancer. "Avant que [Loïc Vantal] arrive, on entendait le petit jouer, courir, sauter, c'était un bon enfant, c'était même agréable", semble-t-il se souvenir. "Et vous dîtes que vous n'étiez jamais là ?", tacle l'avocat de Vantal. Jonathan L. à ce moment, suit une formation durant la semaine en région parisienne et n'est de retour au chevet de sa compagne que le weekend. Il s'embourbe, ne fait plus la différence entre ce qu'il a entendu et ce qu'il a déduit. "C'est tout le problème, Monsieur. On vous demande ce que vous avez entendu. Pas ce que vous avez déduit", tranche David Scribe, l'avocat de l'accusé. Comme Morgane C. avant lui, le témoin est accusé de mentir : "Je pense que vous avez menti, et que votre témoignage pollue, tellement vous avez menti", l'attaque l'avocat.

Katia L. semble terrorisée. Voisine de palier de Caroline Létoile, elle ôte timidement son masque et elle est priée à plusieurs reprises de "parler plus fort". Katia est entendue car elle est intervenue auprès de Caroline Létoile pour lui demander pourquoi Tony "sanglotait""Quand un enfant est puni ou quoi, vous voyez, il pleure", précise-t-elle à la présidente du tribunal. "Mais quand vraiment, il a la trouille, il sanglote. Là, il sanglotait." Quand Katia L. demande pourquoi Tony pleure, Caroline Létoile répond du tac au tac, sur la défensive, "il ne le frappe pas", désignant Loïc Vantal.

C'est à ce moment que la mère de Tony est invitée à prendre la parole. Elle se souvient effectivement de cet échange. "J'avais peur de cet homme", bredouille-t-elle. "J'ai voulu appeler à l'aide, j'ai pas réussi." Mais la réponse ne convainc pas Hélène Langlois. "Vous avez une voisine qui vous tend une perche. Pourquoi vous ne lui confiez pas ce qu'il se passe ?" Caroline Létoile pleure. "Parce que c'est une personne que je ne connais pas, je ne l'avais jamais vue dans ma vie. Parce que j'avais peur." Et la présidente de conclure : "Il va falloir vous expliquer madame, car la cour ne va pas se contenter d'un 'j'ai peur.'" Caroline Létoile et Loïc Vantal doivent être entendus mercredi.

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