Mort du petit Tony à Reims : "J'avais peur", se défend Caroline Létoile pendant l'audition d'un témoin

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Écrit par Florence Morel

La mère du petit Tony a été priée de prendre la parole lors de l'audition de sa voisine de palier. Retrouvez les temps forts du deuxième jour du procès.

Katia L. semble terrorisée. Voisine de palier de Caroline Létoile, la mère du petit Tony décédé sous les coups le 26 novembre 2016, elle est entendue comme témoin ce mardi 2 février à la cour d'assises de Reims. Elle ôte timidement son masque et elle est priée à plusieurs reprises de "parler plus fort". Katia est entendue pour une raison principalement : elle est intervenue auprès de Caroline Létoile pour lui demander pourquoi Tony "sanglotait". "Quand un enfant est puni ou quoi, vous voyez, il pleure", précise-t-elle à la présidente du tribunal. "Mais quand vraiment, il a la trouille, il sanglote. Là, il sanglotait." Quand Katia L. demande pourquoi Tony pleure, Caroline Létoile répond du tac au tac, sur la défensive, "il ne le frappe pas", désignant Loïc Vantal.

C'est à ce moment que la mère de Tony est invitée à prendre la parole. Elle se souvient effectivement de cet échange. "J'avais peur de cet homme", bredouille-t-elle. "J'ai voulu appeler à l'aide, j'ai pas réussi." Mais la réponse ne convainc pas Hélène Langlois. "Vous avez une voisine qui vous tend une perche. Pourquoi vous ne lui confiez pas ce qu'il se passe ?" Caroline Létoile pleure. "Parce que c'est une personne que je ne connais pas, je ne l'avais jamais vue dans ma vie. Parce que j'avais peur." Et la présidente de conclure : "Il va falloir vous expliquer madame, car la cour ne va pas se contenter d'un 'j'ai peur'". France 3 Champagne-Ardenne revient sur les temps forts de ce deuxième jour de procès.

 

"Pour moi, elle y a participé." C'est un récit sans filtre qu'a livré Caroline G., une amie d'enfance de la mère du petit Tony, ce mardi à la cour d'assises de Reims. Proche de Caroline Létoile, cette amie l'a mise en garde. "J'ai averti à plusieurs reprises que Loïc était violent et parlait mal à Tony", raconte-t-elle. Pendant deux heures, Caroline G. défend sa version des faits, se fait recadrer par la présidente, Hélène Langlois. "J'ai parlé à sa mère, j'ai prévenu les services sociaux", soutient la témoin, qui dit avoir prévenu l'assistante sociale en charge de sa fille. "Je pouvais pas penser que Tony se faisait frapper tout le temps." Elle soutient s'être rendu compte "après coup" de "tout ça". D'un ton vif, elle déclare : "Tout le monde l'a vu avec des bleus. Cela veut dire que tout le monde n'a rien fait. Alors que j'ai parlé, j'ai prévenu Caroline. Elle aurait pu me dire que ça n'allait pas. Elle aurait pu me dire d'aller voir sa mère." Quand la présidente lui demande si elle a "eu l'impression d'avoir été trahie" par la mère de Tony, Caroline G. répond : "Oui, surtout lorsqu'elle m'assurait que tout allait bien. Elle jouait la comédie avec moi."

"Elle n'était pas méchante. Mais je ne vois pas pourquoi elle n'a pas sauvé son fils." Morgane C. témoigne à la barre de la cour d'assises de la Marne, ce mardi. Celle qui a vécu, entre juin et septembre 2016 au domicile de Caroline Létoile, dresse un portrait peu flatteur de son hébergeuse. "Influençable", "faible", quand Morgane est interrogée sur la façon dont Caroline s'occupait de Tony, elle répond : "Ça allait, elle ne l'a jamais tapé, elle le criait même pas. Elle s'en occupait, elle lui donnait à manger." Concernant le garçon, elle se souvient : "C'est un enfant qui n'avait pas de règles, donc il faisait un peu ce qu'il voulait. Mais il était gentil." Quant à Loïc Vantal, avec qui Morgane C. a eu une relation avant Caroline, la témoin tranche : "Il est plutôt méchant. Quand il buvait, quand je ne voulais pas lui parler, il devenait méchant. Il m'insultait tout le temps. J'ai arrêté parce que c'est insupportable de vivre une relation comme ça. Lui ne voulait pas, mais je l'ai quitté. A-t-il accepté ? Pas vraiment. On a fait une soirée et il a voulu sauter du 6e étage."

Après les experts, place aux témoins et aux accusés. Mardi à la cour d'assises de la Marne, c'est à leur tour de passer à la barre et de répondre aux questions de la présidente du tribunal de Reims. La veille, les experts ont rapporté la violence dont a été victime Tony, âgé de trois ans au moment des faits, qui a succombé à ses nombreuses blessures.

La mère de Tony poursuivie pour ne pas avoir dénoncé les violences commises sur son fils. Caroline Létoile, 19 ans lors du décès de son fils, est poursuivie pour "non-dénonciation de mauvais traitements" et "non-assistance à personne en danger". Selon les experts, au vu des nombreuses lésions présentes sur le corps de Tony, cela faisait plusieurs jours qu'il était victime de coups. Le vendredi, la veille de sa mort, Caroline Létoile avait même prévenu son compagnon : "Arrête, tu vois bien l'état dans lequel il est, tu vas finir par le tuer." Cependant, elle conteste les faits. "Elle était consciente de l’état de Tony. Mais elle ne voulait pas l’emmener chez le docteur par peur de son compagnon", a raconté lundi Lydie Saintot, la policière qui a procédé à son audition en garde à vue. Quant à son compagnon, Loïc Vantal, accusé d'avoir roué de coups le garçonnet, il a reconnu les faits dès le premier jour du procès.

Le père et la grand-mère biologiques et cinq associations de protection de l'enfance constitués parties civiles. Déjà présentes lors du procès du voisin de Tony, les associations se sont également constituées parties civiles pour ce procès. "C'est le procès de la lâcheté", a estimé lundi Rodolphe Costantino, l'avocat de l'association Enfance et partage."La lâcheté de l'homme qui a massacré cet enfant, sa mère qui a permis que ces faits puissent se produire. La lâcheté de l'entourage par le silence et celui de l'institution judiciaire qui n'appelle pas les choses par leur nom, puisque je pense que nous sommes en présence d'actes de barbarie."

Le voisin du petit Tony toujours poursuivi. "Tout le monde dans l'immeuble a, à un moment, entendu Tony pleurer." Ce sont les mots d'un des juges du tribunal correctionnel de Reims, lors de l'audition de Jonathan L., voisin du garçonnet, jugé pour "non-dénonciation de mauvais traitements" en octobre 2019. Dans un reportage diffusé dans l'émission "Sept à Huit" sur TF1, le voisin avait témoigné des propos extrêmement violents employés par le beau-père de Tony. Relaxé à deux reprises, une fois par le tribunal correctionnel de Reims et une seconde fois par la cour d'appel en décembre 2020, le parquet général a annoncé se pourvoir en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel de Reims le 6 janvier dernier.