Pourquoi les ophtalmologistes seront en grève pour la première fois à partir du 22 octobre

La gronde monte du côté des ophtalmologistes. Fait rare, ils seront en grève en fin de semaine. Les internes de Reims sont tous mobilisés. La raison de leur colère ? Un projet de loi qui permettrait aux orthoptistes de réaliser des primo-prescriptions de lunettes et de lentilles.

On n'a pas l'habitude de les interroger pour qu'ils témoignent sur leur profession. Les ophtalmologistes (qui prennent soin de nos yeux) veulent s'exprimer aujourd'hui car la dernière pilule du gouvernement n'arrive pas à passer. Selon eux, un projet de loi bouleverserait l'équilibre de la santé visuelle des Français. Il s'agit de l'article 40 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2022. Ils ont appris, par le biais d'un communiqué, que la primo-prescription de lunettes et lentilles seraient délégués aux orthoptistes. 


"Personne n'a été consulté parmi les ophtalmologues. Cela paraît aberrant. Pourtant, c'est dangereux pour l’ensemble de la population française. Les conséquences, nous les aurons dans quelques années et ce sera trop tard," déplore Arnaud Lefèvre, en troisième année d'internat au CHU de Reims.

10 à 15% de pathologies sont découvertes lors du passage chez l’ophtalmologiste 

Les craintes des ophtalmologistes sont grandes. Selon eux, s'ils ne prennent plus en charge les patients, des pathologies ne seront pas dépistées. 
"Nous avons deux métiers différents. L'orthoptiste, c'est le kinésithérapeute des yeux. Il mesure l'acuité et fait le bilan du fonctionnement des muscles de l'oeil. Nous, on s'occupe de la santé de l'oeil," s'indigne Jimmy Chammas, assistant en ophtalmologie au CHU de Reims. 

Ce jeune médecin et son confrère Chems-Eddine Ramoul sont du même avis. Ils sont convaincus qu'il y aura des erreurs de diagnostics. 

On a fait 6 années de tronc commun, 6 ans d'internat et 2 années de sur-spécialité ce qui permet de dépister toutes les maladies. Si le glaucome, qui endommage le nerf optique de façon irréversible, n'est pas traité en amont, on peut aller vers une cécité... c'est trop grave.

Chems-Eddine Ramoul

Une mesure électoraliste ? 

Du côté de l'exécutif, on met en avant ce projet de loi pour améliorer l'accès aux soins visuels. Il se base sur une étude émanant du ministère de la santé qui estime à 80 jours le délai moyen d'attente chez un ophtalmologiste. Sauf que ce rapport date de 2018 et toujours selon Chems-Eddine Ramoul, ces statistiques ne sont plus d'actualité. "Cet argument ne vaut plus. Aujourd'hui, le temps d'attente pour prendre un rendez-vous est de 14 à 26 jours en moyenne. Dans les grandes villes, c'est le jour même. Dans un an ou deux, on arrivera à une offre suffisante. Le gouvernement veut juste montrer qu'il mène des actions à quelques mois de la présidence."

Cette vidéo humoristique remet en question les déclarations d'Olivier Veran. 


 

Droit aux remords

Pour montrer leur mécontentement, à Reims et dans d'autres villes de France, les internes n'ont pas choisi leur stage qui commence pourtant le 2 novembre. Or, ils sont indispensables lors des consultation d'urgence à l'hôpital ou bien en tant qu'aide opératoire. Certains pensent même à utiliser leur droit aux remords... et donc changer de spécialité. 


"Pour ma part, le droit au remord n'est pas envisagé mais mes co-interne y ont pensé. Plus de 50% des internes de  première et deuxième année y pensent." nous raconte Arnaud Lefèvre.

Les internes de Reims entament même une grève ce vendredi de 10 jours reconductibles : 100% d'entre eux seront absents. Ils se retrouveront à Paris avec d'autres ophtamologues de toute la France devant le ministère de la santé. 

Selon un sondage réalisé par l’Association Nationale des Jeunes Ophtalmologistes, 95 % des ophtalmologistes et internes se disent prêts à faire suivre ce mouvement.

 

Les orthoptistes se sentent pointés du doigt


De leur côté, les orthoptistes n'apprécient pas d'être ainsi pointés du doigt. "Ce qui a été dit, cela ne correspond pas à la réalité", déplore Augustine Barthe, othoptiste au CHU de Reims. "On comprend les inquiétudes des ophtalmos, face à ce projet de loi. On pense aussi que ce projet doit être revu. Ce qu’on déplore, c’est la façon de dénigrer notre profession. Elle est encore mal connue. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on travaille avec eux, on ne veut pas leur piquer leur travail. Ici, au CHU on travaille étroitement avec les ophtalmos. Ce terme de "kiné des yeux" ne nous plaît pas. L’orthoptiste est un professionnel de santé et on dépiste, rééduque, réadapte et on pratique l’exploration de la fonction visuelle. On mesure aussi la correction optique. On fait la réfraction des yeux, en clair ce qu’on va mettre dans les lunettes".

"Certes, ce projet de loi est intéressant pour nous. Cela fait évoluer cette profession, mais il faut encadrer tout ça. Notre but, c’est la bonne prise en charge du patient. On est aussi là pour du dépistage. On se déplace régulièrement dans les cabinets médicaux, on s’occupe de faire examens, et un ophtalmologue traite les patients ensuite. On est attristé de cette façon de parler de notre profession. Les lunettes c’est souvent l’orthoptiste qui s’en charge".

Elle termine en précisant que les orthoptistes sont aussi là "pour éduquer et sensibiliser le patient aux pathologies visuelles. Ce sera peut être plus évident pour quelqu’un qui a abandonné son suivi par difficulté à trouver un ophtalmo de se tourner vers un orthoptiste qui pourra lui expliquer les possibles conséquences d’un non-suivi par un ophtalmo et le pousser à reprendre rendez-vous. La coopération est le maître mot pour nous"

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