Présidentielle 2022 : après Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen lancera sa convention à Reims en janvier, pourquoi la cité des sacres a-t-elle la cote

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Écrit par Marie-Line Fournier
Marianne, symbole de la République française
Marianne, symbole de la République française © Claude Prigent, Maxppp

La ville de Reims a la cote auprès des candidats à l’investiture suprême. Après Jean-Luc Mélenchon en octobre dernier, Marine Le Pen y tiendra sa convention présidentielle les 15 et 16 janvier 2022. Reims, une ville stratégique ?

C’est officiel ! Une convention présidentielle aura bien lieu, au parc des expositions de Reims, les 15 et 16 janvier prochains. Au Rassemblement National, on indique que des stands régionaux, des stands thématiques, et un grand discours de Marine Le Pen sont prévus. La candidate du Rassemblement National connaît bien le Grand Est, puisque, pendant plusieurs années, elle a effectué sa rentrée politique à Brachay un petit village de Haute-Marne. C’est aussi dans cette commune qu’elle a réalisé son meilleur score, au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, avec 83,72% des voix. Au second tour, elle avait rassemblé 90,24% des suffrages. Pour l’élection des 10 et 24 avril 2022, c’est la ville de Reims, qui réunira ses supporters pour entamer le vrai sprint de cette année présidentielle.

Le choix de Reims

Au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen avait réalisé un score de 42,06% des voix dans l’ensemble du Grand Est. La région n’est donc pas, de loin, la plus hostile à ses propositions. Dans la Marne, la candidate a ainsi réalisé de bons scores, arrivant première avec 28,02% des voix au premier tour puis totalisant 44,99% des voix au second. A Reims en revanche, ses scores sont simplement restés conformes à ceux obtenus au niveau national avec 21,9%, au premier tour et 33,13% au second tour. 

Alors pourquoi mettre Reims sur le devant de la scène ? Si Laurent Jacobelli, conseiller régional du Grand Est et porte-parole du Rassemblement National indique que la situation géographique de la ville a joué un rôle dans la décision d’y organiser la convention présidentielle, il ajoute : "Reims résonne dans l’histoire de France. C’est une ville historique. Cela montre notre ancrage de la campagne, et l’intention  de s’ancrer dans l’histoire, la civilisation. Lors de la convention, nous aborderons tous les thèmes de la présidentielle : pouvoir d’achat, Etat stratège, mais aussi les questions régaliennes."

Reims, une ville qui compte au plan politique

Pour Olivier Dupéron, professeur de droit public, à l’Université de Reims et directeur-adjoint du Centre de Recherche  Droit et Territoire, "Cela fait quelques années, que Reims est devenue une ville importante, au plan politique. En 2008, le 75ème congrès du Parti Socialiste y avait été organisé, un moment très important dans la vie de ce parti, et en terme d’enjeux nationaux". A cette époque, où Adeline Hazan (PS) était maire de Reims, le congrès s’était achevé sur l’élection de Martine Aubry.

L’universitaire considère, par ailleurs que "Reims reste une terre à conquérir, compte tenu des résultats obtenus dans le passé par Marine Le Pen. Mais, c’est aussi, en quelque sorte, une ville à la campagne. Une grande ville dans un territoire rural, où le vote pour la candidate du Rassemblement National est élevé". Olivier Dupéron souligne également que Reims est confrontée à des phénomènes urbains de délinquance. Il s’interroge même sur l’utilisation qui pourrait être faite de l’agression dont a été victime un journaliste du quotidien l’Union, dans le quartier Croix-Rouge, en février 2021.

Le professeur ne néglige pas non plus la dimension symbolique de la ville des sacres. "On imagine plus facilement un discours autour de venir chercher un couronnement à Reims. Ainsi que Jeanne d’Arc, une référence à l’histoire qui renvoie à l’Ancien Régime, qui porte auprès de son électorat, et qui peut faire écho à Eric Zemmour, qui se présente comme historien parfois, alors qu’il ne l’est pas".


La personnalité du maire de Reims à prendre en compte  

Si Olivier Dupéron reconnaît que Front National et Rassemblement National n’ont jamais totalement percé à Reims, il indique également qu’il faut prendre en compte la personnalité et le positionnement du maire de Reims, Arnaud Robinet. "C’est une personnalité qui compte, et qui accompagne Edouard Philippe dans sa démarche de soutenir Emmanuel Macron (Arnaud Robinet a adhéré au parti Horizons, créé en octobre 2021 par l'ancien Premier ministre). On comprend bien que cette formation politique aura vocation à jouer un rôle important dans la future majorité, s’il y a future majorité. Cela veut dire aussi que c’est venir sur un terrain politique qui est celui de la majorité, une majorité centre, centre droit, ex-Les Républicains."  

Arrivé troisième dans la Cité des Sacres lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2017, avec 20,3% des voix, Jean-Luc Mélenchon, candidat La France insoumise voulant lui aussi incarner l'opposition à Emmanuel Macron, a d'ailleurs également choisi cette terre ancrée à droite pour lancer sa campagne, en octobre 2021. Le temps, là aussi, d'une convention de deux jours, de l'Union populaire, il y a tenu un grand meeting de clôture, devant 2.000 personnes, au parc des expositions.

La route est encore longue

Un début de campagne, dans la cité des sacres. Cela peut donc faire rêver à un sacre futur, dans les urnes. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon y ont peut-être songé. D’autres candidats pourraient se laisser séduire par l’idée d’un grand meeting à Reims. Reste, d’ici là, à obtenir auprès d’élus les 500 parrainages nécessaires pour se présenter.

Quant à Marine Le Pen, elle n'a pas que des bons souvenirs à Reims. En 2017, deux jours avant le second tour de l’élection présidentielle, elle était venue visiter la cathédrale Notre-Dame. Elle en était ressortie, sous les huées, par une porte dérobée du Palais du Tau, qui jouxte la cathédrale.

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