Reims. “Après les attentats de 2015, je me suis engagée”, portrait d'une jeune policière

En 2016, ils étaient plus de 35.000 candidats à passer les concours de gardien de la paix / Reims, le 12 janvier 2018 / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
En 2016, ils étaient plus de 35.000 candidats à passer les concours de gardien de la paix / Reims, le 12 janvier 2018 / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

Etat d'urgence, attentats, agressions… Le quotidien des forces de l'ordre n'est pas des plus tranquilles. Pourtant, comme Mélanie*, ils étaient plus de 35.000 vouloir rejoindre les forces de l'ordre en 2016 après les attentats qui ont meurtri la capitale en 2015.

Par Florence Morel

Une bouille juvénile et un nez fin, Mélanie* patiente, une cigarette au bout des doigts, fins eux-aussi. Sous sa grosse veste bleu marine, on devine difficilement qu'elle est fonctionnaire de police. Il fait froid ce vendredi place Drouet-d'Erlon à Reims, et les chauffages de la terrasse du café n'y font rien.

Adjointe à la sécurité depuis 2016


Mélanie s'est engagée en 2016 comme adjointe de sécurité. Après trois ans en faculté de droit, elle se décide à rejoindre les forces de l'ordre :

Je me suis réveillée, et je me suis dit que ce n'était plus possible. J'ai arrêté mes études de droit et j'ai postulé direct.


Adjointe à la sécurité, Mélanie n'est pas titulaire. Elle est ce qu'on appelle une contractuelle et dispose d'un contrat de trois ans, renouvelable une fois auprès de l'Etat.

Du stage de troisième à l'uniforme


Fille de policier, la jeune rouennaise d'origine a toujours rêvé de porter l'uniforme. Déjà, elle effectuait son stage de troisième auprès de son père, au commissariat. Ce qu'elle préfère dans son métier ? Patrouiller au rythme de la sirène de police :

Une fois dans la voiture, avec le 'deux tons' et la lumière bleue du gyrophare qui jaillit du toit, je me sens comme une petite fille à Disney.

Revêtir l'uniforme, c'est toute une symbolique. S'il faut craquer, ce sera une fois retiré. Lors de la manifestation des forains en septembre dernier, la jeune fille savait qu'elle devait garder son calme. C'est quand elle est rentrée chez elle, que Mélanie a pu se lâcher :

L'uniforme, c'est ce qui t'aide à encaisser. Si tu as besoin de lâcher prise, ce sera à la maison.


Un climat tendu depuis le 1er janvier


Déjà, les attentats de 2015, puis sur la promenade des Anglais à Nice en juillet 2016, ont alourdi les agendas des forces de l'ordre. Des agendas remplis, et ajoutés à cela, les événements du 1er janvier 2018. En ce début d'année, des policiers en exercice se sont faits tabasser, à Champigny-sur-Marne et filmés. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Parmi eux, une jeune fonctionnaire, à laquelle Mélanie n'a pas pu s'empêcher de s'identifier. 

Reims, le 12 janvier 2018 / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Reims, le 12 janvier 2018 / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne


"Au début, je n'y ai pas cru. Mais quand j'ai entendu les hurlements de la collègue à terre, j'ai réalisé que ça aurait pu être moi. Ça m'a glacé le sang", se souvient-elle en ajoutant du sucre dans son grand café.

"J'ai été bien accueillie, on m'a prise au sérieux"​


Être une jeune femme dans la police, Mélanie s'attendait à des difficultés. Si on l'avait mise en garde lors de sa formation d'adjointe de sécurité, la Rémoise d'adoption l'assure, elle n'a finalement pas eu à s'en faire : "On ne m'a pas moins prise au sérieux.

Ici, mes collègues voient une collègue avant l'homme ou la femme qui est derrière l'uniforme.
 

"J'aurais aimé connaître l'époque où l'uniforme inspirait quelque chose"


Dans l'enceinte du commissariat, l'adjointe à la sécurité se sent comme "un poisson dans l'eau". C'est en dehors que cela paraît plus compliqué. Depuis qu'elle a commencé à exercer en 2016, Mélanie a été insultée "une paire de fois", "et par des mineurs" précise-t-elle, écarquillant les yeux. A 24 ans, elle passe encore pour "la petite jeune qui débute", mais elle s'affirme :

J'aime bien rigoler, aller au contact des jeunes dans les quartiers, mais je sais être ferme quand il le faut.

Une fois son manteau remis, elle se prend à espérer : "Parfois, je me dis que j'aurais aimé connaître cette époque où l'uniforme inspirait encore quelque chose." En attendant, sur le trajet qui la ramène chez elle, Mélanie lit encore de nombreux "ACAB" – "all cobs are bastards", tous les flics sont des s*****s- tagués sur les murs.

*Le prénom a été modifié

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