Reims capitale de la mode fière et solidaire

Ousmane Ouedraogo présente une de ses créations portée par Agnès la jeune mannequin. / © T. Wallyn
Ousmane Ouedraogo présente une de ses créations portée par Agnès la jeune mannequin. / © T. Wallyn

Une mode ethnique, fière et solidaire : c'est ainsi que Ousmane Ouédraogo définit son style. Installé à Reims depuis un an, ce jeune styliste burkinabé veut créer des ponts entre les peuples et leurs cultures.
 

Par Isabelle Forboteaux

Ousmane Ouedraogo nous reçoit dans son appartement de Reims où un atelier improvisé est installé en plein cœur de la salle à manger. Né au Burkina Faso à Bobo-Dioulasso il y a 35 ans, il nous raconte sa vie dans un monde où la mode a tout de suite pris une place importante. "J'adore la mode. C'est comme si c'était inné. Mes parents m'ont raconté que très jeune je bricolais sur des morceaux d'étoffe."

Mais je ne savais pas que ce métier était vraiment fait pour moi. 
- Ousmane Ouédraogo, styliste.

Ousmane est un bon élève, décroche son baccalauréat et défile de temps en temps comme mannequin. Il est repéré et retenu pour le défilé de Pathé'O en 2002. Son aventure dans le mannequinat durera 5 ans. Il présente les créations de couturiers sur les podiums au Niger, au Sénégal, au Togo, au Ghana, mais aussi en France. " J'ai décidé d'arrêter de défiler car ce n'était pas cela que je voulais faire. Je voulais être styliste. J'adore toucher le textile, le sentir."

Il décide de partir en formation à Ouagadougou. "J'ai fait beaucoup de stages chez des créateurs africains. Cela m'a permis de me perfectionner techniquement". Puis, il se lance et réussit a présenté ses créations à l'occasion de nombreux défilés en Afrique bien sûr mais aussi à Oslo, Copenhague, Montréal.

Des histoires plus qu'une mode

Ousmane a trouvé son style. Sa mode est intimement liée aux histoires des peuples, de leurs cultures. Il raconte les tissus, ils travaillent avec des artisans africains, amérindiens. Son coton est celui des femmes maliennes qui travaillent en coopérative. Il affectionne le cuir et les étoffes plus européennes aussi. Sa mode est solidaire et fière de toutes ces origines. "La mode ça n'est pas que les paillettes. J'aime davantage le textile que la mode. La matière que tu mets dans tes créations donne une autre valeur. Elle donne envie de venir toucher, elle attise la curiosité."

La mode on ne peut pas la changer, ce sont les différents matériaux que tu vas utiliser, que tu vas mixer, qui vont faire la différence.
- Ousmane Ouédraogo, styliste.

Reims est devenu son port d'attache, après plusieurs années passées à Paris. "Ici c'est la qualité de vie que je choisis. La nature est encore là, préservée. Je suis là pour rêver et faire rêver". La capitale parisienne abrite toujours son atelier de couture. Une délocalisation à Reims est prévue dans les mois à venir.

En quelques coups de crayons et un peu de couleurs le talent apparaît. Puis, avec Maryam, le mannequin, il construit son histoire.
Il choisit trois tissus : le coton bio tissé à la main par les femmes maliennes, le taffetas et le crêpe. Rien n'est découpé, il pose, superpose et ceinture. Une technique de travail particulièrement originale, sans patron et dans l'inspiration du moment.

J'aime travailler à l'instinct, dans l'instant. J'ajuste et réalise les découpes sur la jeune femme. C'est vraiment en fonction de ce que je ressens au fond de moi.
- Ousmane Ouédraogo, styliste.

Cette tenue est un retour à la terre. La terre d'Afrique évidemment avec le taffetas marron. Une terre qui produit le coton cultivé dans le respect absolu de la nature. Et la touche finale appartient à la France avec une étoffe au rose poudré léger et doux. Un mélange des matières, des cultures comme une évidence.

Ousmane Ouedraogo travaille le taffetas, le coton et le crêpe avec Maryam une de ses mannequins / © I. Forboteaux / France 3 Champagne-Ardenne
Ousmane Ouedraogo travaille le taffetas, le coton et le crêpe avec Maryam une de ses mannequins / © I. Forboteaux / France 3 Champagne-Ardenne
 

Le premier concours des jeunes créateurs francophones

Ousmane veut être cette passerelle entre les continents et les hommes. Lui à cette chance de pouvoir montrer ses créations au plus grand nombre. De passer les frontières. Il souhaite que d'autres, comme lui, puissent se réaliser. Avec François de Beaulieu, un ami, ils ont créé l'association Made in Francophonie. Une structure dont l'objectif est de faire connaître ces créateurs qui n'ont pas la chance de voyager.

Ce concours, celui des jeunes designers francophones va ainsi permettre à sept d'entre eux, cette année, de présenter leurs créations aux côté de celles d'Ousmane. Un événement que tous deux souhaitent annuel et pour lequel ils veulent faire de Reims la capitale de la mode ethnique, fière et solidaire ! Ousmane a appris des autres et veut encore grandir au milieu d'eux. "Pour moi, donner la chance aux autres c'est se donner une chance à soi d'abord. La mode n'est pas une concurrence mais un partage et une opportunité collective".
 

Un défilé made in francophonie

Le premier défilé de l'association Made in Francophonie aura lieu ce jeudi 26 septembre à 12h dans la cour d'honneur du Palais du Tau. L'Afrique sera à l'honneur. 7 créateurs du Bénin, de la Cote d'Ivoire, du Burkina et du Mali seront à l'honneur. Le parrain de l'édition 2019 : Pathé'O, un célèbre styliste africain, ouvrira le défilé. Une manifestation sous l'égide du ministère de la Culture et de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie.

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