Reims : des vidéos d'une soirée clandestine en plein confinement provoquent un tollé sur les réseaux sociaux

Ce week-end, des 12 et 13 décembre, les vidéos d'une soirée clandestine réunissant une centaine de personnes sans masque, au port Colbert à Reims, ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux. Ce mardi 15 écembre, la justice a été saisi, l'enquête est en cours. 

C'est dans ce bâtiment rue Colonel Charbonneaux à Reims que se sont tenues les soirées clandestines
C'est dans ce bâtiment rue Colonel Charbonneaux à Reims que se sont tenues les soirées clandestines © Charles-Henry Boudet/ France Télévisions

Quand ce DJ Marnais qui travaille pour de nombreux club Rémois, s'est connecté sur les réseaux sociaux ce dimanche 13 décembre après son petit- déjeuner, il a bien failli recracher sa tartine. "J'ai vu plein de vidéos qui montraient des gens sans masques en train de danser, certaines de ces vidéos ont été postées ou relayées par des connaisances que je me suis faites en soirée. Ils n'essaient même pas vraiment de se cacher, ils ont l'air plutôt fiers d'avoir participé à, ou organisé cette soirée. "

Sur une des vidéos qui semble prise derrière les platines par le DJ de cette soirée clandestine, on peut effectivement voir des centaines de personnes en train de danser, certaines sont même bras dessus, bras dessous. Aucun geste barrière n'est respecté, alors que le virus du Covid19 continue à circuler dans la Marne comme dans l'ensemble du pays. Même si cette soirée ne ressemble pas à celle de Marseille qui a rassemblé plus de 500 personnes, elle interroge. 

durée de la vidéo: 00 min 15
Fête clandestine à Reims le 12/12/2020

"Je suis hyper choqué, renchérit notre DJ Marnais qui a vu passer les vidéos. Je ne travaille plus depuis le premier confinement, je fais hyper attention, je respecte les règles. Je n'ai plus de revenus depuis des mois. Je connais bien le milieu de l'évenementiel à Reims. On est tous sonnés, consternés. C'est scandaleux qu'ils puissent se permettre cela pendant qu'on reste chez nous"

 

La soirée clandestine se serait tenue après un évenement culturel

Officiellement, le flyer promotionnel mentionne l'ouverture d'un "Showroom culturel" acccessible uniquement sur invitation et qui devait se tenir du vendredi 11 au dimanche 13 décembre, uniquement en journée.

Ce flyer faisait office d'invitation
Ce flyer faisait office d'invitation © Charles-Henry Boudet/ France Télévisions

La salle située rue du Colonel Charbonneaux à Reims, vers le Port Colbert, porte encore les stigmates de l'évènement. 

La soirée clandestine se serait tenue derrière les portes de ce hangar situé rue du Colonnel Charbonneaux à Reims.
La soirée clandestine se serait tenue derrière les portes de ce hangar situé rue du Colonnel Charbonneaux à Reims. © Charles-Henry Boudet/ France Télévisions

Sur place, devant la porte du hangar, nous avons pu constater que cette pièce correspondait trait pour trait (plafond, mobiliers...) à celle des différentes vidéos qui ont circulé ce week-end sur les résaux sociaux. Le sol souillé semble avoir été foulé par de nombreux participants.

Le showroom photographié ce lundi 14 décembre, 36 heures après la soirée clandestine, porte encore les stigmates de l’événement.
Le showroom photographié ce lundi 14 décembre, 36 heures après la soirée clandestine, porte encore les stigmates de l’événement. © Charles-Henry Boudet/ France Télévisions

 

 "L'organisateur nous a demandé si on voulait participer et l'aider à décorer son showroom", nous précise le directeur d'une galerie d'art à Reims, partenaire malgré lui de l'évènement clandestin, qui se sent trahi par l'organisateur. Il m'a dit qu'il comptait proposer des ventes privées pour exposer des marques et vendre des vêtements de luxe. Ce devait être uniquement sur invitation. Il avait loué une très grande salle, installé un bar. Il devait recevoir une trentaine de personnes et poster des vigiles à l'entrée pour filtrer. J'ai accepté de lui prêter une sculpture, car associer l'art et le luxe cela a du sens, mais jamais il ne m'a parlé de soirée ! Jamais !"  Nous lui apprenons que les clients ont finalement bu et dansé par centaines autour de sa sculpture. "Je n'ai pas pu participer à l'événement, j'avais d'autres obligations, visiblement j'ai bien fait", conclut le galeriste qui compte désormais récupérer l'oeuvre prêtée au plus vite

Mais le galeriste ne serait pas le seul à s'être fait berner. Sur la liste des entreprises partenaires, beaucoup de grands noms : Mercedes Benz, Fierr, le Stade de Reims, Harvey's, le Rolls Champenois, le Champagne Lejeune, les Pianos Barley, la Réjence, le Continental... Tous ceux que nous avons pu contacter prétendent avoir été floués. 

 

L'organisateur présumé dément tout en bloc

Joint par téléphone, le directeur de la boutique de luxe à Reims, que les vidéos et nos sources dénoncent comme étant l'organisateur, dément tout en bloc. "J'ai bien loué la salle pour organiser des ventes privées. Avec la crise sanitaire et les mois de fermeture, je voulais exposer les marques pour optimiser les ventes. On proposait des réductions de 30%. J'ai envoyé une vingtaine d'invitations valables pour 2 personnes. Les invités sont venus sur les trois jours. Sans invitation, il était impossible de rentrer. Je ne suis pas au courant de cette soirée, les vidéos qui ont circulé doivent être des photos-montage. J'ai quitté les lieux vers 19 heures car j'avais des clients qui venaient de Paris et qui voulaient voir Reims avant de rentrer. Ils restaient 5-6 personnes maximum autour du stand de glaces quand je suis parti. Cette fête n'a jamais eu lieu... "

 

Plusieurs sources confirment

Pourtant sur les réseaux sociaux Twitter, Instagram, Facebook, les vidéos circulent en boucle. Plusieurs sources nous ont confirmé avoir vu certains de leurs amis ou connaissances poster de courtes vidéos sur Snapchapt ou des Stories sur Instagram. Ces éléments sont censés disparaître des réseaux sociaux au bout de 24 heures et sont donc censés ne laisser aucune trace, mais quelques internautes,  scandalisés par la tenue de ces soirées, ont pensé à les enregistrer et à nous les envoyer. Ces soirées, (oui vous avez bien lu), car visiblement les soirées du 13 rue Colonel Charbonneaux, sont désormais bien connues sur les réseaux sociaux. Une participante nous a même indiqué qu'elles se tenaient depuis plusieurs week-end, les vendredis et samedis soirs, et qu'elles étaient initialement programmées tout le mois de décembre. Nul doute que les prochaines risquent d'être annulées.  

Sur les réseaux sociaux, certains interpellent directement le maire de Reims afin de comprendre comment ces soirées ont pu se tenir. 
 

 

Des autorités pas vraiment au courant

Du côté des autorités justement, c'est un peu silence radio. Ni la police nationale, ni la police municipale ne semblent avoir repéré que des centaines de personnes avaient pris pour habitude de se réunir rue du Colonel Charbonneaux. Xavier Albertini,  2e adjoint au maire de Reims, délégué à la sécurité, à la police municipale et à l'événementiel, a lui aussi pris connaissance des faits lors de notre appel. "J'ai vérifié auprès du CSU, le Centre de Supervision Urbain, une cellule ouverte 24h/24h qui scrute toutes les images des caméras de vidéos surveillance de la ville et répond lorqu'on appelle la police municipale. Ils n'ont reçu aucune alerte".

A notre niveau, on ne peut plus faire grand chose. Lorsque nous intervenons en temps réel sur un événement délictueux, nous pouvons verbaliser les participants et dresser des amendes de 135€. Mais à postériori, nous perdons tout pouvoir.

Xavier Albertini, adjoint à la sécurité à Reims

 

"Nous allons tout de même saisir le procureur de la République au titre de l'article 40 qui offre la possibilité aux élus d'informer la Justice de faits délictueux dont ils auraient connaissance. De plus, pousuit Xavier Albertini, en temps normal toute manifestation commerciale qui ne se tient pas dans un commerce doit faire l'objet d'une autorisation préalable. Dans ce cas, il semblerait qu'aucune démarche légale n'ait été effectuée. Si la soirée pose évidement problème, le fait même d'organiser des ventes privées ou tout autre évenement dans un espace qui n'est pas habituellement un commerce pose bien évidement un gros problème en temps de Covid." Ce mardi 15 décembre, le directeur de cabinet du Maire de Reims, nous confirme qu'Arnaud Robinet a le procureur de la République, Matthieu Bourrette. "Nous venons d'ouvrir une enquête pour mise en danger de la vie d'autrui et non respect des règles de confinement, nous précise le Procureur de la République, l'enquête va nous permettre de vérifier la réalité des faits car pour l'heure, nos seuls éléments sont des vidéos captées sur les réseaux sociaux, et d'identifier si les faits sont avérés le ou les organisateurs". 

De son côté, l'entreprise "Barrem Reims Prêt-à-porter" se désolidarise complètement dans un communiqué de presse qu'elle a publié ce lundi 14 décembre en fin d'après-midi. "Suite à la diffusion de vidéo et photos sur certains réseaux sociaux relayant un évènement s'étant déroulé les 12 on 13 décembre 2020 à Reims, nous avons pu prendre connaissance des débordements ayant eu lieu. Barrem Reims Prêt-à-Porter suspend dès aujourd'hui toute relation avec l'entité en charge de la création et de l'organisation de cet évènement", précise le communiqué.


"L'évènement ayant une visée de promotion des artisans et créateurs locaux, Barrem Reims Prêt-à-Porter a tenu à y participer, et de ce fait, à mettre à disposition une partie de sa collection dans ce showroom pour exposition et vente durant la journée. Durant aucune des discussions autour de ce partenariat n'a été évoqué la partie « festive" de cet évènement. L'organisation de ce type d'évènements secrets, illégaux, dangereux compte tenu de Ia situation actuelle est en contradiction totale avec les valeurs essentielles de Barrem Reims Prêt-à-porter"


En raison du caractère grave des actions menées durant le week-end passé, Barrem Reims Prêt-à-porter confirme donc l'arrêt total de toute collaboration avec la societé responsable et condamne "le comportement délétère de l'organisation"

 

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