Supporter de Bastia éborgné à Reims en 2016 : le policier accusé Christophe Mercier s'exprime à son tour devant les assises de la Marne

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Écrit par Matti Faye .

Le procès d'un policier de Reims accusé d'avoir éborgné un supporter de Bastia en 2016 se poursuit devant les assises de la Marne, ce jeudi 6 octobre. En ce troisième jour d'audience, après la victime Maxime Beux, l'accusé Christophe Mercier s'exprime à la barre.

Les assises de la Marne poursuivent ce jeudi 6 octobre l'examen de l'affaire qui oppose un supporter de Bastia et un policer de Reims. Maxime Beux, alors âgé de 22 ans, a perdu un œil lors d'affrontements avec la police dans le centre ville de Reims en février 2016.

Un policier de la brigade anticriminalité de Reims, Christophe Mercier, est accusé d'être à l'origine de la blessure du jeune homme. Le procès doit s'achever vendredi 7 octobre. La journée de ce jeudi doit notamment permettre d'entendre la victime et l'accusé.

19h00 : Après avoir écouté quelques extraits des enregistrements radio de la police le soir des faits, l'audience est suspendue. Elle reprendra vendredi 7 octobre à 9h.

18h50 : Alors que Christophe Mercier est toujours à la barre, il subit les questions de l'avocat général, Matthieu Bourrette. 

Concernant l'origine de la blessure du supporter, ce dernier lui demande notamment : "N'avez-vous pas essayé de vous convaincre et vos collègues que vous n'étiez pas responsable de ces faits et fabriqué dans votre esprit cette thèse ?"

"Pas du tout, rétorque l'accusé. Sinon je n’aurai parlé que du poteau dans mon premier acte. Je n’ai jamais caché avoir porté un coup de bâton télescopique à M. Beaux. Il n’y a pas de manipulation, rien."

Après quelques haussements de ton du côté de l'avocat général, son audition s'achève.

18h35 : Les avocats de Maxime Beux interrogent à leur tour l'accusé. Depuis 18h, Maître Benjamin Genuini revient longuement sur les quelques instants qui entourent le moment de la blessure de son client.

"Vous l'avez inventé cette histoire de poteau ?", tonne l'avocat. "Non je ne l’ai pas inventée. Je pense que sa tête a heurté un poteau", souffle l'accusé.

Le coup porté était-il "nécessaire et strictement proportionné", demande le conseil de la victime. "S’il y a un moyen intermédiaire dont je peux me servir, je m’en sers. Mais c’est sûr qu’avec le recul…" L'accusé laisse sa phrase en suspens. 

Maître François Fabiani, le deuxième avocat de Maxime Beux, prend à son tour la parole. Il multiplie les questions sur l'origine de la blessure de son client : "Est-ce que vous avez toujours aujourd’hui un fond de conviction que Maxime Beux se soit blessé à l’œil avec un poteau ?" "Non, l’expertise dit que c’est ma matraque télescopique", finit par répondre l'accusé, qui parle tout bas.

17h50 : L'audition de Christophe Mercier est toujours en cours. Depuis 16h15, elle se focalise sur la journée du 13 février 2016. Déjà, il affirme qu'aucun policier n'a répondu aux insultes entendues à l'entrée du stade. "Heureusement qu'on a l'habitude de ne pas réagir."

Vient ensuite le moment de retracer l'enchaînement des événements après le match dans le centre-ville. Le policier affirme avoir vu des individus jeter des projectiles - "des canettes, des briquets, des petites piles" - au niveau du passage du Commerce. Ensuite, face au McDonald's, il décrit : "Une personne me vise et envoie un fumigène en ma direction. Heureusement, il passe sous la voiture."

Les supporters et les membres des forces de l'ordre se déplacent ensuite en direction du cours Jean-Baptiste Langlet. C'est là qu'auront lieu les interpellations et que Maxime Beux sera blessé. Alors qu'il stoppe son véhicule dans la rue, il dit déployer sa matraque télescopique. "Je les somme de s'arrêter à je ne sais plus combien de reprises. Ils repartent en courant." Il poursuit : "Bâton déplié, je porte un coup à l'épaule de M. Beux dans le but de l'interpeller."

Interrogé par la présidente sur une possible évolution de sa version depuis 2016, il répond : "J'ai toujours dit que j'ai porté un coup de télescopique à l'épaule et qu'il a dû tomber sur un potelet [...] Si j’ai bon souvenir, je l’entends crier après. C’est pour ça que dans ma tête, c’était inconcevable."

Un peu plus tard, il persiste : "Je ne conçois pas à ce moment-là que c'est mon coup de matraque qui ait pu causer ça."

15h50 : L'audience reprend avec l'examen de la personnalité de l'accusé, Christophe Mercier, qui prend place à la barre de la cour d'assises. Lorsque la présidente évoque les enfants du policier, la gorge de Christophe Mercier se serre. "Il faut que je fasse le maximum pour être exemplaire", souffle-t-il.

Il n’a pas souhaité bénéficier de suivi psychologique après les faits. "C’est peut être un tort de se voir trop fort", reconnaît le policier qui parle tout bas. Aucun membre de sa famille n’est présent à l’audience, une demande délibérée de l’accusé, qui veut limiter autant que possible les conséquences sur ses proches.

Christophe Mercier explique ensuite avoir vécu "difficilement" son placement sous contrôle judiciaire. "Je sais bien qu’il y a la présomption d’innocence. Mais je me voyais présumé coupable plutôt que présumé innocent."

En réponse à une question de l'avocat général, il formule des excuses envers la victime, Maxime Beux. "Je sais que je ne réparerai rien. Je regrette ce qu’il s’est passé pour lui, je regrette que sa vie soit complètement bouleversée après cette soirée."

Il poursuit : "Je n'avais aucunement intention de faire quelque chose vis-à-vis de lui. Si je suis devenu policier c’est pour protéger, je ne suis pas boucher". "Je comprends que mes excuses ne valent rien parce que je n’y changerai rien malheureusement."

Peu après, l'audience est suspendue pour un quart d'heure. La cour évoquera ensuite les faits.

13h45 : Un expert psychologue témoigne à son tour devant la cour d'assises de la Marne. Il détaille le résultat de son travail autour de la personnalité de l'accusé, Christophe Mercier. "Je repère un état d'anxiété assez important qui s'accompagne d'une tonalité dépressive", explique notamment l'expert.

Il note également que le policier exprime de la compassion envers la victime. Un sentiment qui n'est pas toujours partagé, selon lui, par les personnes mises en examen dont il a réalisé l'expertise psychologique. L'audience est ensuite suspendue. Elle doit reprendre à 14h45.

13h15 : Le second avocat de Christophe Mercier, Maître Pascal Ammoura, questionne à son tour la victime, notamment sur le parcours emprunté dans le centre-ville de Reims juste avant son interpellation. "Pensez-vous avoir tourné la tête lorsque vous avez reçu le coup ?", demande ensuite l'avocat. "J’en ai aucune idée", indique Maxime Beux après un silence. Son interrogatoire s'arrête là. Le supporter retourne s'assoir entre ses deux conseils.

13h00 : Maître Nicolas Brazy, l'un des avocats de l'accusé, vient d'interroger Maxime Beux pendant près de quarante minutes. Il multiplie les questions mais la victime se défend vigoureusement. "Je réponds à toutes les questions. Je pourrais me dérober et ce n’est pas ce que je fais", affirme le supporter.

12h00 : L'audience est suspendue quelques minutes avant que la victime soit interrogée par les avocats du policier accusé. Depuis 10h30, il a successivement répondu aux demandes formulées par la présidente de la cour d'assises et par l'avocat général.

Interrogé par la présidente sur un possible tir de projectiles en direction des policiers, un fait qui déclenchera les interpellations, il assure que le petit groupe dans lequel il se trouvait n’en est pas à l’origine. Il en remet même en cause la réalité. "Les policiers voulaient se faire les Bastiais ce soir-là et ils ont eu besoin d’un prétexte", affirme-t-il.

Elle lui demande ensuite ce qu'il attend de ce procès. "C’est paradoxal. C'est l'aboutissement de six ans de procédure et de galères pour moi [...] J’attends qu’on me rende justice tout simplement. Je n'ai jamais perdu confiance dans la justice", affirme le jeune homme.

Le procureur de la République de Reims, qui endosse le rôle de l'avocat général pendant ce procès, questionne ensuite Maxime Beux : "Quel rapport à la vérité avez-vous ?" "Depuis ce soir là, j’ai l’impression de devoir la chercher et qu'elle n’est pas acquise", lui répond le supporter.

Il l'interroge ensuite sur la teneur des paroles adressées aux policiers devant le stade avant la rencontre. Est-il possible qu'il ait pu avoir des propos "dérangeants ou désagréables" à l'encontre des forces de l'ordre ? "Ce n’est pas exclu que j’ai eu des propos que je n’ai pas à dire. Je n’en ai pas le souvenir, mais c’est possible", dit-il.

10h30 : Maxime Beux, la victime, termine de livrer son témoignage à la barre de la cour d'assises, qu'il a commencé à 9h. En chemise blanche, avec un jean gris, il revient sur la journée lors de laquelle il finira par perdre un œil.

"Je ne me suis jamais ressenti comme étant un ultra", explique-t-il lors de sa déclaration spontanée. Il reconnaît avoir entendu des insultes adressées aux policiers présents devant le stade, mais assure que ceux-ci y ont également répondu.

À la sortie du match, il confirme avoir bien vu le bus avec lequel il avait rejoint Reims sur le parking du stade. "Je monte dedans et je me rends compte qu’il manque la moitié des personnes." Il prend donc la décision d'aller en centre-ville pour retrouver ses collègues, qui en ont pris la direction.

Une fois dans le centre de Reims, il réfute avoir donné un coup de pied à un des véhicules de police. "Je suis absolument catégorique là-dessus", insiste-t-il. Il raconte s'être senti comme traqué par les forces de l'ordre. "J'ai l'impression d’être à ce moment là un cafard ou un rat dans un salon. C'est un sentiment que j’ai encore en mémoire, le sentiment d’être chassé et de ne pas pouvoir m’en extirper."

"Il s'agit de courir pour sa vie à ce moment-là." Quelques instants après, il se voit être mis en joue par un flashball. Juste après, il ressent une douleur "absolument indescriptible". Il pousse alors un "cri d'effroi". "La première chose que j'ai dit c'est pourquoi vous avez fait ça", ajoute-t-il. "À la seconde où je mets mes mains à mon visage, je suis convaincu de la gravité des choses."

Il décrit ensuite son passage par les geôles du commissariat et la longue période qui s'écoule, selon lui, avant d'être transporté à l'hôpital. Il dit avoir dû simuler un malaise pour enfin faire réagir les policiers. Le jeune homme raconte son hospitalisation et son retour en Corse une semaine après les faits.

"Je m’excuse, c’est un peu long. Mais ça fait un peu office de thérapie pour moi de dire ce que j’ai sur le cœur", détaille-t-il. Il est ensuite interrogé par la présidente de la cour d'assises.

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