VIDEO. Le coup de gueule de Laurent, cycliste à Reims : "ras-le-bol des voitures garées sur les pistes cyclables"

Le phénomène est bien connu, mais les cyclistes toujours plus nombreux, en font les frais régulièrement. Les voitures garées sur les pistes cyclables sont un danger pour les adeptes du vélo. Laurent, 50 ans, cycliste à Reims, a failli en faire les frais, il raconte. 

Pris en étau entre un camion et une voiture, le cycliste a évité l'accident de justesse.
Pris en étau entre un camion et une voiture, le cycliste a évité l'accident de justesse. © Reims à vélo, Capture écran.

Sa vidéo est devenue virale. Elle suscite de très nombreuses réactions de colère sur Twitter. On y voit un cycliste en blouson jaune fluo, au guidon de son vélo, et la route devant lui au centre de Reims. Pris en étau entre un camion qui le double par la gauche et une voiture arrivant par la droite, alors qu'une autre voiture est garée sur une voie cyclable, juste devant un panneau signalant cette voie. Un coup de frein pour éviter le camion a sauvé la vie de ce cycliste. De quoi faire frémir les adeptes du vélo, toujours plus nombreux depuis les confinements et avec le retour du soleil. 

Laurent, 50 ans, l'auteur de cette vidéo, est un cycliste habitué des axes de la 12e ville de France. Mais ce lundi 26 avril, le jour de la rentrée des classes, après trois semaines de confinement et de vacances, il a aussi dû quitter la bande cyclable, à cause de six voitures garées sur la piste, juste devant la sortie d'une école, sur un axe très fréquenté du centre de la cité des sacres. Il lâche d'ailleurs un juron dans la vidéo, excédé par ce stationnement gênant et dangereux. 

La vidéo filmée au centre de Reims, boulevard de la Paix, aurait pu se transformer en dernière image de lui vivant. Il a eu juste le temps de freiner, une seconde de plus et il sortait de sa piste, le camion l'aurait inévitablement percuté par l'arrière. Son témoignage est pourtant celui d'un homme calme, mais amer. Il n'a voulu ni faire le buzz, ni attaquer en règle les automobilistes. Juste montrer son quotidien de cycliste amateur, un peu usant. Il parcourt 14 kilomètres pour se rendre au travail, soit près de 40 km par jour. 

"Côté sécurité, c’est aléatoire"

"C’est vraiment le quotidien. J’ai l’habitude de filmer mes parcours, je vais au travail à vélo, je me filme, surtout pour montrer des belles images. Là, c’était hier matin, [lundi 26 avril, ndlr] près du Boulevard de la paix à Reims. Juste avant, il y a des travaux, ça circulait sur une seule file, le camion devait être derrière moi, je roulais à 25 km/h, il m’a dépassé, mais le problème, c’est surtout la voiture garée sur une piste cyclable. Il y en a partout. Le soir, en rentrant du travail, j’ai extrait la vidéo chez moi, et c’était surtout pour montrer les voitures devant l’école. Je voulais montrer tout ça."

Des voitures se garent sur une piste cyclable, devant une école avec un arrêt pourtant interdit. Ils s’en moquent, oui ça me choque

Laurent, cycliste

"Pour le camion, je me suis dit que ça allait passer, mais en regardant la vidéo, ça m'a vraiment choqué". L’association Veloxygène lui a d'ailleurs demandé de diffuser la vidéo, il fait partie de l’association, et défend le vélo dans Reims, mais ne se dit pas spécialement militant de la cause. L'association, elle, met en garde. "Stationner sur une piste cyclable met les cyclistes en danger. Ici, le drame a été évité de justesse! Automobilistes, ne stationnez pas sur les pistes cyclables, s'il vous plait! Ne mettez pas en danger inutilement des vies juste pour gagner quelques minutes!"

 

"Les voitures qui se garent sur la bande cyclable, c’est quelque chose de très fréquent, reprend Laurent. Régulièrement on a ce problème. Cette fois, j'ai été surpris par les nombreuses réactions, d’autant que je vois souvent des choses incroyables. Des voitures se garent sur une piste cyclable, devant une école avec un arrêt pourtant interdit. Ils s’en moquent aussi, oui ça me choque". 

Le port du casque

"Beaucoup de cyclistes urbains publient ce genre de mésaventures sur Twitter, souvent dans des villes plus grandes. Sur Reims, c’est pourtant tranquille, les gens ne sont pas pressés. Les personnes qui ne respectent pas les voies cyclables ne se rendent pas compte. Avant je me disais qu'il fallait être fou pour rouler à vélo, aujourd'hui je suis prudent, j'ai un casque, même si ce n'est pas obligatoire. Cela fait réfléchir quand je vois des accidents comme cet enfant de 11 ans qui a fait une chute sans casque récemment."

"J’aimerais que la Ville aménage des pistes, mais il y a eu des avancées, avec les sas vélos. On a aussi des panneaux M12, pas très connus par les automobilistes. A un feu de circulation, il s'agit d'un panneau avec une flèche, ça donne le droit aux cyclistes de passer au feu rouge. Il y en a beaucoup. Certains l’ignorent. Les bandes cyclables, de la peinture au sol, c’est pas cher, on met un panneau, mais côté sécurité, c’est aléatoire. Dans certaines villes, c’est pire, ici à Reims, on n’a pas d’automobilistes pressés. Traverser Reims à vélo n’est pas un souci." Ce qui n'empêche pas la prudence. 

"Devant l’école Carteret par exemple, il devrait y avoir la police pour veiller au respect du stationnement. Les gens déposent leurs enfants, or ils sortent de leur véhicule, et ils restent longtemps. Dans certaines villes, les voitures sont interdites devant les écoles, il faut alors se débrouiller. Les cyclistes sont nombreux, tôt ou tard ça va vraiment poser problème. Je ne suis pas pour la sanction totale, mais seulement une attention."

"Garé comme une merde"

Un phénomène que certains cyclistes excédés ont baptisé #GCUM, sur les réseaux sociaux, Twitter en particulier. GCUM, signifiant "garé comme une merde". Un site Internet dédié existe, garecommeunemerde.fr, recensant toutes les photos postées sur Internet qui font allusion aux voitures garées sur les pistes cyclables. Les créateurs du site s'expliquent sur la genèse de cette initiative à l'échelle de la France. Ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère. 

"Garé comme une merde est né de l'imagination débordante de Revendic'Art. Le concept : soulager la souffrance psychologique vécue au quotidien par des milliers d'automobilistes frustrés. Ces résignés du volant obligés de monter au 10ème étage du parking parce que certains ont besoin de trois places pour être à l'aise. Ou encore ces pressés de la pédale qui doivent s'engouffrer derrière une ambulance pour être libérés des ventouseurs de la voie de gauche. C'est pour eux et pour vous que ce sticker est devenu une véritable thérapie, un exutoire de la souffrance, la petite pilule bleue de la conduite".  Le site distribue par ailleurs des autocollants à installer sur les pare-brises des automobilistes gênants. 

L'appli GCUM en vidéo

A Reims, un autre sujet inquiète Laurent, les livreurs à vélo. "Ils devraient faire attention, ils ont pas de casque, même si ce n’est pas obligatoire, mais ils ne respectent pas non plus le code de la route. Je comprends, ils sont payés à la course et donc plus ils vont vite, plus ils sont récompensés. D’ailleurs, ils utilisent davantage le scooter. (Une enquête de nos confrères de Franceinfo développe ce sujet). Le problème c'est qu'ils sont dangereux pour eux et après avec ces comportements, on dit les cyclistes ne respectent rien. Ce qui m’énerve aussi, c'est lorsque je double des voitures sur une ligne blanche, certains automobilistes ne comprennent pas. Mais j’ai le droit, car c'est pour rejoindre le sas vélo. On a le droit de dépasser pour aller sur ce sas."

Sur les routes en 2020, 60.000 cyclistes ont été pris en charge aux urgences.  Et 174 cyclistes ont été tués, selon les statistiques de la Sécurité routière. Les mois de juillet de septembre sont les deux mois les plus meurtriers de ces dix dernières années. Par ailleurs, seulement 20% des cyclistes portent un casque. Dans 8 cas sur 10, l'accident se produit en agglomération et dans 6 cas sur 10, il s'agit d'une collision avec une voiture. 

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