Le 24 février 2022, Vladimir Poutine attaque l'Ukraine et lance en même temps un exil massif de la population de ce pays. Des Ukrainiens arrivent, par la Pologne, en France. A Reims, la mobilisation s'organise. Huit bus partent aux frontières pour ramener des femmes et des enfants la plupart du temps. Près de deux ans plus tard, beaucoup sont toujours là avec à leurs côtés des associations solidaires.

Elles attendent dans le petit couloir qui mène à la salle de distribution alimentaire. Que des femmes et pour cause. Beaucoup sont arrivées d'Ukraine sans leurs hommes partis au front. Seules ou avec leurs enfants ou leurs parents âgés, elles tentent de rester la tête hors de l'eau. Mentalement la vie est difficile. La guerre en Ukraine n'a connu aucun répit depuis près de deux ans. Elles non plus.

Certaines personnes ont retrouvé une vie ici à Reims, se sont adaptées, et ont l’intention de rester. Pour d'autres, leurs familles sont en Ukraine et elles sont inquiètes pour eux.

Majda, présidente de l'association Deux mains c'est maintenant

Au bout du couloir, les bénévoles de l'association Deux mains c'est maintenant, finissent d'installer l'aide alimentaire récupérée il y a quelques heures. Des produits frais et d'autres denrées données par quelques industriels parce que les palettes sont abîmées et donc invendables. Les bénévoles sont prêts, les portes s'ouvrent. Parmi la douzaine de femmes présentes, Victoria. Elle est arrivée seule en France. Sa santé ne lui permettait pas de travailler en Ukraine. C'est la même chose en France. Alors ces lundis à l'association lui permettent de discuter du pays. "Nous parlons des enfants, des maris et de comment cela se passe à la maison". Très vite les larmes coulent sur ses joues. L'émotion est trop forte et les nouvelles du pays ne sont pas bonnes. La barrière de la langue nous empêche de comprendre vraiment la situation de Victoria. Son mari et ses enfants sont sans doute dans le chaos de la guerre. Sa maison est totalement détruite, Victoria nous montre la photo dans son téléphone. Comme pour nous prouver qu'elle a de bonnes raisons d'être en France.

Reconnaissants

Créée en février 2016, l'association Deux mains c'est maintenant, vient en aide aux plus démunis quels qu'ils soient. Besoins alimentaires et d'hygiène, accompagnement médical et administratif, besoins vestimentaires et aide à l'aménagement. Leurs locaux rue Sébastopol accueillent tous les dons matériels et financiers. Des locaux prêtés par Benoit Migneaux, promoteur immobilier, bien connu pour venir en aide aux nécessiteux. L'association Parrains Ukraine Reims, c'est lui. Lui aussi qui a envoyé des bus à la frontière polonaise pour ramener des familles ukrainiennes. Il était présent, ce lundi, dans les locaux de l'association. Un salut aux bénévoles et aux familles ukrainiennes et ainsi conforter son soutien.

En France, tout va bien, tout nous convient mais je veux quand même rentrer chez moi, auprès de ma famille, auprès de mon mari. Je veux la paix.

Valentina, ressortissante ukrainienne réfugiée en France

Majda, la présidente de l'association précise que la situation de ces familles est vraiment différente. "Certaines personnes ont retrouvé une vie ici à Reims, elles se sont adaptées, et ont l’intention de rester. Pour d'autres, leurs familles sont en Ukraine et elles sont inquiètes pour eux. Le local et l’association sont un pied à terre pour ces personnes. Elles se rencontrent, discutent. On leur laisse un bon moment pour venir récupérer la nourriture, des vêtements. La plupart n’a pas de travail. Il y a beaucoup de personnes âgées. Pour elles, c'est compliqué. Elles ont besoin d’aide logistique et morale".

"La France est très accueillante, reprend Victoria. Je suis allée à l'hôtel, maintenant j'ai un logement, des vêtements. Je suis extrêmement redevable". Sa compatriote Valentina ressent la même chose. Sa casquette en laine laisse dépasser ses longs cheveux longs blonds. Son rose aux lèvres et ses yeux bleus pétillants laissent penser qu'elle a trouvé un certain équilibre, ici, à Reims. "Nous sommes heureux de recevoir de l'aide chaque lundi. Merci à tous les organisateurs." Elle n'est pas seule à Reims. "Nous sommes ici avec notre fille et deux garçons. Je veux rentrer chez moi. En France, tout va bien, tout nous convient mais je veux quand même rentrer chez moi, auprès de ma famille, auprès de mon mari. Je veux la paix, qu’il n’y ait qu’une seule paix et que tout le monde soit amis, que tout le monde soit en paix. L’essentiel étant qu’il n’y ait de guerre nulle part".

Investis

Alexandre donne un coup de main à l'association. Un juste retour. Il fait partie de ces hommes à être parti de son pays. "Je suis arrivé en France lorsque la guerre a éclaté dans notre pays. Mon fils joue au football, professionnellement, depuis 9 ans. J’ai dû partir avec lui pour qu’il poursuive sa carrière de footballeur. Je suis très reconnaissant à l’association dirigée par Majda. Elle se soucie de nous, Ukrainiens, nous soutient avec divers événements. Elle ne laisse personne seul et je suis aussi très reconnaissant envers l’État français pour la façon dont il nous aide, nous, les Ukrainiens, socialement et il ne laisse personne en difficulté. J’essaye par tous les moyens d’aider l’association. Je demande à tous les Ukrainiens de se rassembler en une seule unité afin qu’ils puissent, à travers notre association, transmettre les problèmes. La langue française est une barrière et elle n’est pas facile à surmonter. Je suis ici dans l’association pour les aider. De diverses manières. J’ai aussi ouvert une microentreprise ici pour importer de l’huile de tournesol d’Ukraine. Une manière de continuer à aider l’Ukaine à faire face à la situation".

24 février 2022, 24 février 2024. Voilà deux ans que la population ukrainienne subit la fureur des hommes. Réfugiée en France, une partie de cette population n’éprouve qu'une envie, c'est de repartir. Revoir les leurs, leur patrie, leur pays. Leur exil n'a que trop duré.

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