Un atelier d'écriture à la Maison d'Arrêt de Reims donne naissance à "L'oeilleton"

C’était une première à la Maison d’Arrêt de Reims. En avril 2023, durant trois semaines, un atelier d’écriture a permis des échanges épistolaires entre huit détenus et des correspondants anonymes. Un recueil de ces textes est publié. C’est « L’œilleton ».

Le projet a été pensé au mois de janvier dernier par Agathe Cebe et Angèle Caucanas, fondatrices de la maison d’édition Fulbert First" et le SPIP, le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation.

En ligne de mire : la réinsertion citoyenne des détenus.

La Maison d’Arrêt de Reims héberge 167 détenus, des hommes qui peuvent au sein de l’établissement pratiquer une activité physique, participer à des ateliers comme la cuisine par exemple.

Proposer un atelier d’écriture, c’était nouveau. L’idée a plu aux détenus. Vingt-cinq d’entre eux se sont portés candidats. La CPU, commission pluridisciplinaire unique, en a retenu huit. Pendant trois semaines, ils se sont donc retrouvés en salle d’activité pour deux séances de trois heures.

Pour donner vie à ce projet, des lettres d’auteurs volontaires anonymes, adressées à la maison d’édition Fulbert First ont été présentées aux participants à l’atelier. Répondre à ces courriers, c’était l’enjeu.

C’est Agathe Cebe qui s’est rendue à la Maison d’Arrêt pour intervenir dans cet atelier. "J’ai été très bien reçue", dit-elle. "Les détenus étaient très contents de voir quelqu’un de l’extérieur venir proposer des choses différentes".

Beaucoup de choses à exprimer

Avant de répondre à une lettre, il fallait "la comprendre, la questionner. Cela a donné lieu à beaucoup d’échanges. On a plus parlé qu’écrit", raconte Agathe Cebe. "Certains ont répondu à deux lettres. Quelques courriers ont été rédigés en cellule. D'autres avaient besoin que je sois à leurs côtés". Enfin, l'atelier d'écriture comptait des illettrés dont les textes ont été dictés à l’intervenante.

De cette expérience, Agathe Cebe est ressortie très touchée. "Ces adultes en situation de privation de liberté avaient très envie d’en parler, d’évoquer leur souffrance, leur colère, leur repentance parfois. J’ai pris une grande claque d’humanisme après cette intervention", confie-t-elle. "L’un des détenus pleurait en écrivant, il devait recopier ses brouillons. Il avait besoin de vider son sac".

Ces lettres ont été présentées au juge chargé des dossiers de ces détenus, pour validation. Il ne fallait pas que les textes comportent des propos diffamants, trop politiques ou religieux, et qu’il n’y soit pas question d’une affaire personnelle.

J’ai pris une grande claque d’humanisme après cette intervention.

Agathe Cebe, cofondatrice de la maison d'édition Fulbert First.

Les lettres ont été rassemblées dans un recueil illustré par Angèle Caucanas, cofondatrice de Fulbert First. Il a pour titre "L’œilleton". C’est le premier tome d’une série de trois petits livres. D’autres vont suivre car deux autres sessions ont été organisées à la Maison d’Arrêt de Reims.

Les bénéfices provenant de la publication de "L’œilleton" iront à l’ASSOR, une association qui accueille des personnes en grande difficulté. C’est le choix des détenus. Pour les deux prochains tomes, les bénéfices seront versés aux Restos du Cœur et à l’association Marion la main tendue, qui prévient et lutte contre le harcèlement scolaire.

L’expérience de cet atelier d’écriture n’est pas tout à fait terminée. En 2024, Agathe Cebe souhaite que les trois tomes, dont deux à venir, soient transformés en podcast, en libre écoute sur toutes les plateformes. Il faudra d’ici là enregistrer les voix des détenus.

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