Marne : Un abattage d'arbres crée la polémique à Montmirail

L'abattage de plus de 70 arbres décidé par la municipalité crée la polémique à Montmirail (Marne). Habitants et défenseurs de la nature expriment leur émotion tandis que le maire défend son projet.
 

Les arbres ont été abattus sur décision de la municipalité.
Les arbres ont été abattus sur décision de la municipalité. © Grégoire Schott / France 3 Champagne-Ardenne
Des rangées de branches couchées, des troncs d'arbres coupés... La physionomie de celle que l'on appelle historiquement la «4e avenue de Montmirail» a bien changé depuis le passage des engins de déboisement la semaine du 20 juillet 2020.

Au total, entre 70 et 80 arbres ont été abattus dans cette allée peu fréquentée située à la sortie de la commune marnaise. On trouvait à cet endroit des chênes, frênes et de nombreux tilleuls, certains datant du XVIIe siècle, époque durant laquelle ces terres étaient la propriété du châtelain de Montmirail. Quelques arbres sont encore debout mais les tronçonneuses sont maintenant à l'arrêt. La polémique née de cet abattage a en effet contraint la municipalité à interrompre les travaux.
 

Des conséquences pour la faune

Sur place ce mercredi 29 juillet, des habitants et représentants d'associations de défense de la nature nous invitent à constater les faits. Bernard Defrémont, 83 ans, fait part de son émotion. «C'est un désastre pour tous ceux qui se baladent ici, confie-t-il. On ne peut pas abattre des arbres comme cela sans motif, ces arbres font partie de la ville de Montmirail. Les anciens ont toujours vu des arbres ici.»

Un peu plus loin, un bénévole de l'association WWF nous montre des photos d'une huppe fasciée, un oiseau qui selon lui nichait dans ces arbres. «Vous aviez là des arbres abritant des chauves-souris, huppes fasciées, pics des bois, uniquement des espèces vulnérables, explique Philippe Bausmeyer. Ces oiseaux ne reviendront pas, ils ne peuvent plus habiter ici. Le dommage est irréparable». L'homme regrette que les défenseurs de la nature ne soient pas davantage écoutés lors de ce type d'opération.
 

Que va-t-on trouver ici maintenant ? Des arbres en plastique ?

Bernard Defrémont, habitant de Montmirail

 

La municipalité défend son projet de nouvelles promenades

Avant d'engager ce chantier, la municipalité a pourtant commandé une expertise auprès de l'Office national des forêts. Dans son rapport établi en 2019, l'organisme a bien reconnu la valeur écologique des arbres abattus. Mais l'équipe municipale a surtout retenu un autre aspect : la sécurité. «Cette 4e avenue comme les autres a énormément souffert de la tempête de 1999, rappelle Etienne Dhuicq, maire (DVD) de Montmirail, réélu pour un deuxième mandat dès le 1er tour en mars 2020. Il y a avait un risque de chute d'arbres ou de branches, notamment en cas de nouveau sinistre. On ne pouvait pas prendre ce risque». Plan de Montmirail du XIXe siècle à l'appui, Etienne Dhuicq défend son projet. «Mon prédécesseur (NDLR : Bernard Doucet, maire de 2001 à 2014) s'était battu avec les services de la ville pour acheter ces terres à l'abandon afin de restaurer les avenues telles qu'elles existaient il y a deux cents ans. Notre objectif est de poursuivre ce travail et de replanter de nouveaux arbres afin d'offrir aux habitants des promenades pour faire un footing ou bien profiter de la nature, ce qui n'était plus possible jusqu'à présent».
 
La 4ème avenue de Montmirail avant l'abattage des arbres.
La 4ème avenue de Montmirail avant l'abattage des arbres. © Charles-Henry Boudet / France 3 Champagne-Ardenne

Pourtant, le rapport de l'ONF préconisait plutôt une réduction, c'est-à-dire un élagage, et non un abattage de ces arbres. Et recommandait d'effectuer les travaux entre septembre et décembre afin de préserver les espèces, en général absentes durant l'automne. «Impossible, se justifie Etienne Dhuicq. En Brie champenoise où nous nous trouvons, les terres sont très humides, surtout à l'automne. Le but était de profiter de la saison estivale et d'intervenir par temps sec afin de ne pas bouleverser le terrain et la flore».
 

Un manque de concertation

Une décision regrettable pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO) qui a dépêché une salariée sur place pour établir un état des lieux des espèces présentes. «Il est dommage d'avoir effectué cette opération radicale sur de vieux arbres, interpelle Etienne Clément, le président de l'association dans le Grand Est. Avec leur grande taille et leurs nombreuses anfractuosités, ces arbres anciens abritent une faune importante». Au regard du rapport de l'ONF, Il n'y avait pas d'urgence à intervenir aussi rapidement selon Etienne Clément qui insiste sur l'importance de la concertation. «Nous ne souhaitons pas jeter la pierre aux maires qui doivent assumer leurs responsabilités en matière de sécurité. Mais aujourd'hui, les citoyens se saisissent fréquemment de ces questions écologiques, il y a une sensibilité forte sur ces sujets. Les élus doivent rester vigilants et ne doivent pas hésiter à nous solliciter, nous pouvons les accompagner lors de leurs travaux afin de trouver des solutions alternatives pour limiter les impacts sur la nature».
 
En attendant, quelques arbres sont encore présents et le chantier de la 4ème avenue se trouve au point mort dans l'attente d'une décision de la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL), autorité compétente en la matière. Celle-ci doit notamment s'appuyer sur un rapport du Conservatoire des espaces naturels. Elle nous a fait parvenir sa position dans un communiqué. «La DREAL a été informée de ces travaux par des associations de protection de la nature. D'après les éléments fournis par ces associations et la commune, les arbres concernés sont susceptibles d'abriter des oiseaux et des chauves-souris d'espèces protégées. Il a donc été demandé à la commune de suspendre les travaux le temps de réaliser un diagnostic écologique des arbres non encore abattus. En cas de présence d'oiseaux nicheurs ou de chauves-souris dans ces arbres, des précautions particulières devront être prises pour la reprise du chantier, et la mise en œuvre de mesures compensatoires à cette destruction d'habitat pourra être exigée».
 
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