Académie Nancy-Metz : quel intérêt pour une reprise si tardive dans les collèges et les lycées ?

Depuis ce mardi 2 juin 2020, collégiens et lycéens peuvent retourner en classe. Une reprise très progressive pour les établissements de l'académie Nancy-Metz fermés depuis le 16 mars. Question : quel intérêt à seulement cinq semaines des vacances d’été ?
Reprise des cours mardi 2 juin au lycée Loritz de Nancy.
Reprise des cours mardi 2 juin au lycée Loritz de Nancy. © Olivier Pallez

Une reprise à cinq semaines des vacances d'été, est-ce bien utile ? Cette question, beaucoup d'élèves et de parents se la posent alors qu'une partie des collégiens et lycéens reprennent le chemin de leurs établissements cette semaine. Une reprise très progressive qui ne débutera véritablement que jeudi 4 juin, le temps pour les enseignants et les chefs d'établissements de se mettre en ordre de bataille.

A Nancy, le lycée Loritz fait exception en la matière. La pré-rentrée s'est faite en visioconférence la semaine dernière et les élèves ont ainsi pu reprendre la classe dès ce mardi 2 juin.

Au total, ils sont 350 sur 2.050 à revenir en classe. Côté emploi du temps : cours trois jours sur quatre dans des classes n'excédant pas dix élèves et les enseignants viendront par demi-journée pour pouvoir continuer l'école à distance. Avec le protocole sanitaire, les séances de cours seront réduites à 1h30 plutôt que deux heures.
 

Il faut que les élèves reprennent leurs habitudes et il fallait que nous nous confrontions à la mise en oeuvre du protocole sanitaire
- Olivier Pallez, proviseur à Nancy


Pour le proviseur de l'établissement, l'intérêt de cette reprise est évident : "Cinq semaines de classe, ça n'est pas rien. C'est vrai que c'est une répétition générale pour la rentrée de septembre mais pour les élèves qui ne seront pas revenus, cela fera six mois sans école, c'est énorme. Il faut que les élèves reprennent leurs habitudes et il fallait que nous nous confrontions à la mise en oeuvre du protocole sanitaire mais c'est vrai que c'était vraiment la dernière limite pour reprendre, nous aurions préféré le 11 mai ", explique Olivier Pallez.

En ce qui concerne le protocole sanitaire mis en place pour le ministère de l'éducation nationale, le lycée a justement réalisé une vidéo explicative :
 

 On ne va pas rattraper le temps du confinement
- Bruno Henry, secrétaire général académique SNES-FSU

Donner du sens

Du côté des enseignants du second degré, on retrouve, comme pour la reprise dans le premier degré, la peur et l'envie d'y retourner. "Il faut donner du sens et du temps à cette reprise" nous explique Bruno Henry, secrétaire général académique SNES-FSU. "On ne peut pas passer du rien au tout, il faut qu'elle soit progressive même si nous sommes proches, c'est vrai, des vacances scolaires estivales. C'est très compliqué pour les professeurs qui ont dû faire face à une situation inédite avec l'enseignement à distance pendant le confinement. Cette fois, avec la reprise, il va falloir mixer le présentiel et le distanciel".

Le représentant syndical veut croire en l'intérêt de cette reprise même à minima avec un intérêt pédagogique forcément limité. "Reprendre contact avec les élèves, c'est essentiel" insiste t-il. "Faire le point avec eux sur ce qu'ils ont retenu de l'enseignement à distance, parler d'orientation, réfléchir à ce qu'on peut faire avec eux pour ces quelques jours, prendre le temps de la discussion, c'est important. Nous pourrons aussi tester le protocole sanitaire avant la rentrée. Après, c'est sûr que d'un établissement à l'autre, l'organisation de travail est très différente. Par endroit, les élèves n'auront au total que quelques jours de classe. On ne va pas rattraper le temps du confinement mais je sais que les enseignants feront de leur mieux" affirme Bruno Henry qui est également professeur d'histoire-géographie en lycée : "On va devoir inventer une autre façon de faire la classe."

Et les décrocheurs ?

Les "décrocheurs" seront-ils au rendez-vous, c'est l'autre question qui se pose puisque cette réouverture a été pensé en priorité pour les élèves en difficulté. En ce qui concerne l'élémentaire, on sait déjà que cela n'a pas été le cas dans l'académie Nancy-Metz. Bruno Henry comprend l'idée du volontariat pour les familles mais il aurait néanmoins préféré que cette reprise s'applique à tous dans un souci d'équité : "tous les élèves ont besoin de reprendre le chemin de l'école, on est gênés de devoir choisir ceux à qui ont doit donner la priorité".

L'absence de visibilité 

Conseil pédagogique au collège Louise Michel d'Etain en présence du recteur de l'académie Nancy-Metz.
Conseil pédagogique au collège Louise Michel d'Etain en présence du recteur de l'académie Nancy-Metz. © Lodoïs Gravel

Contacté ce mardi, le rectorat n'était pas en mesure de nous dire pour l'instant si tous les établissements de l'académie Nancy-Metz, 411 au total, allaient rouvrir et quel serait le pourcentage d'élèves présents sur les 185.697 élèves public et privé réunis. Une difficulté qui s'expliquerait par l'annonce tardive de la réouverture des collèges et lycées par le premier ministre, jeudi 28 mai, à la veille d'un week-end prolongé.

Toujours est-il qu'il y a peu de visibilité sur qui fait quoi, chaque établissement s'organisant à sa manière. Présent ce matin au collège Louise Michel d'Etain en Meuse pour le conseil pédagogique, le recteur d'académie Jean-Marc Huart a expliqué le protocole sanitaire aux enseignants présents en donnant des précisions notamment sur le port du masque qui devait être porter le plus possible par les professeurs. Dans cet établissement de 420 élèves, les 6e reprendront mercredi 3 juin et les 4e, 3e le 5 juin. 56% des élèves seront présents avec parmi eux, une partie des élèves décrocheurs.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
éducation société