Assassinat de la Croix-de-Bourgogne à Nancy : des auditions, pas de réponses, juste des "je n'ai rien à voir avec ça"

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Écrit par Yves Quemener
Dix accusés sont jugés par la cour d’assises de Nancy pour l’assassinat de Khaled Arbouze, 34 ans.
Dix accusés sont jugés par la cour d’assises de Nancy pour l’assassinat de Khaled Arbouze, 34 ans. © Yves Quéméner, France télévisions

Des témoins qui ne parlent pas ou alors avec des "peut-être". Des auditions de présumés complices et qui répondent toujours "je n'ai rien à voir avec ça". Finalement, pas grand chose. Khaled Arbouze a été assassiné en avril 2016, en plein centre ville de Nancy. On ne sait toujours pas par qui. 

Une altercation avec des jeunes de Laxou serait à l’origine du meurtre de Kalhed Arbouze au mois d'avril 2016. Un très violent règlement d'un banal conflit. Depuis deux semaines, ils sont dix dans le box des accusés. Les témoins parlent pour dire qu'ils ne savent rien. Des accusés qui "n'ont rien à voir avec ça". Et depuis cinq ans, une famille attend de connaître la vérité. Quelques mots avant de rentrer dans la salle, "je survole et j'écoute. C'est la journée des témoins et des accusés. C'est une journée importante, j'ai hâte de voir et de les entendre", dit Julie, la femme de Khaled Arbouze.

Le mystère du Berlingo

Mendossa Mendy habite la banlieue parisienne. Lui, il est poursuivi pour "association de malfaiteur". Il a reconnu avoir acheté le Berlingo blanc ayant servi à abattre Khaled Arbouze. "Je l'ai payé 2.000 euros". C'est donc lui qui a acheté le véhicule ayant servi lors de l’assassinat. L'accusé, un noir d'une trentaine d'années est impeccablement habillé. Normalement à la barre tout va bien se passer, il a même été briefé par son avocat, quelques minutes avant de début de l'audience. En 2016, à l'origine, il est à Laxou uniquement pour le trafic, comme un bon petit soldat de la drogue. "Je rends service à mon ami Cédric". Un "petit" délinquant dans les radars de la police judiciaire qui a déjà fait de la prison. 

Il est auditionné aujourd'hui, car dans les locaux de la police judiciaire à Nanterre, en 2017, pendant l'interrogatoire, il aurait bien dit aux policiers "c'est pour Momo que j'ai acheté la voiture". Et ainsi, le questionnaire de la présidente de la cour d'assises, devant les neuf avocats et les jurés, commence plutôt bien mais ensuite, petit à petit, la machine déraille. 

Aucune assurance dans la voix. "Parlez dans le micro !". Son avocat parisien est assis sur sa chaise, un peu plus loin, dans la salle, au premier rang. Il gigote d'une jambe sur l'autre.  

- Qui vous a donné l'argent ? Qui vous a demandé d'acheter la voiture ? demande la présidente.

Alors Mendosa réplique : "Encore une fois, c'est compliqué de vous répondre". Il commence toutes ses phrases par "encore une fois".

- Alors encore une fois, je ne peux pas répondre. 

Puis la présidente d’audience, s’impatiente un peu quand même.

- Vous ne pouvez pas ou vous n'avez pas envie ?

- Encore une fois, je n'ai pas envie. Ce n'est pas avec moi que vous saurez la vérité.

- Vous avez la trouille ? Vous avez été menacé ?

- Laissez tomber Madame.

- Vous avez peur qu'on dise "le Mendo il a boucave" ?

Au fil des questions, les réponses sont des plus confuses. 

Vous êtes clair comme du jus de chique

Catherine Hologne, présidente de la cour d'assises

L'assassinat de Khaled Arbouze est une affaire, à la fois simple et très complexe. Elle avait semé le trouble en avril 2016. Une enquête longue, des traces d'ADN dans la voiture, les fadettes, l’examen des mobiles, la liste des appels, les sms. Une enquête de deux ans et la loi du silence. Sans tireur présumé, et c'est tout le problème. Le rôle de Mendoza se limite à l'achat d'une voiture.

- Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que l'on ressent lorsqu'on sait que la voiture que l'on a acheté a servi à un meurtre.

- Oui, si si j'imagine bien, répond la présidente. Allez, allez-y, je vous écoute... 

- Je me suis fais rouler.

Plus tôt dans l'après-midi, il est interrogé par Pascal Bernard, avocat du père de Khaled Arbouze, "vous êtes un bon pigeon peut-être dans l'histoire ?"

- Vous êtes quand même un menteur. C'est Monsieur Mohamed (dans le box des accusés, poursuivi pour complicité d'assassinat) qui vous a donné l'argent ?

- Oui, oui c'est lui. J'ai acheté une camionnette blanche et encore une fois je ne savais pas qu'elle servirait pour un meurtre. 

- Enfin non... c'est pas lui. 

- Alors je ne comprend plus rien s'emporte Catherine Hologne. C'est lui comme vous l'avez déclaré aux enquêteurs, ou ce n'est pas lui ? 

- Encore une fois, laissez tomber Madame. 

Au fond de la salle, un colosse aux allures de Teddy Riner, surveille tout. Il écoute tout. C'est le garde du corps de Mendosa.

L’intime conviction

Puis ensuite cette journée tant attendue se termine avec les audiences de Cédric Thiessen et de Mohamed Adjal. Ils sont déjà en détention dans une autre affaire. Aujourd'hui, ils sont poursuivis pour "association de malfaiteur" et "complicité d'assassinat". Des interrogatoires de fond, avec pas grand chose, juste des "je n'ai rien à voir avec ça".

Dans le box, ils sont neuf. Encadré par l'extraction judiciaire et des policiers. Les jurés doivent examiner une affaire particulièrement obscure, "un meurtre sans assassin", dont le verdict sera rendu vendredi 19 février 2021.  

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