Collège Chepfer à Nancy : "je me suis mise à la place de Samuel Paty"

Intense émotion ce lundi matin 02 novembre au collège Chepfer de Villers-lès-Nancy au moment de rendre hommage à Samuel Paty, ce professeur assassiné le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine.
L'hommage à Samuel Paty ce matin dans la cour du collège George Chepfer de Nancy
L'hommage à Samuel Paty ce matin dans la cour du collège George Chepfer de Nancy © Olivier Bouillon - France Télévisions
11 heures ce lundi 02 novembre 2020 dans la cour du collège George Chepfer de Villers-lès-Nancy : le silence est prégnant, lourd malgré une cour remplie par les 320 élèves du collège, tous masqués en cette rentrée, alors qu’une professeur d’histoire-géographie prend la parole pour rendre hommage à son collègue assassiné, des larmes dans la voix.
Samuel Paty est mort parce qu'il a voulu apprendre à ses élèves à excercer leur esprit critique, explique l'enseignante du collège Chefper de Nancy
Samuel Paty est mort parce qu'il a voulu apprendre à ses élèves à excercer leur esprit critique, explique l'enseignante du collège Chefper de Nancy © Mackly Ford-Cenor - France télévisions

"Samuel Paty voyait dans ses élèves les citoyens et citoyennes de demain, à qui il faut donner des clés pour comprendre le monde et agir en adultes instruits, donc libres. Il est mort parce qu'il a voulu, inlassablement, apprendre à ses élèves à exercer leur esprit critique dans le respect mutuel et la tolérance" déclare la professeur d’histoire géographie avant de fondre en larme.

La directrice de l’établissement prendra la relève pour lire la lettre de Jaurès aux enseignants.
Lecture de la lettre de Jaurès aux enseignants par Sandrine Massompierre, directrice du collège Chefper à Nancy
Lecture de la lettre de Jaurès aux enseignants par Sandrine Massompierre, directrice du collège Chefper à Nancy © Olivier Bouillon - France télévisions
Pas un bruit dans l’assemblée : le recueillement est total. Nous tendons notre micro à plusieurs élèves en classe de 3e quant à cet attentat terroriste sur un professeur d’histoire-géographie.
 

Ce qu'il a fait, c'était normal au nom de la liberté d'expression. Qu'on l'ait assassiné pour ça, c'est nul.

Lola en classe de 3ème

 

Il n’avait rien demandé, et moi, ça m’a touché parce que cela aurait pu arriver à un des mes professeurs 

 Juliette en classe de 3ème

Des professeurs sous le choc 

Comme Stéphanie Fendrich, professeur documentaliste, extrêmement choquée depuis cet acte barbare. 
"Je me suis mise à sa place d’une certaine manière puisque moi aussi, j’enseigne l’éducation aux médias et à l’information. Mon but est de développer l’autonomie et l’esprit critique et justement, dans quelques jours, on devait faire venir un dessinateur de presse, donc je me suis mise à la place de Samuel Paty. Quel choc ! Comment une chose pareille est-elle possible ?" s’interroge Stéphanie Fendrich.

Une récréation plus longue pour préparer l’hommage

Un hommage peu préparé. Initialement la rentrée devait s’effectuer à 10h, pour permettre aux enseignants de se retrouver, d’échanger et de se préparer à cet hommage avant que le ministère de l’Eduction Nationale ne se rétracte arguant de la sécurité des élèves, tant sur le plan terroriste que sanitaire.

J’ai rencontré le corps enseignant durant la récréation sur un temps un peu plus long que prévu

Sandrine Massompierre, directrice du collège George Chepfer


"Très vite, dans la semaine, nous aurons des temps de parole où je pourrai voir l’ensemble des enseignants qui pourront s’exprimer plus longuement autour de toutes ces difficultés. Mais nous avons malheureusement ce contexte terroriste et il était important que l’on mette nos élèves en protection, il a donc été décidé que la rentrée soit à 8 heures" précise la directrice de l’établissement.
Sur place, le recteur de l’académie de Nancy-Metz, Jean-Marc Huart précise que la formation aux valeurs de la république sera renforcée,

On avait prévu de faire un grand séminaire avant le confinement. On va voir quelle forme, il va prendre

Jean-Marc Huart, Recteur de l’académie de Nancy-Metz

Insuffisant pour le syndicat d’enseignant, le SNES FSU.

"Il aurait fallu faire ce qu’il se fait aujourd’hui à Conflans-sainte-Honorine c’est à die de différer la rentrée d’un jour, de faire rentrer les élèves mardi et le lundi, de consacrer la journée d’une part, à l’hommage de Samuel Paty et d’autre part, à un travail de mise en place de ce protocole sanitaire renforcé" s’insurge Gérard Thomas, secrétaire SNES-FSU en Meuse.

En cette matinée d’hommage, si intense, la mise en place du nouveau protocole sanitaire dans les établissements passait quasi à la trappe. Tant l’émotion était omniprésente.
 
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