Confinement et 1er mai : la ruée sur le muguet, les fleuristes dévalisés et beaucoup de larmes de joie

"En deux heures, tout est parti !" Seuls autorisés à vendre du muguet lors de ce 1er mai 2020, les fleuristes de l'agglomération de Nancy n'ont pu satisfaire à la demande. Les stocks, limités, ont été vidés en boutique ou sur commande en un temps record. Les clients ont montré beaucoup d'émotions.

À 11h, les derniers bouquets de Benjamin Bourrier, gérant de Fleurs et Tendances à Vandoeuvre-lès-Nancy.
À 11h, les derniers bouquets de Benjamin Bourrier, gérant de Fleurs et Tendances à Vandoeuvre-lès-Nancy. © JF didier FTV
Une véritable razzia pour un 1er mai historique et inédit du côté des fleuristes.
Les ventes au coin des rues par les particuliers ou ventes "à la sauvette" ont été interdites par le gouvernement pour cause de confinement. En ce 1er mai 2020, les fleuristes professionnels et horticulteurs autorisés ont -un peu- profité de l'occasion pour renflouer leur trésorerie et apporter un peu de bonheur aux confinés.

Vente éclair

En deux heures de temps, tout le stock de brins de muguet de la boutique "Fleurs et Tendances" de Vandoeuvre-lès-Nancy a été vendu.

C'est du jamais vu ! En vente ou en livraison, nous n'avons jamais vendu autant et aussi vite !
- Benjamin Bourrier, fleuriste, gérant de "Fleurs et Tendances"

L'un des derniers brins de muguet vendu par Benjamin Bourrier
L'un des derniers brins de muguet vendu par Benjamin Bourrier © JF Didier FTV

25% des fleuristes ouverts

En France, un quart des fleuristes étaient ouverts ce 1er mai 2020. Sur le secteur de Nancy, cinq magasins proposaient du muguet. Tous ont été pris d'assaut. Fournis par Benjamin Bourrier, certains supermarchés de quartier avaient également proposé les brins porte-bonheur à leurs clients :

 Nos 120 bouquets étaient tous partis à 10h30 dans un supermarché du centre-ville, place de la Commanderie.
- Benjamin Bourrier, fleuriste

Grosse tournée, effet "père Noël"

Depuis deux jours, les commandes se sont multipliées -par deux ou trois par rapport aux années passées- pour Benjamin et son employée Charlotte qui reste en boutique, au contact -à plus d'un mètre cinquante bien sûr- des clients. Benjamin s'est chargé des livraisons dans le"grand grand" Nancy, là aussi des records ont été battus :

Plus de trois cent kilomètres pour la journée du 30 avril, c'est énorme !
- Benjamin Bourrier

Le marathon des livraisons depuis trois jours.
Le marathon des livraisons depuis trois jours. © JF Didier FTV

De plus, le fleuriste de Vandoeuvre a noté que les gens souhaitent un peu plus qu'une livraison classique, genre repas à domicile : "les clients veulent tous parler, échanger des nouvelles, quelques mots, toujours très sympas. Ce qui est le plus touchant, c'est l'émotion qu'un brin de muguet ou un bouquet peuvent provoquer. Je me suis senti plusieurs fois comme le père Noël avec les enfants !"

J'ai rarement vu autant de gens pleurer de joie !
- Benjamin Bourrier

"Nous livrons chez des personnes seules, pas forcément âgées, et très sensibles. Les fleurs vous savez, c'est un relationnel très spécial qui suscite les émotions, sur nos messageries, nous croulons sous les remerciements et les mots gentils."

Les remerciements des clients.
Les remerciements des clients. © Document remis

Lors de ma visite à la boutique de fleurs, les clients sont passés par grappe et les téléphones n'ont pas cessé de sonner.
À regret, Charlotte et Benjamin ont dû refuser l'accès du magasin aux clients et décliner les commandes spontanées à distance. Ce 1er mai 2020, "Fleurs et Tendances" aura écoulé plus de 1.000 brins de muguet et assuré la livraison à domicile de plus de 100 bouquets ou compositions en deux jours. Ces bons chiffres ne compensent en rien l'impact de la fermeture durant plus d'un mois, mais permet à l'activité commerciale de se maintenir à flot.

Même razzia pour Maud à Messein

Maud Laurent tient seule son "Échoppe Végétale" à Messein (Meurthe-et-Moselle) à 12 kilomètres au sud de Nancy.
Avec un système de vente type "drive" depuis deux semaines elle s'en sort comme elle peut. Mais pour ce 1er mai inédit, même son de clochettes pour la jeune fleuriste : une ruée sur le muguet et les "compositions spéciales 1er mai". Avec une commande -qu'elle qualifie de prudente, moins de 300 brins- Maud a voulu privilégier la qualité.
A distance réglementaire. Maud Laurent avant sa livraison à Neuves-Maisons (54)
A distance réglementaire. Maud Laurent avant sa livraison à Neuves-Maisons (54) © JF Didier FTV

J'ai voulu le top du muguet, j'ai commandé du premier choix à Nantes, et je le vends 1€60 le brin. Qualité extra pour un prix juste.
- Maud Laurent, fleuriste, "Échoppe Végétale" à Messein.

Colette, ravie par le cadeau de ses enfants.
Colette, ravie par le cadeau de ses enfants. © JF Didier FTV

"Le contexte est très difficile depuis deux mois, mon apprenti est en chômage partiel, je n'ai pas les moyens d'embaucher même si je le voulais pour cette période du 1er mai. Avec le confinement, l'aide familiale habituelle apportée par mes parents est devenue impossible."
Lors de sa livraison sous une pluie battante à Neuves-Maisons, Maud a échangé aussi quelques mots très sympas avec Colette.
Le pot de muguet a été déposé sur le seuil de la porte et la destinataire a saisi avec émotion le cadeau envoyé par ses enfants. Un grand brin de soleil dans les yeux.
 

Ruée dans la Meuse aussi
Lodoïs Gravel et Frédéric Madiai, journalistes à France 3 dans la Meuse en témoignent :
"Nous avons trouvé un seul commerce ouvert à Verdun. Tout est fermé à Bar-le-Duc. Aurore, fleuriste depuis plus de 20 ans, a vendu 500 brins en un rien de temps. A 8h ce matin, il n’y avait plus rien Ses fournisseurs n’ont pas pu anticiper avec les incertitudes sur les ouvertures et la valse hésitation du gouvernement sur l’ouverture des commerces comme le sien. Mais ce n’est pas grave, les clients ont bien joué le jeu et ce sont rattrapés sur des fleurs pour le 1er mai. C’est une sorte de reprise pour elle, car son commerce était fermé depuis la mi-mars."
La fleuriste meusienne espère qu’elle va pouvoir reprendre dans de bonnes conditions car elle a deux salariés.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus : envie d'évasion santé société économie tradition culture
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter