Covid-19 : pour les profs d'EPS "interdire le sport en intérieur à cette saison, c'est interdire l'activité physique"

Les cours d’EPS en intérieur sont suspendus à partir du lundi 18 janvier sur décision du premier ministre. Une annonce incompréhensible pour les professeurs d'EPS de l'académie Nancy-Metz qui s'inquiètent du bien-être de leurs élèves et de l'avenir même de leur profession.

 

Les cours de sport en intérieur sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.
Les cours de sport en intérieur sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. © MaxPP (Jean-François Frey)

L’arrivée de la neige augure de belles batailles dans les cours d’école mais il n’est pas encore prévu d’en faire une discipline sportive. Que faire alors avec les élèves privés de gymnase en plein hiver. En première ligne, les professeurs d’EPS ne décolèrent pas. "C’est l’incompréhension totale, on est scotchés, on nous interdit tout", nous confie ce vendredi 15 janvier Marie-Annick Richard, co-secrétaire du SNEP-FSU de l'académie Nancy-Metz, le syndicat national de l’éducation physique. "Le 4 janvier, lors d’une réunion, le recteur d’académie nous affirmait que le protocole sanitaire dans les établissements scolaires était efficace et que l’on ne dénombrait que 0,2% de contamination pour les élèves comme pour les professeurs. "Tout va bien" nous a dit Jean-Marc Huart. Imaginez notre stupéfaction à l’annonce du premier ministre hier soir ! Il n’a eu aucune concertation y compris au niveau national", se désole la syndicaliste.

Dés hier soir, le SNEP-FSU affirmait son désaccord avec cette nouvelle mesure dans un communiqué :

 

 

Pour le syndicat, pas de sport en intérieur en plein hiver dans l'est de la France alors que la neige a fait son apparition et que les températures passent en dessous de zéro, équivaut à pas de sport du tout : "On va se retrouver à faire de la théorie dans des salles de classe et à passer des films. Ne faut-il pas mieux des séances de sport adaptées dans des gymnases, plutôt que de s'entasser même masqués dans des plus petites salles", se défend Marie-Annick Richard.

Les alternatives

Depuis ce matin, les 1.268 professeurs d'EPS de l'académie cherchent des solutions pour continuer à enseigner à des élèves qui ont un besoin vital de se dépenser après deux confinements et une suspension de leurs activités extra-scolaire. Les cours théoriques apparaissent certes comme une alternative mais cela ne répond pas à ce besoin des élèves.

Les cours de sport c'est leur soupape, interdire le sport en intérieur à cette saison, dans la réalité c'est interdire l'activité physique des élèves

Marie-Annick Richard, SNEP-FSU

Aux cotés des cours d'anatomie, d'analyse de jeux, de règles d'arbitrage et d'histoire du sport, certains évoquent des sorties dans la nature à proximité. Mais quid des élèves en ville et des équipements adaptés en plein hiver. Sans compter que dans ce cas, on sort du cadre de l'éducation physique à proprement parler.

Cette directrice d'école de l'agglomération nancéienne ne dit pas autre chose : "on va mettre en place plus de jeux collectifs dans la cour, mais cela risque de ressembler à de la récréation plus qu'à des cours de sports structurés. Les élèves n'auront plus piscine malgré un protocole très strict, ils n'ont déjà plus de sortie, ça va devenir compliqué pour les enfants qui pour certains pratiquent d'habitude entre l'école et les loisirs plusieurs heures de sport par semaine."

L'enseignante rappelle que le ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports promeut trente minutes d'activités par jour hors cours de sport.

Pour travailler en toute sécurité, le SNEP-FSU propose des cours en demi groupe. C'est déjà le cas dans certains lycéens où les demi-groupes sont mis en place depuis le second confinement. Une solution pour éviter les contacts et la proximité. Les professeurs d'EPS rappellent également qu'ils ont déjà largement adapté leurs pratiques. Par exemple lors d'un cours de tennis de table, les élèves sont à distance, et l'élève qui arbitre garde le masque.

"Il faut nous faire confiance pour organiser des cours en accord avec le protocole " rappelle Marie-Annick Richard.

Les inquiétudes pour l'avenir

La question de la pratique de l'EPS en milieu scolaire est posée.

"Il y a une attaque en règle de notre profession pour que cette activité soit faite en dehors de l'école", affirme la co-secretaire du SNEP-FSU de l'académie Nancy-Metz. Au coeur de ces inquiétudes, le dispositif 2S2C : Sport-Santé-Culture-Civisme, présenté au printemps. Un complément au sport dispensé pendant le temps scolaire qui a mis le feu aux poudres avec des intervenants autres que les professeurs, des éducateurs sportifs de clubs par exemple.

"Les professeurs de sport se sentent menacés, ils ont peur que leur discipline ne soit pas considérée comme prioritaire et que leur statut soit remis en question" nous explique François Wey, secrétaire départemental FSU 54.

Un enseignement adapté

Joint cet après-midi, le recteur de l'académie veut rassurer les professeurs : "Oui l'EPS est un enseignement fondamental. Aujourd'hui nous devons encadrer de façon plus strict les cours mais le travail des professeurs n'est pas remis en cause. L'objectif c'est bien de préserver la continuité de l'école" explique Jean-Marc Huart.

Le recteur va envoyer des recommandations aux chefs d'établissement, parmi elles: une alternance entre des cours théoriques et des cours en extérieur dans la mesure du possible. Et puis l'hybridation, en cours au lycée, avec une alternance distanciel/présidentiel va être étendue au collège, un accompagnement à distance pour l'EPS aussi pourra être proposé.

Jean-Marc Huart précise que l'objectif est bien de garder les écoles ouvertes et que la France est le pays où le plus de cours ont été préservé à ce jour.

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