Déconfinement : relâchement des comportements, le préfet de Meurthe-et-Moselle dénonce une prudence à géométrie variable

Ce mercredi 10 juin, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est exprimé devant la presse pour pointer du doigt un relâchement des gestes barrière et autre mesures de distanciation sociale. Une prudence à ''géométrie variable'' qui risque de poser un vrai problème sanitaire, selon lui.
© Lodoïs Gravel. France 3 Lorraine

Les chiffres ne sont pas bons. A Nancy ce mercredi 10 juin 2020, Eric Freysselinard, préfet de Meurthe-et-Moselle, et Éliane Piquet, déléguée territoriale de l’agence régionale de santé (ARS) Grand-Est, ont fait le point de la situation sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19 en Meurthe-et-Moselle.

Au cours de cette conférence de presse,  le préfet est revenu sur l’apparition de nouveaux cas dans le département et sur un indicateur-clé qui n'est franchement pas bon, en l'occurrence le taux d'incidence. Rappelons  que parmi les outils de mesure et de surveillance de l'épidémie le taux d'incidence indique le nombre de nouveaux cas de Covid-19 par semaine pour 100 000 habitants. A l'échelle nationale ce taux est actuellement de 4,32 alors qu'il a dépassé les 20 en Meurthe-et-Moselle. Comprenez 20 nouveaux cas de Covid-19 pour 100.000 habitants.

Nombreux nouveaux cas de covid-19 

Parmi les départements voisins, seule la Meuse voit sa courbe repartir également à la hausse quand tous les autres (Moselle, Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin) voient leurs taux d'incidence baisser. ''Il est vrai que ces départements ont connu des situations bien plus critiques et qu'il n'est pas illogiques que leur taux continue de baisser'', souligne Eric Freysselinard.

La situation même si elle est sous contrôle inquiète les autorités et l'ARS car les cas se sont multipliés cette dernière semaine. "Entre le 15 mai et le 9 juin (26 jours), nous avons enregistré 321 patients positifs à la Covid-19 mais depuis 4/5 jours nous enregistrons 20 cas par jour, voire plus, c'est beaucoup", a indiqué la déléguée territoriale de l’ARS Grand-Est. 321 fiches de patients positifs, appelés ''cas zéro'' ont été enregistrées en 26 jours et 1.267 personnes contacts ont été appelées, traitées le cas échéant et suivies. Avec une recrudescence des cas depuis quelques jours.

Relâchement des comportements

Comment s'explique cette reprise du taux d'incidence depuis une semaine? Il faut d'abord mettre en avant que beaucoup plus de tests ont été réalisés dans la population, notamment grâce au bus ambulant. Il est par conséquent normal de ''ramener'' plus de cas. Il faut savoir qu'actuellement la Meurthe-et-Moselle est un département où il y a beaucoup de tests effectués: 514 tests pour  100 000 habitants.

Le bus affrété pour le dépistage du Covid-19 à Nancy, vendredi 05 juin 2020.
Le bus affrété pour le dépistage du Covid-19 à Nancy, vendredi 05 juin 2020. © Mayeul Aldebert. France Télévisions

Mais l'augmentation du nombre de tests n'explique malheureusement pas tout. En effet les enquêtes réalisées à chaque fois qu'un cas est diagnostiqué ont mis en évidence un relâchement des comportements. En effet des clusters et des cas isolés sont survenus ces derniers jours dans des lycées, des écoles, des crèches et d'autres collectivités comme des hôpitaux ou encore des Ehpad. Dans le département, l'ARS et les services de l'Etat surveillent notamment huit Ehpad, cinq établissements hospitaliers, un lycée, une école, deux crèches. Ce sont des établissements qui ont eu des cas avérés de Covid-19.

Lycée Poincaré de Nancy lundi 8 juin. Les grilles du lycée resterons fermées au moins pour une semaine.
Lycée Poincaré de Nancy lundi 8 juin. Les grilles du lycée resterons fermées au moins pour une semaine. © Yves Quéméner. France Télévisions

"Tout est sous contrôle, et lorsqu'il y a lieu, nous procédons à la fermeture de l'établissement, c'est le cas pour le lycée Poincaré", a précisé le préfet Freysselinard.

Moments de partage contaminants

Dernière collectivité touchée, la cité judiciaire de Nancy qui a dû réduire drastiquement ses activités, après un puis trois cas avérés. Serait-ce le début d'une deuxième vague? Non, répond Éliane Piquet, déléguée territoriale de l’ARS Grand-Est, qui souligne qu'à chaque cas avéré une enquête poussée a lieu pour isoler les cas avérés, c'est-à-dire les patients zéro, ainsi que leur entourage. Ces enquêtes montrent qu'il y a des comportements qui traduisent une relâchement des mesures barrières et des simples gestes de prudence. Et notamment au niveau des moments dits ''privés'' c'est-à-dire lorsque l'on relâche son attention, par exemple en pause, à la machine à café.

Un exemple? Celui de la commune de Ceintrey est très parlant. Dans ce village, une école a été fermée après deux cas avérés de Covid-19 chez des enfants. Trois autres cas ont été diagnostiqués dans le quartier autour de l'école. ''Dans ce quartier, l'enquête et le traçage ont montré qu'il y avait eu récemment des petites fêtes de voisins, des réunions entre amis, des goûters'' explique le préfet. Et c'est précisément lors de ces moments de partage et d'échanges festifs que les gens se contaminent. Même constatation dans les Ehpad, actuellement sur les radars de l'ARS, où il apparaît que si les gestes barrière et les mesures sanitaires sont scrupuleusement respectés, c'est bien lors des pauses ou en dehors des établissements que des personnels se sont contaminés.

Ne pas baisser la garde

Pour tenter d'infléchir la courbe et de corriger ces mauvais chiffres le préfet rappelle aux citoyens de ne pas baisser la garde et de conserver leur vigilance en particulier dans tous les moments privés du quotidien. Eric Freysselinard envisage également de renforcer les contrôles de police dans les bars, cafés, restaurants et dans les grandes surfaces commerciales pour vérifier que le port du masque et les mesures sanitaires sont bien respectées. Comme c'est le cas à Nancy depuis aujourd'hui et pour les prochains jours. "Il faut bien comprendre qu'il y a actuellement un problème dans la continuité des gestes barrière et de la prudence. Il ne sert à rien d’avoir ces gestes 50% du temps'', martèle le préfet.

Concernant des manifestations comme la fête de la musique, le préfet dit attendre les consignes nationales, tout comme ses homologues de la région Grand Est. Mais le représentant de l'Etat estime que toute manifestation autorisée est ''gérable'', et que ce sont bien toutes les autres manifestations qui échappent aux radars qui peuvent éventuellement poser un problème, même s'il s'agit d'une fête des voisins par exemple. "On va assurer tout ce qui est organisé, mais pour tout ce qui est désorganisé et pour les initiatives personnelles il faut être très prudent", a indiqué le préfet de Meurthe-et-Moselle

Précisons que si la situation, et c'est le côté positif, est bien sous contrôle -chaque cas zéro ainsi que toutes les personnes contact étant pour l'instant identifiés, traités et tracés- la  piqure de rappel s'avère néanmoins nécessaire dans ce département pour éviter le scénario catastrophe d'un reconfinement.

 

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