Dissolution de l'Assemblée nationale : la surprise du chef signée Emmanuel Macron, "une stratégie pour provoquer un électrochoc"

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A l'issue des élections européennes, dont le Rassemblement national est sorti grand vainqueur avec 31,47% des voix, le président de la République a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées les dimanches 30 juin et 7 juillet 2024. Une décision qui a pris de court tout le monde y compris les observateurs patentés de la vie politique.

Suite à la large victoire du Rassemblement nationale, le président de la République a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale dimanche 9 juin et de provoquer des élections législatives anticipées qui se dérouleront les dimanches 30 juin et 7 juillet 2024. Un coup de tonnerre que la plupart des observateurs de la vie politique n'avaient pas vu venir.

Ça a pris de court un peu tout le monde. La surprise a été totale,

Etienne Criqui, politologue

Pour Etienne Criqui politologue et professeur de sciences politiques à l’université de Lorraine : "Certes, nous ne sommes pas dans la tête du président de la République, mais beaucoup de très proches, jusqu'à 19 heures ne s'attendaient pas du tout à une dissolution immédiate de l'Assemblée nationale. Ça a pris de court un peu tout le monde. La surprise a été totale, d'autant plus qu'il avait laissé entendre, il y a quelques jours à peine, qu'il ne s'agissait pas d'élections nationales, que cela correspondait à des enjeux européens." 

De son côté, François Laval, politologue et directeur de Sciences-Po Nancy, s'interrogeait sur le plateau de France 3 Lorraine, dans l'édition de la mi-journée ce lundi, sur les motivations du président de la République. "Pourquoi cette décision ? Lui seul le sait. C'est vraiment typique d'Emmanuel Macron, il est disruptif. On avait juste affaire à des élections européennes. Normalement, il y a dissolution quand il y a crise institutionnelle. Il n'y a pas eu de motion de censure qui a été votée, pas de rejet du budget. C'est une stratégie pour provoquer un électrochoc et essayer de retourner la situation."

Quant à Jérôme Pozzi, politologue et chercheur en histoire contemporaine à l’université de Lorraine, c'est la lourdeur de la défaite qui a contraint Emmanuel Macron à agir : "Je pense que ce qui l'a poussé à intervenir si rapidement, c'est l'écart de score entre la liste RN et la liste Renaissance. C'est vraiment une claque électorale. Emmanuel Macron a décidé d'accélérer le calendrier. Il y a eu un effet de surprise car le secret avait été bien gardé."

Décision tactique ?

Depuis dimanche soir, tous les commentateurs se demandent si la dissolution de l'Assemblée nationale prononcée par le président de la République est un cadeau empoisonné fait au Rassemblement national. "Emmanuel Macron sait très bien que ça ne peut pas continuer comme ça pendant trois ans à coups de 49-3, de majorité introuvable", argumente Jérôme Pozzi. "Donc avec la dissolution, c'est une façon de reprendre la main à court terme. Et puis à plus long terme, l'objectif d'Emmanuel Macron, c'est d'éviter Marine Le Pen à l'Élysée en 2027. Laisser le Rassemblement national gouverner avec Jordan Bardella à Matignon et voir ce qui se passe. Je pense qu'Emmanuel Macron joue le coup d'après, c'est-à-dire 2027 où il n'y a pas de leader désigné."

Et François Laval d'ajouter à ce sujet : "La terreur, la frayeur d'Emmanuel Macron, c'est en 2027 de devoir remettre les clés de l'Élysée à Marine le Pen." 

Un scénario purement tactique auquel Etienne Criqui ne semble pas adhérer : "Je n'y crois pas trop. Bardella à Matignon et un gouvernement Rassemblement national qui s'épuiserait dans la gouvernance, c'est tout de même une stratégie risquée. L'élection présidentielle est dans 3 ans, ce n'est pas pareil que si on était à un an de la présidentielle. Certes, les résultats ne seront peut-être pas à la hauteur des espérances mais le RN aura beau jeu de dire que c'est un gouvernement de cohabitation, que le président de la République leur a mis des bâtons dans les roues."

Le RN sur sa lancée aux législatives ?

Les législatives anticipées des dimanches 30 juin et 7 juillet qui se profilent à l'horizon avec un calendrier très resserré devraient avantager le Rassemblement national qui profite d'une belle dynamique. "D'un point de vue électoral, cela paraît très compliqué pour le camp présidentiel, pour qu'il y ait un changement du rapport de force politique", explique Jérôme Pozzi. "Aujourd'hui, les droites nationales représentent 40% et en trois semaines cela paraît difficile d'inverser la tendance avec une campagne si courte."

Un avis partagé par Etienne Criqui : "Cela me semble difficile pour les macronistes. Il faudra que les Républicains acceptent une sorte d'alliance. Est-ce que ça peut changer dans les jours qui viennent  ?"

François Laval insiste pour sa part sur l'effet amplificateur des élections législatives qui suivent un autre scrutin. "Quand il y a une grosse tendance nationale, lors des élections législatives, on va vers cette tendance nationale. Et donc du coup, on va élire des députés qu'on ne connaît pas simplement parce qu'ils sont du Rassemblement national ou macronistes."

Une chose est certaine, cette dissolution annoncée dimanche 9 juin ouvre une belle séquence aux observateurs de la vie politique car les semaines qui viennent s'annoncent passionnantes sur un plan politique.

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