INEDIT. Le mystère de la lettre chiffrée de Charles Quint, écrite en 1547, enfin levé grâce à une équipe de scientifiques

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Écrit par Malika Boudiba .

C'est une découverte inédite et un témoignage exceptionnel de la situation en Europe au XVIe siècle. Après près de cinq siècles de mystère et plusieurs mois d’enquête, une équipe de chercheurs en informatique et en Histoire de Nancy et d'Amiens vient de lever le voile sur les mystères qui entouraient une lettre chiffrée de Charles Quint datant de 1547.

En 1547, Charles Quint, empereur du Saint-Empire, écrit à son ambassadeur en France, Jean de Saint-Mauris. Que lui écrit-il ? Mystère ! La lettre, conservée à la bibliothèque municipale de Nancy, est codée et a gardé ses secrets jusqu'à il y a peu.

Après cinq siècles de mystères et plusieurs mois d’enquête et d’analyse, à Nancy, une équipe de chercheurs de l'Université de Lorraine, LORIA/INRIA, du CNRS et de l'Université de Picardie Jules-Verne (CHSSC) a levé le mystère. C'est une découverte inédite et un témoignage exceptionnel de la situation en Europe au XVIe siècle.

Conservée à la Bibliothèque Stanislas de Nancy, cette missive comporte trois pages de symboles, entrecoupées de trois courts passages en clair. Il était déjà primordial à l’époque de pouvoir communiquer sans que les opposants puissent déchiffrer les messages. Si vous souhaitez décrypter à votre tour cette mystérieuse lettre, vous la trouverez plus bas après les explications.

Un document précieux

"Pour les historiens, c’est un document précieux", nous confie Camille Desenclos, maîtresse de conférences en Histoire moderne à l'Université de Picardie et spécialiste de l'Histoire de la cryptographie (XVIe et XVIIe). "C’est une lettre assez importante parce qu'elle se situe à un moment charnière de l'Histoire européenne. L’Europe est en paix après plusieurs années de guerre. Mais, en sous-main, on se prépare à la guerre, notamment la France, qui soutient les rebelles contre Charles Quint.

Ce dernier se méfie de la France. C'est ce que révèle cette lettre. On y décèle toute la méfiance de Charles Quint. On y lit les préparatifs et tout le travail diplomatique d'information et de négociations menés entre la France et le Saint-Empire, alors qu'officiellement, ils sont en paix. Ils ne se font pas confiance et cherchent à se nuire. La lettre relate le fait que François Ier soutient les rebelles de la "ligue de Smalkalde", à tel point qu'il soupçonne l'un de ses chefs militaires de vouloir essayer de l'assassiner."

On a trouvé un système de cryptage très évolué pour l'époque, le 16e siècle, et pas évident à casser

Paul Zimmermann, directeur de recherche INRIA au LORIA (CNRS, INRIA, Université de Lorraine)

L’équipe de l’Université de Lorraine, des laboratoires LORIA/INRIA (CNRS) composée de trois chercheurs s’est penchée sur cette lettre, d’abord par défi puis sérieusement à partir de février 2022 :  "On a trouvé un système de cryptage très évolué pour l'époque, le 16e siècle, et pas évident à casser", nous explique Paul Zimmermann, directeur de recherche INRIA au LORIA (CNRS, INRIA, Université de Lorraine). "Il nous fallait un contexte historique. Camille Desenclos a pu nous le donner. 

Le document conservé à la Bibliothèque de Nancy est une lettre isolée, qui appartient à une correspondance beaucoup plus importante. C’est ce que découvre Camille Desenclos : "Il y en a des centaines. Je n’ai pas encore réussi à toutes les identifier. Il s’agit de lettres qui ont été envoyées par Charles Quint à son ambassadeur Jean de Saint-Mauris . Une partie de ces lettres se trouve à la Bibliothèque municipale de Besançon. Il s'avère que ces lettres, même si elles sont un peu antérieures, utilisent la même clé de chiffrement que la dépêche qui est conservée à Nancy. Elles présentent l'avantage d'avoir déjà été déchiffrées. "

Le mystère de la date

Camille Desenclos permet aussi d’identifier avec certitude la véritable date de cette lettre : "Le système de datation au 16e siècle n'est pas le même qu'aujourd'hui. À notre époque, l'année commence le 1er janvier. Au 16e siècle, l'année commençait à Pâques. En déchiffrant le document, il était fait référence à la mort d'un roi, celle d'Henri VIII (roi d'Angleterre). On sait qu’il est mort en 1547 et non pas en 1546. C'est ce qui nous a permis de confirmer que le système de datation commençait bien à Pâques. Il fallait donc considérer, la lettre comme ayant été écrite en 1547 et non pas en 1546."

Une véritable enquête

Pour Camille Desenclos, comme pour les scientifiques du LORIA /INRIA (Cécile Pierrot, Pierrick Gaudry et Paul Zimmermann), c’est un minutieux travail d’enquête qui a permis de lever le mystère. 

Les scientifiques ont  réussi à déterminer, par exemple, que les petits traits situés au-dessus ou en dessous d’un symbole servaient à coder des voyelles.

Désormais, cette lettre n’a plus de mystère. Elle a révélé sa part d’Histoire qui intéresse beaucoup les historiens. Au LORIA/INRIA, une autre lettre est entre les mains des scientifiques. Là aussi, le mystère est entier, mais pour combien de temps.

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