Le chardon de Lorraine, source d'inspiration pour l'Art Nouveau et l'École de Nancy (2/12)

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Gueffier
Le chardon, symbole de la Lorraine a nécessairement inspiré les artistes de l'École de Nancy
Le chardon, symbole de la Lorraine a nécessairement inspiré les artistes de l'École de Nancy © Florence Houvet/FTV

C'est un mouvement artistique qui ne dura qu'une trentaine d'années, à partir de 1884. L'arrivée de la  Première Guerre Mondiale y mit un terme. L'École de Nancy, courant de l'Art Nouveau, fédère des artistes et petits industriels autour d'un thème qui les inspire, la nature. Découvrons le chardon.

Nous poursuivons notre tour du jardin de l'École de Nancy. Après le gui, découvert en janvier, passons au chardon. "Qui s'y frotte, s'y pique" ! La devise de la Lorraine date, le saviez-vous, de l'époque de René II, le duc de Lorraine? Elle fait référence aux épines du chardon, importé alors de la région d'Angers. Aujourd'hui, elle reste la devise de l'ASNL, le club de football de Nancy Et le chardon est également présent sur le blason de la ville de Nancy.

Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas suivi, rappelons que Nancy a bruissé sous le talent des artisans et des industriels qui œuvraient à la toute fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle. Menuisiers, ébénistes, architectes, verriers, ferronniers, vitraillistes s'enrichissent les uns les autres de leurs savoir-faire pour créer un mouvement artistique inédit : l'École de Nancy, courant foisonnant de l'Art Nouveau.

Une grande vitalité caractérise ces artistes.
Leur point commun c'est leur envie de représenter la nature, pleine de courbes et d'arabesques sur tous les matériaux qu'on peut trouver ou concevoir dans la région. Du botaniste au ferronnier, ils croisent leurs savoirs et créent tour à tour des "sociétés" qui mettent en avant leurs recherches. C'est d'abord la Société centrale d'horticulture de Nancy en 1877, créée entre autres par Gallé et Victor Lemoine, puis la Société industrielle de l'est (fondée en 1884) avec pour membres Daum et Gallé mais surtout l'Alliance provinciale des industries d'arts, créée en 1901 et dont Emile Gallé devient le premier président. Nature, techniques et art, la trinité de l'École de Nancy.

Un brin de botanique

Le chardon est une plante épineuse qui contient plusieurs variétés, comme les artichauts ou le cardon par exemple.
Considéré comme une mauvaise herbe, il pousse un peu partout. Aux détours des chemins lorrains, il n'est pas rare d'en croiser. Et ils s'en sont donné à coeur joie, les artistes de l'École de Nancy avec le chardon. Avec l'aide des botanistes et surtout grâce aux planches botaniques réalisées avec soin à l'aquarelle par Henri Bergé, ils ont étudié le chardon sous toutes ses épines, mais aussi toutes les plantes qu'ils souhaitaient reproduire. Voici la planche du chardon d'Henri Bergé et en détail le titre et la signature du peintre, conservée avec soin dans le fonds iconographique du Musée des Beaux-Arts de Nancy.

 

Une touche artistique 

Avec l'aide des spécialistes du Musée de l'École de Nancy, de la ville de Nancy et du Musée des Beaux-Arts, nous avons parcouru la ville de l'École du même nom, pour y dénicher des représentations du chardon.
Et une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas dans les musées de Nancy que nous avons rencontré les plus impressionnantes réalisations des artistes de l'École de Nancy, mais à la Chambre de commerce et d'industrie de Meurthe-et-Moselle, dans la salle Lyautey, du nom de ce maréchal de France (1854-1934), né à Nancy. En voici une visite virtuelle. Et quelques détails des menuiseries qui ornent la salle, sur les soubassements et la cheminée. Tout le décor est paré du motif du chardon : portes, plafond, vitrine, et même plaques de portes, le chardon est partout, sans risque de vous piquer. Il faut rappeler qu'à sa création, Antonin Daum fait partie des membres actifs de la Chambre de Commerce de Nancy. Pour la petite histoire, Nancy, en tant que ville prospère de la frontière franco-prussienne, possède sa propre place boursière. (Actuellement l'une des salles de réception de la CCI 54).

Même l'horloge, qui ne donne plus l'heure, est flanquée de deux majestueux chardons.

Retour dans les musées de la ville de Nancy pour apprécier d'autres œuvres aux chardons, qui sont relativement nombreuses. Rappelons que cette plante est le symbole de la Lorraine et qu'un fort sentiment de patriotisme et de fierté régionale et nationale anime les membres de l'École de Nancy. (Une explication plus détaillée est à suivre dans l'article consacré à la clématite, à paraître en mai). Au même titre que la Croix de Lorraine, le chardon lorrain est un thème récurrent de l'oeuvre collégiale.

En ébénisterie, ci-dessous une table "Le Rhin" réalisée par Emile Gallé (1846-1904), visible au Musée de l'École de Nancy en est un exemple typique.

Ce guéridon.

 

Des appliques en verre et ferronnerie, signées Louis Majorelle et réalisées dans les ateliers Daum, exposées au Musée de l'École de Nancy.

Toujours dans ce même musée, un vase en verre à décor gravé par Emile Gallé.

Et cet autre vase des ateliers Daum qui lui ressemble comme un frère jumeau, qui se trouve dans une des vitrines du Musée des Beaux-Arts de Nancy.

Non loin de ce dernier, ces coupes "cabossées" décorées de chardons. 

Et cet ensemble composé d'un flacon à sels -très utiles à ces dames aux corsets- et d'un élégant vase. 

Enfin cette lampe perchée sur son pied en fer forgé.

Ou cette coupe en verre  soufflé non signée. 

Un exemple de tenture à décor de chardons de Charles Fridrich, en collabortion avec Louis Hestaux

Et même jusqu'à Paris.

Un soupçon de gourmandise

Pour finir ce tour d'horizon sur une note sucrée, il n'était pas possible de faire l'impasse sur cette douceur épineuse qui fait l'autre renommée de Nancy, ses fameux "chardons lorrains", à la saveur madeleino-proustienne.
De celle que l'on goûtait à six ans en cachette, quand Papa offrait à Maman sa douceur préférée, et qu'ils avaient tous deux le dos tourné pour s'embrasser. De celle, dont on savait pourtant qu'on le regretterait aussitôt que nos quenottes traverseraient la croûte sucrée et que se déverseraient l'eau-de-vie de mirabelle dans nos bouches enfantines.

Mais c'était plus fort que nous, chaque année, pas moyen d'y résister !

Le mois prochain, nous nous pencherons sur le ginkgo.

 

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