Le tir à l'arc pour personnes en fauteuils roulants, une invention lorraine

Dominique Lavisse est professeur de sport à l’Établissement régional d'enseignement adapté (EREA) de Flavigny-sur-Moselle. Inconnu du grand public, ce Lorrain a pourtant inventé un système pour permettre à des jeunes en fauteuils roulants de pouvoir pratiquer du tir-à-l'arc, jusqu’à faire son entrée dans la fédération handisport. Une véritable success-story d’un inventeur au grand cœur.

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"Arccessible", c’est le nom donné par Dominique Lavisse à un système qui permet à des personnes en situation de handicap moteur de pratiquer du tir-à-l’arc.

Ce professeur de sport agrégé de 65 ans s’est lancé dans les années 2000 dans l’idée d’ouvrir ce sport de précision à des personnes en fauteuil roulant : "Un jour, un élève est venu me trouver avec une grosse déficience. Il avait juste les mouvements de la tête qu’il arrivait à coordonner. Il voulait faire du tir-à-l’arc. J’étais gêné parce que ce n’était pas possible. Plus tard, il est revenu et j’ai eu l’idée de prendre l’arc à la main et comme il n’arrivait pas à attraper la corde avec ses mains, j’ai mis une languette sur la corde, qu’il a tirée avec la bouche. Il a ouvert la bouche et la flèche est partie. Et là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de possible".

Du tir-à-l’arc pour tous, sans différenciation

C’est alors que Dominique Lavisse se plonge dans une quinzaine d’année de réflexion et de création, bénéficiant d’un budget de recherche de l’Université de Lorraine pour créer un premier prototype, de l’aide d’élèves ingénieurs à l’École des Mines pour développer le dispositif, jusqu’à fabriquer sa dernière version manuelle à l’aide de l’ingénieur Daniel Lambert : "On attache l’arc sur un support devant le fauteuil. Ensuite, j’accroche une corde à l’arrière du fauteuil d’Aurélien, comme il a peu de force, il ne peut pas tendre la corde avec ses bras. 

Cette corde, je l’attache à un décocheur (NDLR : ce qui permet le déclenchement du processus et de tirer la flèche) et c’est lui qui va mettre en tension l’arc avec son fauteuil en reculant. Il va ensuite diriger son fauteuil pour mettre la flèche au milieu".

La première section parasport de France

Aurélien est atteint d’une myopathie depuis sa naissance. Malgré ce handicap moteur, il pratique le tir-à-l’arc adapté depuis trois ans. Avec la création d’"Arccessible", Dominique Lavisse a lancé la première section parasport de France au sein de l'EREA de Flavigny-sur-Moselle, pour personnes en situation de handicap moteur.

"Nous avons créé une section sportive où on n’a pas de différenciation des élèves en fonction des difficultés. On accueille tous les enfants qui le souhaitent, qu’ils aient une incapacité fonctionnelle de 100 %, ou qu’ils aient les moyens comparables à un archer valide". Ce soir-là, Aurélien participe donc au cours de tir-à-l’arc avec ses camarades.

Tous se préparent à une compétition qui verra s’affronter archers valides et archers non-valides quelques heures plus tard : "C’est la première fois que je peux faire du sport. Ça m’a permis de m’ouvrir à des compétitions. Ça montre qu’on peut tout faire même si on a des difficultés, on peut se battre contre d’autres gens", nous raconte Aurélien.

"Ils (les jeunes en fauteuils) arrivent à faire des choses pas ordinaires, presque des choses extraordinaires".

Dominique Lavisse, inventeur du système "Arccessible"

Juste à côté de lui, Bamba se prépare. Élève de seconde, il est dans un fauteuil roulant, mais peut s’assoir sur une chaise et tenir son arc de ses mains. Ses camarades se relaient lors de chaque cours pour aller lui chercher ses flèches. Bamba stresse à l’approche de sa première compétition : "Tu ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, c’est un truc de fou". La raison de ce stress ? "Tu ne te rends pas compte ! Je ne veux pas décevoir Dom..." souffle-t-il (le surnom de Dominique, son professeur).

Bamba veut rendre fier son mentor et pourtant, Dominique l'est déjà : "Je suis toujours admirablement, pas surpris, mais admiratif de ce qu’ils arrivent à faire. On pense que ce n’est pas possible, qu’ils ont des difficultés mais avec la répétition et la persévérance, ils arrivent à faire des choses pas ordinaires, presque des choses extraordinaires".

Des catégories intégrées à la Fédération handisport

Quelques heures plus tard, la compétition entre valides et non-valides démarre. Ce soir de décembre, ils sont trois, dont Aurélien, à s’affronter dans la même catégorie, en fauteuil. Axel pratique, lui, la discipline depuis cinq ans : "Ça me fait rencontrer des gens. Ça permet aux gens en situation de handicap de faire du tir-à-l’arc. Autrement, avant d’arriver ici, je ne faisais pas de sport. Ça me fait voyager. Je suis parti trois, quatre fois en compétition ailleurs qu’ici".

Laurence est la troisième compétitrice : "Il n’y a pas beaucoup de sport que je peux pratiquer. C’est le seul système en France qui nous permet de tirer à l’arc, parce qu’on ne peut pas avec les bras. C’est un système ingénieux" se réjouit-elle.

Une success-story qui a amené ce professeur de sport a organisé les premiers championnats de France adaptés de la catégorie en 2015, avant de faire intégrer deux nouvelles catégories dans la Fédération française de para-archerie. Mais avant d’espérer un tel succès, son objectif premier était d’intégrer ces jeunes auprès de leurs camarades et d’ouvrir la discipline à des archers trop longtemps oubliés : "On trouve que ça serait une belle réussite que de leur donner goût de poursuivre une activité pour qu’ensuite, quand il quitte l’EREA de Flavigny, ils s’inscrivent dans un club valide et qu’ils se sentent intégrés".