Livre : "Mauvaises Graines", la surprenante histoire des plantes qui piquent, qui brûlent et qui tuent

Certaines plantes jouent double jeu. Elles peuvent à la fois nous aider à produire des médicaments anticancéreux et être toxiques à l'état naturel. D'autres nous piquent ou nous grattent.  Découvrez des histoires passionnantes avec "Mauvaises Graines" (Dunod) par la Nancéienne Katia Astafieff.

"Mauvaises Graines", Katia Astafieff (Dunod)
"Mauvaises Graines", Katia Astafieff (Dunod) © P. Drouot / FTV

"Certaines plantes malicieuses ont trouvé des moyens efficaces pour nous casser les pieds. L’oignon nous fait pleurer, le piment nous brûle, la bardane s'accroche à nos chaussettes comme un pot de colle. Ses plantes ne sont pas taquines, elles ont simplement développé quelques stratégies implacables pour se défendre ou disséminer leurs graines". 
Ainsi, débute le livre "Mauvaises Graines" publié chez Dunod par Katia Astafieff, auteure de plusieurs ouvrages sur les plantes, mais aussi sur les voyages.

Elle est biologiste et directrice adjointe des Jardins botaniques du Grand Nancy. "Les plantes ne sont ni gentilles ni méchantes. Quand elles piquent, grattent ou tuent, ce sont des mécanismes de défense. La plante ne peut pas se sauver en cas d’attaque par un prédateur. Elles ont développé des stratégies pour survivre, se protéger et se reproduire", nous explique Katia.
Le "Sterculier fétide" produit des petites fleurs malodorantes, d'où son nom. Originaire d'Asie tropicale et d'Océanie, on l'appelle aussi "l'arbre caca". Dans son livre, Katia Astafieff raconte : "Si une plante sent mauvais, ce n'est évidemment pas pour nous importuner. De même, si une plante sent bon, ce n'est pas pour faire plaisir aux humains. En réalité, le végétal émet des odeurs pour attirer les pollinisateurs ou pour repousser les prédateurs".

Le piment et l'oiseau

Piment du Chili
Piment du Chili © Pixabay/ H. Linde

Les oiseaux n'ont pas ce récepteur. Ils peuvent manger le piment.

Katia Astafieff, Auteure de "Mauvaises Graines"

Qui n'a jamais tenté l'expérience de goûter à un piment. Certains d'entre-eux, que l'on trouve, par exemple, en Amérique du Sud où en Asie, sont particulièrement corsés. 
"Le piment, je l'ai mis dans la catégorie des plantes sympathiques. Elle peut brûler quand on la mange. C'est une plante particulièrement intéressante de la famille des "solanacées" comme les pommes de terre ou les tomates et du genre "capsicum", son petit nom latin, intéressant pour les botanistes. La molécule capsaïcine est le composant actif des piments. Elle va se fixer sur les récepteurs des papilles gustatives et cela va envoyer une information au cerveau qui dit : "Attention, ça brûle". En réalité, c'est un peu une feinte, le piment ne brûle pas. C'est un moyen de défense de la plante pour lutter contre les prédateurs". 
En clair, pour les animaux dont la plante n'a pas besoin, comme pour les Hommes, le piment brûle. Mais pour les oiseaux, en revanche, il n'y a pas de problème. "Les oiseaux n'ont pas ce récepteur. Ils peuvent manger le piment. Cela va permettre de disséminer les graines un peu plus loin. Il va continuer à vivre et à pousser à d'autres endroits. Les oiseaux peuvent s'en nourrir et la plante en profite pour se reproduire."

L'oignon contient un précurseur de l'acide sulfurique.

Katia Astafieff, Auteure de Mauvaises Graines

Puisque nous sommes dans les plantes et leurs fruits qu’on utilise en cuisine, savez-vous pourquoi l’oignon fait pleurer ? Dans son livre, Katia Astafieff donne la réponse.
Il contient un précurseur de l'acide sulfurique. "L'oignon est à lui tout seul une sacrée petite usine chimique et s’il nous fait pleurer, c'est uniquement quand on le coupe. Il adopte lui aussi un mécanisme de défense". Une série de réactions chimiques conduisent "à la formation de "propanethial", un gaz irritant et volatil (…). Dans la nature, le propanethial permet à l'oignon de se défendre contre les insectes. C'est aussi ce gaz qui s'évapore pour atteindre nos yeux. Au contact du liquide lacrymal, l'eau qui recouvre la surface des yeux, il se transforme en acide sulfurique. L'effet est immédiat". 

Ambrosia artemisifolia
Ambrosia artemisifolia © J. Kops, Wikimedia Commons

Allergies et cécité

Il y a aussi les plantes allergisantes que l'on connaît bien. 
Chaque année, au printemps, les alertes aux pollens intéressent une grande partie de la population. "L'ambroisie à feuilles d'armoise" est à la fois allergisante et envahissante. "Comme toutes les espèces invasives, son pouvoir de dissémination est important. Les graines ou plutôt les fruits (akènes) sont dispersés par le vent ou l'eau, mais le principal agent de dissémination est l'humain. Chaque pied peut produire trois mille graines (...) et un milliard de grains de pollen". À vos souhaits !

La berce du Caucase peut provoquer des brûlures au troisième degré.

Katia Astafieff

Les berces du Caucase sont de très jolies plantes, que l'on peut trouver sur un chemin de promenade. S'il vous arrive d'en cueillir pour en faire une décoration de table, c'est une très mauvaise idée, comme le raconte Katia Astafieff .
"La plante est photosensibilisante. Après l'avoir touchée, si l'on s'expose au soleil, ou même tout simplement à la lumière, des rougeurs, voire des brûlures apparaissent. Cela se produit s'il y a eu un contact avec la sève, cette dernière contenant des substances appelées "furocoumarines", qui rendent la peau sensible à la lumière et peuvent alors provoquer des brûlures au troisième degré, d'horribles cloques et des cécités". Vous êtes prévenus.

Berce du Caucase
Berce du Caucase © Pixavay / Ramboldheine

Toxique et anticancéreux

L'if est un arbre que l'on peut trouver dans notre région Grand Est. Pour Katia, il est l'un des meilleurs exemples du double jeu de certaines plantes. 
"Toutes les parties de l'arbre sont dangereuses. Il ne faut jamais les consommer. Mais l'if est à l'origine d'un médicament anticancéreux très important dans la pharmacologie, le Taxol

If
If © Pixabay

La plus dangereuse au monde

Urtica ferox est une des plantes les plus dangereuses du monde. Une espèce d'ortie arbustive, qui pousse uniquement en Nouvelle-Zélande. 
"Elle est la plante-hôte du papillon Kahukura. Elle est donc utile pour ce bel insecte, mais mieux vaut éviter de cueillir ses feuilles à mains nues. Un homme de 34 ans a perdu la vie, après avoir traversé une parcelle d’Urtica ferox", raconte Katia Astafieff dans "Mauvaises Graines". 

Les invasives

Pour Katia Astafieff, connaître les plantes est important pour se préserver de quelques mauvaises expériences pour sa santé, mais aussi pour préserver l'environnement. Car certaines plantes, apportées par des humains d'autres régions du monde, constituent un danger pour la biodiversité. 

Miconia calvescens  est une plante tropicale originaire d'Amérique du Sud.
"Elle a été introduite dans différentes régions du monde de façon ornementale. Elle a commencé à se multiplier très très vite. Elle est devenue invasive. Elle devient une menace pour la biodiversité locale. C'est notamment le cas à Tahiti, où elle a été introduite en 1937. Depuis elle s'est propagée. Aujourd'hui, elle recouvre les deux tiers de l'île. Elle fait des très belles feuilles assez impressionnantes. Mais elles font de l'ombre aux jeunes pousses d'autres espèces. C'est un gros problème."

Miconia calvescens, une plante invasive
Miconia calvescens, une plante invasive © Wikimedia Commons

Katia Astafieff est une passionnée de voyages et de plantes. Elle a écrit de nombreux ouvrages toujours avec beaucoup d’humour pour expliquer les plantes, leur fonctionnement, mais en restant à la portée de tous. 
Elle raconte, dans ce livre "Mauvaises graines", comment elle a mâché des feuilles de cocaïer au Pérou, comme les populations autochtones, pour lutter contre le mal des montagnes et de la haute altitude. Aucun danger de dépendance, car la feuille à l’état naturel ne présente pas de risques. 
"C’est juste une plante. Si elle fabrique une molécule appelée alcaloïde, c’est comme pour la plupart des végétaux, un phénomène de défense contre les prédateurs".

Ortie, tabac, berce du Caucase, cannabis, datura, piment et bien d’autres… Katia Astafieff nous raconte des dizaines de plantes, pour apprendre à les connaître... Et à s’en méfier pour certaines. Beaucoup de leurs secrets restent à explorer pour cette aventurière, qui ne se lasse pas de nous raconter la vie des végétaux.
 

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